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A la une / Dossier

8 mars, journée de l'esclave

Halte à la tyrannie des femmes !

© D.R.

Dans mon courriel, un message inattendu d'un jeune Algérien qui appelle au secours et s'épanche sur son secret. Envoyé avec précipitation car le malheureux est surveillé par les redoutables femmes du foyer, la mère et la fille aînée. Cette lettre, je la livre aux lecteurs, particulièrement aux hommes qui vivent un cauchemar dans l'enfermement d'un statut qui les martyrise.

Bonjour monsieur Sid-lakhdar ; J’ai parfois lu dans la presse vos écrits qui dénoncent le code de l'homme algérien et je m'adresse à vous, en ce jour du 8 Mars, car je sais que vous me comprendrez. Je m'appelle Abdellatif, j'ai dix-huit ans et je suis né dans cette belle ville “aux deux lions” qui vous a vu grandir. On m'a dit que votre génération a connu un tout autre monde, celui de la liberté des garçons par laquelle, paraît-il, ils pouvaient se promener sur l'avenue du front de mer, cheveux dénudés au vent, offerts aux regards malicieux des jeunes filles.
Vous ne pouvez imaginer combien notre pays a soumis les hommes dans un statut d'esclavage sous l'emprise des femmes, au nom des traditions qu'elles disent être les nôtres. Je souffre et je me sens humilié d'être sous l'autorité écrasante d'un pouvoir féminin qui contrôle mes gestes, mes paroles, mes opinions, ma tenue vestimentaire et presque ma pensée puisqu'elles essaient sans cesse de l'anticiper.
Si ma cagoule ne recouvre pas totalement mon visage ou si le moindre centimètre carré de ma peau est visible, l'une d'entre elles n'hésiterait pas à me lancer à la figure les mots insultants : “Homme dévergondé, tu n'as pas honte ?”. J’ai même lu dans la presse que des hommes étaient battus par des femmes pour avoir outragé la morale publique de leur attitude irrespectueuse, ils avaient osé prendre la parole. Il y en a même qui subissent quotidiennement la violence de leur brutale épouse.
D’autres malheureux ont été aspergés d'acide mais je dois reconnaître que c'est un temps à peu près révolu. Je vous l'ai dit, je m'appelle Abdellatif. Dès l'âge de sept ans, ma mère a décidé de me couvrir la tête d'une cagoule car c'est l'âge, paraît-il, où l'on peut troubler le regard de certaines femmes d'âge plus mûr. Je voyais bien le visage triste de mon père qui n'osait dire mot. S'il tenait à lui, je suis sûr qu'il aurait aimé que son petit garçon adoré puisse laisser libre cours à sa jeunesse. Mais il n'a rien dit car il m’aime et sait combien ma liberté serait fracassée contre les réalités de la société à laquelle il a dû se confronter, lui-aussi.
Il m'a raconté un jour que sa mère l'avait “donné” en mariage, dès l'âge de la puberté, à la fille d'une amie de travail. C'était un enfant et il ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait ni ne se doutait du cauchemar qu'il allait vivre. Il dit toujours : “J'aime ta mère Bahia”, mais moi, je ressens bien qu'il aurait tellement aimé fréquenter des filles de son âge et pouvoir en choisir une de son goût. Ma mère vient d'une famille plus riche que celle de mon père, ce qu'elle ne cesse de lui rappeler. Mon père savait bien qu'une femme qui a assez d'argent pour avoir Mercedes, bijoux et belle prestance n’allait pas rester longtemps sans épouser un autre homme, plus jeune et plus vigoureux. Vous ne connaissez peut-être pas ce redoutable article 8 du code de la famille qui est suspendu sur nos têtes comme une épée de Damoclès. Il peut s'abattre sur nous à tout moment sans qu'on n'y prenne garde. C'est que dans notre pays, la femme peut en épouser autant qu'elle le souhaite si elle a les moyens de garantir l'équité. Pour ma mère, pas de problème, la villa et le 4X4, c'est en double parfait pour ses deux foyers. Pour la seconde fois, j'ai alors vu pleurer mon père. Mais un homme à la maison et sans ressources propres, qu'aurait-il pu faire ou dire ? Je suis absolument furieux que mes sœurs, au contraire de moi, puissent faire ce qu'elles veulent. Et lorsque j'ai osé dire que, moi aussi, je souhaitais voyager seul comme elles, le regard foudroyant de ma mère m'a glacé le sang. “Tu iras avec ta femme, si elle le souhaite”, me rétorqua-t-elle, “dans nos coutumes, les jeunes garçons non mariés ne voyagent pas seuls sauf ceux qui ont une mauvaise vie !” L'autre jour, j'ai bien vu que ma mère avait une position inverse lorsqu'il s'était agi des intérêts de sa sœur. Le beau-frère n'a hérité que d'une partie dérisoire du patrimoine de sa mère puisque, selon notre code de la famille, seules les filles héritent pleinement de leur mère, le garçon ne comptant pour rien dans l'affaire.
Là, j'ai bien vu qu'elle se tortillait pour ne pas éclater de colère. Comme elle ne pouvait affronter les principes qu'elle a si souvent mis en avant pour justifier de sa puissance, elle se trouva bien embarrassée. À l'adresse des belles-sœurs, elle finit par lâcher d'un ton désabusé, “ce sont des conspiratrices du mal !”. Je n'en peux plus, monsieur Sid-lakhdar, je veux vivre comme tous les jeunes gens du monde et ne veux plus être enfermé et contrôlé dans mon esprit, mes mouvements et mes paroles. Ma mère veut bien que je continue mes études et m'a promis d’accepter la demande d'une épouse qui consentirait à cette condition. Mais cela continuera comme avant, des déplacements en berlines luxueuses, au volant ou accompagné, mais toujours dans une prison de l'esprit car on me contrôlera jusqu'au plus profond de mon être.
Quant à la politique, c'est pour moi le pire des spectacles. À la télévision, je vois une nuée de femmes à l'assemblée nationale, toujours entre elles, qui lèvent toutes leur main au même moment, je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi. Parfois, il y a bien un homme qui est élu et se présente avec sa cagoule sur les bancs de l'assemblée. Je pense à l'un d'entre eux, particulièrement effronté et sympathique mais qui hurle tout le temps, comme pour mieux se faire entendre. Son parti politique porte les initiales de DT, FT ou quelque chose comme cela. Je n'y connais rien, vous savez, les garçons et la politique, ça fait deux ! Quel courage a-t-il mais, en même temps, quel spectacle rigolo et triste pour cet homme qui n'a jamais fait bouger quoi que ce soit depuis une décennie qu'il crie aux oreilles des femmes.
Elles l’écoutent en s’amusant du personnage qui leur fait autant peur qu'un petit moustique persistant dont on ne se débarrasse pas facilement.
Vous ne pouvez imaginer combien les hommes les obsèdent. Quel que soit le sujet concerné, elles en reviennent toujours à eux, comme une pensée brûlante qui leur noue les tripes jusqu’à la douleur, les fait suer de tout leur corps et étrangle leur gorge jusqu'au bégaiement. Et pour exorciser l'émoi permanent, elles interdisent, menacent, légifèrent et débattent sur les hommes, à tout moment, à toute occasion. Pas une minute de répit ne doit être accordée à leur pensée pour qu'elle ne puisse être pénétrée de la tentation du mal absolu.
L'autre jour j'ai confessé à des hommes que je lisais des commentaires critiques de certains autres hommes, comme vous, à propos de la société algérienne. La réponse ne s'est pas faite attendre : “Ces gens lointains sont des affabulateurs, leur logiciel n'a pas été actualisé et ils pensent que Rouiched ou le colonel Boumedienne sont encore de ce monde. Ils ne connaissent rien de l'Algérie moderne. Les hommes sortent, conduisent, dirigent des entreprises, étudient et voyagent à l'étranger, sont équipés de tous les outils électroniques de notre temps et communiquent à travers le monde dans l'univers des réseaux sociaux.” Il faut dire que parfois je suis tenté de les croire et j'en ressens un sentiment inavouable de plaisir à un moment particulier de ma vie. Ma mère est une riche industrielle et il lui arrive de nous emmener dans des endroits clos où je fréquente ses pairs. C'est tout de même curieux, beaucoup d'enfants de femmes officiers supérieurs de l'armée sont présents. On m'avait pourtant dit que la plus haute des fonctionnaires n'atteindrait même pas en salaire l'argent de poche de ma mère.
Je dois vous avouer qu'en ces moments, ma vie bascule dans une jouissance et une volupté indescriptibles. Cette sensation si rare du soleil sur la peau est incomparable de bonheur, et ces habits et maillots de bain qui flattent ma coquetterie brimée dans la vie quotidienne.
Ce sont des lieux de villégiatures réservés, comme dans un parc forestier à but de protection de l’espèce animalière endémique. Mais, rassurez-vous, monsieur Sid-lakhdar, après un enivrement passager et bien humain, je reprends rapidement mes esprits. J'ai conscience que tout cela n'est rien si les hommes ne disposent pas de ce qui fait l'être humain, la vraie liberté de parole, de conscience et de ce qu'il y a de plus intime et qui n'appartient à personne de le contrôler. Ils pensent être dans la modernité et dans la liberté, ils n'ont rien du tout et essaient de s'en convaincre. Je vous quitte, ma grande sœur approche.... !
Je referme mon mail, tout à fait abasourdi par un message surgi d'outre-tombe. Probablement ce malheureux n'a pas bien compris ma spécialité. Je ne suis pas formé pour affronter les mystères du moyen-Âge, c'est à un anthropologue qu'il aurait été judicieux de faire appel. Quant à la psychiatrie qui peut guérir l'obsession des femmes, c'est loin de mes compétences.
Je suis fatigué, je vais me coucher et je répondrai demain. Le pauvre Abdellatif, je ne suis pas sûr que ma réponse va le satisfaire. Lorsque je lui dirai que la liberté, c'est à lui de la prendre avant d'en appeler aux autres... Non, je ne suis pas sûr qu'il sera convaincu par ma réponse.


S.-L. B.
(*) Enseignant


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