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Économie / Dossier economique

Ferhat Aït Ali, analyste financier, à Liberté

“Une loi de statu quo économique”

©D. R.

Dans cette interview, l’analyste financier, Ferhat Aït Ali, livre ses appréciations sur la loi de finances 2017 qui, selon lui, n’est pas une loi de relance économique, mais plutôt une loi de statu quo économique.

Liberté : Quelle lecture faites-vous de la loi de finances 2017 ?
Ferhat Aït Ali :
Dans l'absolu, toute cette loi de finances est basée sur une logique qui, sans trop changer la pression fiscale existante, attend une amélioration des recettes sur les mêmes impôts, en élaguant les postes censés la générer en amont. Pour ce qui est des dispositions fiscales et douanières portées dans cette loi, on constate qu'en dehors du rehaussement de 2 points du taux de TVA, le seul autre impôt à incidence majeure sur les budgets des ménages est celui sur la consommation énergétique, qui touche une bonne partie des produits électroménagers et électroniques commercialisés dans le pays. Quoi qu'il en soit, toutes les taxations nouvellement introduites ainsi que les nouveaux taux sur des taxes existantes devraient rapporter au Trésor plus de 250 milliards de dinars, sur l'exercice 2017, dont 110 milliards de TVA du fait de l'introduction des nouveaux taux.
Le plus remarquable dans cette logique de prévision de recettes est que personne n'a estimé que des taxes à la consommation comme la TVA ou la nouvelle TIC sur les appareillages électriques et gaziers pouvaient faire reculer les ventes précédentes, et ne pas engranger ces fameuses recettes calculées justement sur les ventes de l'exercice précédent. Ceci pour les dispositions censées améliorer les recettes.
Pour le volet dépenses, le choix comme cela était prévisible s'est porté sur la réduction des dépenses d'équipement, en lieu et place de celles de fonctionnement qui ont atteint un seuil difficilement réversible dans l'état d'esprit actuel, aussi bien des dirigeants que de la population. Le budget d'équipement, si on l'analyse bien, a subi 28% de recul en termes de crédits de paiement, en passant de 3176 milliards de dinars en 2016 à 2291,3 milliards en 2017.
Mais en y regardant de près, le poste investissements dans ce budget a perdu 789 milliards de dinars, sur les 2400 milliards de 2016, soit 33% en un an. Or ce poste investissements est aussi générateur de chiffres d'affaires pour les entreprises et de TVA pour le Trésor, ainsi que d'autres impôts à moindre niveau d'incidence sur la fiscalité ordinaire. Et rien que pour cette taxe on peut estimer le manque à gagner pour le Trésor à 19% de ce montant, soit quelque chose comme 150 milliards de dinars, que les entreprises privées de ce budget n'auront pas d'assiette pour la payer.
Ce poste est de plus générateur d'emplois, et la perte de 7 milliards de dollars de plans de charge n'ira pas sans incidence sur le recrutement, et même sur le maintien de l'emploi dans les entreprises bénéficiaires de ces budgets dans le passé.

Quel sera l'impact de la dévaluation du dinar par rapport au dollar sur la situation en 2017 ?
Le taux de change semble avoir été maintenu statique dans les perspectives de cette loi de finances pour trois ans, alors que les importations de biens n'ont baissé que de 5 milliards de dollars cumulés sur toute la période et les importations augmenté d'un total de 18 milliards de dollars sur la même période 2017-2019, ce qui donne un solde global amélioré de 23 milliards de dollars; soit un solde définitif sur les trois ans négatif de 11 milliards de dollars malgré les prévisions optimistes de recettes, alors que le cumul des soldes de la balance des services sur la même période sera au bas mot de 20 milliards de dollars. Ce total nous ramène à une ponction globale de 31 milliards de dollars globalement des réserves de change nationales, ce qui, avec le solde de 2016 qui ne sera pas supérieur à 115 milliards de dollars, fera baisser ces dernières à 84 milliards à fin 2019, si ces prévisions de recettes se vérifient, sinon on est partis pour un solde maximal de l'ordre de 66 milliards de dollars si le pétrole reste à 50 dollars de moyenne annuelle. Et là il est difficile d'expliquer comment ce taux de change pourra être maintenu en l'état avec un passif de la Banque d'Algérie constitué de réserves et de provisions difficilement résorbables et un actif constitué en gros de ces seules réserves de change. Faites la division et vous aurez le taux en temps réel. Ce maintien du taux repose sur la promesse de laisser les réserves de change en dessus de 100 milliards en 2019 et en l'état actuel d'ici là, mais ni les chiffres de cette même loi de finances ni les réalités économiques ne le prouvent matériellement.

En conclusion, comment peut-on définir cette LF 2017 ?
On peut définir cette loi de finances non comme une loi de relance économique, mais bien au contraire comme une loi de statu quo économique, dans lequel sont maintenus tous les postes à incidence politique sans aucune prise en charge du volet économique au sens productif du terme, et que ses concepteurs ont préféré gérer l'immédiat faute de vision à moyen et long termes, tout en espérant aussi bien une embellie pétrolière à l'horizon 2019 et en spéculant sur des gisements fiscaux internes qui ne collent pas avec le recul des dépenses qui les génèrent ni avec les flux financiers dans la société. Il est malheureux de constater non seulement que l'État est coincé aussi bien dans une logique anti-économique que dans des impasses budgétaires, mais qu'en plus toutes ses tentatives de sortie du guêpier financier portent non seulement sur le maintien de ses propres capacités à suivre la même politique, mais reposent de surcroît sur une éventuelle amélioration de ses recettes sans savoir trop comment et par quel mécanisme n'échappant pas à son contrôle. Au niveau d'un ménage, cette logique est suicidaire et serait qualifiée de folie des grandeurs par le voisinage, mais au niveau d'une nation, cela est encore plus dangereux.

Entretien réalisé par : Saïd Smati


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