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Économie / Dossier economique

Noureddine Yassaa, directeur du CDER, à “Liberté”

“Mettre en place une réglementation claire et surtout stable”

© D.R.

Premier responsable du Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), ce spécialiste des alternatives aux energies fossiles estime, dans cet entretien, que le développement du renouvelable par Sonatrach ne risque pas de compromettre ses capacités d’exploration du gaz et du pétrole.

Liberté : Quel bilan pouvez-vous faire des énergies vertes en Algérie ?
Noureddine Yassaa : Le pays dispose de trois stations pilotes (25 mégawatts solaire thermique à Hassi-Rmel, 1,1 mégawatt photovoltaïque multi-technologies à Ghardaïa, 10 mégawatts éoliens à Adrar). S’ajoutent une vingtaine de centrales photovoltaïques installées entre 2014 et 2016 dans les Hauts-Plateaux et le Sud du pays, sans omettre les kits solaires et mini-centrales solaires décentralisées installés dans plusieurs régions du pays pour diverses applications (électrification et pompage). Dans le bilan, figurent également deux usines d’encapsulations des modules photovoltaïques, quelques industries de fabrication des batteries solaires et de chauffe-eau solaires, quelques installateurs d’équipements solaires à petite échelle, et quelques bureaux d’études spécialisés dans le renouvelable, des offres de formations dans le domaine des énergies renouvelables dans le cursus LMD et dans la formation professionnelle.

Le renouvelable est confié à Sonatrach, est-ce le chemin le mieux balisé, à votre avis,  pour réussir la transition énergétique ?
C’est une voie que plusieurs grandes compagnies pétrolières ont déjà suivie. Le géant italien Eni, avec lequel Sonatrach a signé un accord de partenariat dans les énergies renouvelables, est le deuxième fournisseur d’électricité en Italie. Il a réalisé plusieurs centrales solaires partout dans le monde, notamment en Afrique, sans qu’il soit producteur d’équipements solaires (modules, convertisseurs, …). Cependant, dans cette nouvelle stratégie, Sonatrach doit développer une nouvelle structure au sein du groupe, dédiée aux énergies renouvelables qui soit limitée à la recherche et développement, à l’EPC (engineering, procurement construction) et à l’O&M (Opération et maintenance). La distribution de l’électricité produite reste du ressort de Sonelgaz. Je ne suis pas d’avis à ce que Sonatrach s’engage dans l’industrie. En développant le renouvelable, elle va pouvoir économiser des volumes du gaz et de pétrole qu’elle réservera pour l’export et pour développer la pétrochimie et d’autres usages non combustibles. Je ne pense pas également que le développement du renouvelable par la compagnie nationale d’hydrocarbure compromettrait ses capacités d’exploration du gaz et du pétrole.

Comment faut-il s’y prendre pour accomplir ce que le pays veut faire en matière de transition énergétique ?
Nous avons un programme de développement des énergies renouvelables à la hauteur des atouts du pays. Il reste à passer à l’action en mettant en place un cadre réglementaire clair et surtout stable, qui donne une meilleure visibilité aux investisseurs. Ce cadre ne doit pas concerner uniquement les grandes centrales de l’ordre de centaines de mégawatts, mais le développement d’activités dans les petites et moyennes installations où de nombreuses entreprises nationales publiques et privées de moyenne et petite taille peuvent participer.
Ce cadre doit également permettre au citoyen lambda de s’équiper en énergies renouvelables moyennant des mesures incitatives. Par ailleurs, il ne faut pas que l’industrialisation des équipements du renouvelable soit un frein au développement de cette filière en Algérie. Si on arrive à maîtriser l’EPC et l’O&M pour les grandes centrales pour éviter les formules “clés en main”, c’est déjà une intégration appréciable basée sur le savoir-faire et l’ingénierie. L’industrialisation des équipements doit se faire graduellement, sans prendre beaucoup de risque, car les technologies avancent très vite.
Et, il serait très difficile de concurrencer un module photovoltaïque fabriqué en Chine. Enfin, il faut mettre en place une cartographie des sites devant abriter les parcs solaires ou éoliens selon le potentiel, le besoin en électricité, la proximité du réseau électricité… L’approche intersectorielle doit être prise en compte dans l’exécution du programme. La transition ne peut s’opérer efficacement sans l’économie d’énergie. Les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique vont de pair.

Que faut-il changer, selon vous, dans la législation actuelle sur les énergies renouvelables pour accélérer la transition énergétique ? 
Les success-stories existent dans de nombreux pays, il suffit de faire un bon benchmarking en tenant compte des circonstances nationales. Il y a deux tendances dans le monde : il y a un mode qui s’appuie sur des appels d’offres où  un prix d’achat de kilowatt/heure d’électricité est fixé par les soumissionnaires et où les conditions et les modalités sont clairement précisées dans les cahiers des charges, et il y a un autre mode, plus ancien, celui qui consiste en un tarif d’achat garanti où le prix de kilowatt/heure d’électricité d’origine renouvelable est vendu par le producteur à un tarif fixé par arrêté.
Ce dernier mode basé sur la subvention a été appliqué dans le passé dans plusieurs pays pour permettre au renouvelable de se développer. En raison de l’engouement qu’a connu dans ces pays le développement technologique, l’échelle des installations et la baisse des coûts, ce mode  commence à être abandonné pour laisser le renouvelable se développer sans l’aide de l’État. Force est de souligner qu’en Algérie, les tarifs d’achat garantis pour l’électricité produite à partir des installations utilisant la filière solaire photovoltaïque ou éolienne ainsi que les conditions de leur application ont été fixés par deux arrêtés ministériels publiés dans le Journal officiel du 23 avril 2014.  Ces textes ne sont toujours pas appliqués. Et, on s’oriente vers un autre mode basé sur les appels d’offres. Je pense que c’est une bonne approche. Son application en Amérique Latine, aux Émirats arabes unis et dans d’autres pays a produit de très bons résultats et à donné lieu à des coûts impensables. Cependant, il faut que les modalités et les cahiers des charges soient clairement précisés en termes de garantie d’investissement, de l’accès au foncier, du raccordement des centrales aux réseaux électriques (le code réseau algérien gagne à être actualisé pour s’adapter au renouvelable, qui est différent du conventionnel), de garantie de paiement en monnaie locale ou étrangère (à définir clairement), le choix des technologies, de la qualité des équipements qui doivent être de meilleurs performances dans des conditions extrêmes du Sud de l’Algérie (température élevée, vent de sable) et répondre aux normes de qualité.  La question de l’intégration nationale doit être clairement définie. En résumé, il faut que la réglementation soit la plus claire possible pour faciliter son application sur le terrain et pour éviter des erreurs pouvant entrainer des retards dans l’exécution du programme. Elle doit être également stable dans le temps, le renouvelable exige des investissements et des garanties à long terme.


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