Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

Économie / Dossier economique

Train de vie des institutions publiques

L’État s’enlise dans des problèmes de gouvernance de la crise

©Yahia Magha/Liberté

Les contraintes budgétaires actuelles donnent une importance cruciale à la question de l’efficacité de la dépense publique et donc à celle de l’évaluation de l’impact de l’action publique.

Les approches administratives à travers les inspections générales des ministères ou celles de l’IGF et même de la Cour des comptes consistaient surtout à contrôler que chaque dispositif a été mis en œuvre et à vérifier la conformité de la dépense par rapport aux procédures budgétaires et comptables. L’approche des économistes, qui gagne du terrain aujourd’hui, a plutôt un objectif de vérifier et d’évaluer si une politique publique a produit les effets attendus. Cette approche, malheureusement totalement absente de notre univers institutionnel, est pourtant une composante de la gouvernance publique.
Les politiques de développement en Algérie connaissent les mêmes problèmes d’efficacité, que l’on soit en période d’aisance financière ou de contraintes budgétaires. En effet, l’injection de volumes budgétaires en période d’aisance ne produit pas les effets attendus, comme les restrictions budgétaires ne conduisent pas à une meilleure rationalité.
Le problème est donc d’ordre institutionnel ou plus exactement de gouvernance publique. La gouvernance constitue en effet le facteur critique dans la transformation économique tant prônée par le discours politique. Aujourd’hui, ce sont les institutions capables de gérer la complexité de la situation, dont la contrainte financière est la plus visible, qui font défaut.
Le modèle institutionnel algérien s’est construit sur deux grands postulats : allocation centralisée des ressources et recherche éperdue d’une justice sociale, ce qui a conduit à considérer que les ressources sont illimitées. Or une telle hypothèse conduit fatalement à un mode de gouvernance opaque, vertical et sans évaluation ; un oxymore. En période d’aisance financière, les institutions élaborent des politiques, les mettent en œuvre et les évaluent.
En Algérie, les politiques publiques, durant cette période, ont été élaborées “budgétairement”, sans objectifs clairs et sans évaluation.
Nous citons les politiques du logement, de l’emploi, de l’investissement qui ont engrangé des budgets colossaux et qui restent sans évaluation après 10 ou 20 ans de leur mise en œuvre. Sortir d’une situation d’aisance et gérer une situation de crise ou de contraintes budgétaires est une affaire d’institutions et non de déclarations publiques.
La conception des politiques publiques relève d’un cadre institutionnel plus ou moins connu, mais qui suppose des acteurs et des méthodes rodés, alors que leur évaluation relève d’un autre cadre. L’Algérie ne dispose d’aucune institution d’évaluation des politiques publiques, à l’instar de ce que font les autres pays au Nord comme au Sud et particulièrement lorsque le volume budgétaire de financement des politiques publiques est important.
Lorsqu’il y a aisance, l’État central qui contrôle l’ensemble des ressources publiques ignore les autres acteurs centraux ou périphériques, ainsi il les maintient dans un statut de mineur, et lorsqu’il y a crise, il les responsabilise sur les échecs des politiques publiques (c’est le cas des collectivités territoriales) et il leur délègue la gestion de la politique d’austérité. Cette conception de la gouvernance, au-delà qu’elle soit injuste, produit des effets pervers : perpétuer le statut mineur des autres acteurs, source de gaspillage et surtout ne favorise pas l’apprentissage (pas de progrès sans évaluation). Sur un autre plan, l’État, qui monopolise et les ressources et les choix publics, se met en danger car il est seul en première ligne en cas de crise.
Or l’État est le “bien” collectif de tous les Algériens et il faut le préserver quoi qu’il arrive. Mais pour cela, il faut qu’on comprenne qu’un État fort, ce n’est pas un État centralisé, autoritaire, mais un État doté d’institutions capables d’anticiper les chocs et de produire des politiques publiques cohérentes et à fort impact sur la société et l’économie et sans gaspillage. Une gouvernance ouverte est la seule possibilité pour améliorer le fonctionnement du système économique et son efficacité autour des concepts : transparence, participation, responsabilité, évaluation. Pour cela, il faut des acteurs multiples, complémentaires, autonomes, dotés de compétences spécifiques... Les acteurs, pour l’essentiel, dans l’ordre institutionnel en place : les collectivités territoriales, les entreprises publiques et privées, les autorités de régulation, les institutions de contrôle..., et d’autres à créer comme celles chargées de l’évaluation, de la stratégie, etc., la société civile, les syndicats.

M-C. B.
Professeur d’économie institutionnelle et de management public


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER