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A la une / Dossier

Printemps berbère

Avril 80 et l’espérance des droits de l’Homme

Me Ali Yahia Abdenour. ©Zehani/Liberté

Étant la première expression politique démocratique dans le débat public depuis l’Indépendance, le Printemps berbère n’aura pas manqué d’impacter le futur combat pacifique en faveur des droits de l’Homme en Algérie. C’est que la revendication identitaire et culturelle, dès lors qu’elle est couplée aux libertés démocratiques, est consubstantielle à la question des droits de l’Homme. Le mérite revient, bien entendu, à l’élite du Mouvement culturel berbère qui a sonné le glas de la dictature du parti unique.
Cette génération d’après-guerre a su traduire la problématique identitaire dans un projet sociétal voué à la promotion des droits de l’Homme, en donnant naissance à l’acte fondateur du combat démocratique public. Ce sont, pour l’essentiel, les acteurs d’Avril 1980, notamment les
24 détenus politiques, qui ont été à l’origine de la constitution, en 1985, de la première Ligue algérienne des droits de l’Homme. Les premiers contacts ont été menés en 1983 par Saïd Sadi, autour de qui se constituera le noyau dur, qui convaincra Abdenour Ali Yahia de présider cette organisation. Mais, la répression du parti unique ne tardera pas à s’abattre sur les membres fondateurs qui seront déférés devant la cour de sûreté de l’État en août 1985. Le Mouvement berbère intègre naturellement la question des droits de l’Homme dans ses paradigmes. Ce qui lui avait permis de prendre de l’épaisseur avec une adhésion populaire sans faille.
Le tollé soulevé par des organisations internationales contre la répression des militants des droits de l’Homme a poussé le pouvoir de l’époque à “préfabriquer” sa propre Ligue des droits de l’Homme pour soigner son image de marque en pleine crise économique avec la dégringolade des prix du pétrole. La question des droits de l’Homme, étrangère à la littérature du pouvoir, a fini par s’imposer dans le débat public. Même le pouvoir, façonné par la dictature, parle désormais le langage des droits de l’Homme. Pourtant, combien de militants de la démocratie et des droits de l’Homme ont subi arbitrairement les geôles de ce même pouvoir. Après l’ouverture démocratique qui a permis le multipartisme, la question des droits de l’Homme est revenue sur le devant de la scène.
Me Ali Yahia, qui était parmi le collectif de 1985, est plébiscité à la tête de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (Laddh) qui a changé de nom à l’occasion de son premier congrès. Là aussi, le collectif militant se recrute essentiellement dans la mouvance berbère qui, très vite, a fait intégrer tamazight et les droits de l’Homme dans un même combat, démocratique et pacifique il va de soi. La société civile adhère spontanément à ce postulat trivial. Tamazight, qu’on évoquait dans des cercles militants clandestins, est admise par la collectivité nationale. Le combat amazigh a fait un pas de géant.
Les droits de l’Homme aussi. Ce sont ces deux piliers du combat démocratique, tamazight et les droits de l’Homme, qui seront torpillés et violés en 2001 lors de la répression sanglante du Printemps noir. 126 martyrs ont payé de leur vie pour tamazight et les droits de l’Homme.
Autant dire tamazight est un droit de l’Homme. Aujourd’hui, avec du recul, on peut apprécier le chemin parcouru. Si d’un point de vue revendicatif, l’objectif de l’officialisation de tamazight n’est toujours pas atteint en dépit d’acquis indéniables, il reste que sur le plan des luttes politiques, Avril 80 a ouvert de larges horizons pour la perspective démocratique nationale. Traditionnellement à l’avant-garde du combat pour les libertés démocratiques et les droits de l’Homme, la Kabylie, dans un réflexe de lucidité, s’emploie à se réapproprier les repères de sa mémoire militante, façonnée par une génération d’exception qui a eu le génie d’inventer le combat pacifique.

Y. A.



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