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Économie / Dossier economique

L’économiste Yassine Benadda, à Liberté

“Procéder de façon graduelle à la convertibilité totale du dinar”

© D.R.

Dans cet entretien, l’économiste Yassine Benadda estime que la dévaluation est une conséquence des difficultés structurelles économiques, et non un remède pour en sortir.

Liberté : Puisqu’elle est assimilée à un mécanisme qui consiste à mettre certains indicateurs financiers à l’abri de la chute des prix du pétrole, est-ce que la dévaluation du dinar est normale et utile ?
Yassine Benadda : La dépréciation du dinar est probablement utilisée par le gouvernement comme un moyen d’augmenter artificiellement les indicateurs financiers et plus particulièrement les recettes de l’État libellées en devises. En effet, celle-ci impacte la fiscalité des hydrocarbures qui aura pour conséquence entre autres de réduire mécaniquement le déficit budgétaire et la baisse du Fonds de régulation des recettes calculées en dinar algérien.
Pour être plus précis, durant les deux années, nous avons augmenté à activité constante nos recettes (libellés en dollars) de 30% grâce à l’effet de changes. Alors que pendant ce temps-là, nos dépenses qui sont essentiellement libellées en euro n’ont augmenté que de 10% environ. Nous voyons donc bien la stratégie qui consiste à améliorer les indicateurs macroéconomiques d’une part. Et d’autre part, cela consisterait à tenter de réduire la consommation interne des produits importés. Mais réduire la dépréciation du dinar à une simple opération comptable serait exagéré. En effet, la dévaluation vient aussi des conséquences de difficultés économiques qui ont pour résultante une aggravation du déficit budgétaire algérien et une détérioration de la balance des paiements. De plus, la dévaluation du dinar est aussi tributaire de l’évolution négative des d’indicateurs internationaux tels les prix du pétrole, l’inflation en zone euro ou la parité du dollar et de l’euro.
Pour finir sur ce point, la stratégie monétaire algérienne est une erreur. L'expérience montre que la dévaluation est une conséquence des difficultés structurelles économiques, et non un remède pour en sortir.
Il faut donc s'attaquer aux problèmes qui sont à l'origine de la dévaluation. Si une monnaie perd constamment de sa valeur, c’est l'économie qui peu être déstabilisée avec d'hyper-inflation.

Cette dévaluation n’est-elle pas sans conséquences sur l’entreprise et sur les ménages ?
En principe, une monnaie plus faible a pour but de minorer les effets de la rigueur et de relancer l'économie grâce aux exportations, celle-ci permet de rendre le pays plus compétitif. Malheureusement, en Algérie, cette perte de change a eu des impacts directs sur le taux d’inflation, sur la détérioration du pouvoir d’achat, sur les coûts de production des entreprises, sur l’aggravation du déficit commercial, sur la chute de l’investissement national et sur les politiques d’emploi des entreprises qui ralentissent leurs embauches, ce qui a pour conséquence mécanique d’augmenter la taux de chômage. Ces conséquences trouvent partiellement leurs sources d’une part dans la faible valeur ajoutée du tissu industriel et d’autre part dans le manque de leviers de la productivité. Ce qui a pour conséquence directe de réduire les marges des entreprises et favoriser la compression des coûts afin de limiter les augmentations des prix qui peuvent accroître les risques de baisse d’activité macro-sectorielle. En ce qui concerne les ménages, la baisse du pouvoir d'achat en produits étrangers se traduit directement dans le porte-monnaie des consommateurs. En effet, en dévaluant sa monnaie, l'État voit les prix des importations s'envoler naturellement en monnaie locale. Les mêmes effets peuvent être constatés en ce qui concerne les salaires réels, qui baissent automatiquement du fait de la baisse du pouvoir d’achat des salariés. Aujourd’hui, seule la baisse des prix des matières premières a permis de modérer la baisse du pouvoir d’achat des ménages.

Qu'est-ce qui entrave le développement d'un marché interbancaire des changes à même de promouvoir la couverture à terme par les banques de la place au profit des opérateurs ?
Probablement, les lobbys de l’informel et le manque de courage politique pour éradiquer le marché parallèle des changes. Tant que le marché parallèle existera, aucun marché interbancaire des changes ne peut fonctionner selon les règles universelles du marché. Au-delà, il est nécessaire que la Banque d’Algérie entame un programme de déréglementation, de libéralisation et d'ajustement structurel. Pour cela, il est indispensable de procéder de façon graduelle à la convertibilité totale du dinar. Cette convertibilité est impérative pour le drainage des capitaux en Algérie. De plus, celle-ci permettrait théoriquement de faciliter l’intégration de l’économie algérienne à l’économie mondiale, notamment aux marchés financiers internationaux. Afin d’atteindre à terme cet objectif, la banque centrale devrait donner aux banques la possibilité de conserver et de gérer des positions de change, y compris celles émanant d’une partie des recettes d’hydrocarbures. Afin de traiter aussi bien entre elles qu'avec la clientèle, les opérations de change au comptant ou à terme de swap. L'objectif étant de permettre aux banquiers d'améliorer sensiblement les conditions d'exécution des ordres en devises de leur clientèle, de développer les techniques de couverture à terme et de promouvoir l'émergence d'un marché monétaire interne en devise par des opérations de prêts et d'emprunts interbancaires en monnaies étrangères.


S. S.

 


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