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Économie / Dossier economique

Dossier

“La part du solaire est insignifiante”

Tewfik Hasni, ancien directeur à Sonatrach, ex-PDG de Neal,  consultant en transition énergétique, explique, dans l’entretien qui suit, que  l’hybridation du solaire thermique avec le gaz torché permettrait d’économiser près de 60 milliards de mètres cubes de gaz d’ici à 2030.

Liberté : Comment évaluez-vous les progrès réalisés dans les énergies renouvelables, en Algérie ?
Tewfik Hasni :
Au vu du programme annoncé, il y a de cela près de deux années, il nous semblait que la volonté politique était manifeste. Le programme en question, c’est 12 000 mégawatts (MW) pour les besoins nationaux et 12 000 mégawatts (MW) à l’export, à l’horizon 2040. Cela nous semblait même être assez ambitieux en termes d’objectifs. Toutefois, le bilan, établi à ce jour, ne révèle qu’une part de 0,17% en énergies renouvelables dans la production électrique globale. Nos ambitions étaient d’atteindre 40% en 2040. La majorité des réalisations sont attribuées au solaire thermique grâce à la centrale hybride de Hassi R’mel réalisée par NEAL.

Quelles sont les limites du programme des énergies renouvelables, en Algérie ?
Les limites du programme résident d’abord dans les mesures incitatives à l’investissement pour les énergies renouvelables. Un décret existait, il a été récemment supprimé et remplacé par un autre dont les arrêtés d’application n’ont été publiés qu’en mars de cette année. Le nouveau texte ne vise pas le solaire thermique, une énergie qui représente près de 70% du programme du renouvelable dans le pays. Il faut préciser aussi que n’y est concerné que le photovoltaïque fixé au sol et non celui sur les toits des maisons. L’autre facteur contraignant fut la décision de donner à Sonelgaz le monopole sur le programme des énergies renouvelables. Et, en sont écartés tous les acteurs privés et même NEAL. Enfin, Sonelgaz a reconnu qu’elle a été pénalisée par une surcharge de missions. La lourdeur de la mission de l’électricien public, avec les contraintes du blocage des tarifs d’électricité, le mène vers la faillite sans une prise de conscience de la part des décideurs, accrochés à cette voie d’exclusivité. Nous avons vu les limites atteintes par Sonelgaz compte tenu de cette situation. Le projet photovoltaïque de Rouiba n’est plus à l’ordre du jour après la faillite du partenaire étranger.

Pourquoi faut-il prioriser le solaire dans le mixe énergétique, à l’horizon  2030-2050, en Algérie ?
Il est important de rappeler que le mix énergétique sera défini par le déroulement d’un modèle de consommation énergétique. Ce modèle prendra en compte d’abord les objectifs de croissance économique, auxquels sera intégrée la croissance démographique. Ceci permettra d’évaluer, au plus juste, les besoins de consommations énergétiques pour trois principaux secteurs : le domestique, l’industriel et le tertiaire.
Dans la définition du mix, partant de ces besoins, devront être examinées les différentes ressources existantes. Les réserves en place et les durées de vie restantes, la rentabilité de chaque ressource, la maîtrise technologique de chacune, la possibilité d’intégration de chacune et naturellement les impacts environnementaux de chacune devront être également évalués. De même, il faudra comparer ce qui est comparable. Ainsi, pour le marché de l’électricité,  le photovoltaïque et l’éolien, seuls à bénéficier des dernières mesures incitatives, ne peuvent être des alternatives à part entière du fait de l’intermittence car l’électricité ne peut être stockée, elles requièrent des réseaux adaptés pour leur mise sur le marché. En effet pour comptabiliser les productions individuelles pour permettre l’application de l’arrêté sur les mesures incitatives, il faut disposer de ce que nous appelons des réseaux intelligents Smart Grid. Nous y voyons ainsi un objectif qui, lui, relève de Sonelgaz. Alors que le solaire thermique hybride, comme la centrale de Hassi R’mel, mais avec une part du solaire de 70% environ et en utilisant le gaz torché, nous permet d’être aujourd’hui compétitif avec les centrales électriques au gaz. Nous estimons les coûts de l’ordre de 10cts$/KWH.
Nous ne rejetons pas les autres formes d’énergies renouvelables, il faudrait les prévoir hors réseau, des villages du Sud ou les Smart Grid ne devraient pas s’imposer. L’ensemble de ces capacités peut représenter prés de 20% de la consommation globale. Il est aussi évident que le solaire thermique bien qu’il représente le plus important potentiel énergétique du pays soit près de 40 000 milliards m3/an (10 fois la consommation mondiale énergétique) selon l’Agence spatiale allemande spécialisée dans ce domaine, il ne peut être la solution du modèle existant de consommation énergétique qui devrait voir la consommation nationale en gaz atteindre les 68 milliards de m3 en 2020 et 113 milliards de m3 en 2040. Il faudra rationaliser la consommation nationale de gaz et réduire le gaspillage en énergie électrique comme gazière. Il est important que la part de la consommation électrique du domestique revienne des 60% actuels à la norme de 30 à 35%. Sachant que les objectifs de croissance devraient porter la part de l’industriel de 5% à 40% au vu des objectifs de croissance arrêtés.
L’hybridation du solaire thermique avec le gaz torché permettrait d’économiser prés de 60 milliards de m3 de gaz d’ici à 2030. Seul le solaire thermique peut être hybridé avec le gaz. Enfin, pour corriger les idées sur le coût du solaire thermique hybridé avec le gaz, il faut savoir que la centrale de Hassi R’mel vend l’électricité produite à moins de 3,5 DA/KWh. Le mix énergétique intégrera les résultats du modèle de consommation énergétique et la part des autres ressources sera appréhendée en fonction des paramètres définis plus haut, que ce soit pour le gaz de schiste ou le nucléaire civil. Le débat d’experts tranchera la question en dehors de toute autre considération.

Mais, que doit-on privilégier dans le solaire, le photovoltaïque ou le CSP, selon vous ?
C’est le balayage par les différents paramètres d’appréciation que nous cernerons la part de chaque ressource dans le mix de demain. Pour le réseau électrique et donc le marché principal aussi bien national qu’à l’exportation, les besoins sont importants. Nous avons vu que les véritables alternatives ne peuvent être les énergies intermittentes comme le photovoltaïque ou l’éolien. En plus les capacités maximales de centrales composées de ces ressources ne peuvent dépasser les dizaines de mégawatts (MW). Le solaire thermique(CSP) permet des capacités de centaines de MW et bénéficier d’économie d’échelle.
Notre potentiel le plus important est celui du solaire thermique(CSP), soit 40 000 milliards m3/an (170 000 TWH/an). L’éolien représente 35 TWh/an et le photovoltaïque 14 TWh/an, toujours selon l’Agence spatiale allemande.
Il faut avouer que le programme national a intégré cela en donnant la part la plus importante au solaire thermique(CSP). Tous les grands projets dans le monde aussi bien au Maghreb qu’ailleurs sont en majorité à base de solaire thermique (CSP).

Y. S.