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A la une / Dossier

Liberté de la presse

la descente aux enfers

© Louiza Ammi/Liberté

Voici une coïncidence qui peut se décliner comme le véritable thermomètre de l’état de la liberté de la presse dans le pays et de l’engagement des autorités pour la promotion d’un secteur de l’information libre et pluraliste : quelques jours seulement après la publication du classement mondial de la liberté de la presse où l’Algérie est arrivée à la peu enviable 129e place sur 180 pays classés, et à la veille de la célébration de la Journée internationale de la liberté de la presse, le pouvoir s’est lancé dans une véritable “croisade” contre le journal El Khabar, l’un des plus sérieux du paysage médiatique algérien, auquel on refuse une transaction commerciale avec une filiale de l’homme d’affaires et patron de Cevital, Issad Rebrab, sous prétexte de violation de quelques dispositions de la loi sur l’information interdisant le monopole.
L’argument, en attendant le verdict de la justice, caduc à tous points de vue, de l’avis même des juristes, ne saurait être recevable, à plus forte raison que d’autres hommes d’affaires, voire des personnes qui n’ont aucun lien avec le journalisme, disposent d’au moins deux à trois organes. Mais les raisons sont ailleurs. Il y a d’abord des considérations clientélistes : dans le climat d’opacité politique ambiant marqué par une lutte féroce pour la succession d’Abdelaziz Bouteflika, dont le récent tweet de Valls a mis à nu son incapacité à gouverner, le pouvoir semble tétanisé à l’idée de voir un journal influent échouer entre les mains de personnes dont les convictions politiques et la vision de l’Algérie de demain ne cadrent pas avec les visées et les ambitions des puissants du moment. Il y a, ensuite, ce refus, chevillé au corps chez le pouvoir, de laisser s’épanouir une presse hors des balises qu’il fixe lui-même.
En dépit des déclarations de bonnes intentions et une consécration dans les textes, force est de constater que la presse a entamé sa descente aux enfers depuis l’avènement de Bouteflika au pouvoir. Outre la “pollution” de la scène médiatique par des titres sans lecteurs, siphonnant seulement l’argent public, le pouvoir refuse de lever le monopole sur la publicité, formidable arme de pression et d’étouffement des titres réfractaires et empêcheurs de “penser en rond”. L’absence de conviction démocratique chez nombre d’éditeurs, la précarisation des journalistes, le problème de formation, les problèmes de management de nombreuses entreprises de presse, dont nombre évoluent dans un véritable marécage de non-droit, la difficulté d’accès aux sources d’information, l’absence d’organisations syndicales puissantes et les harcèlements judiciaires, dans certains cas, ont fait le reste. Et quoi de plus emblématique de cette régression que les classements réalisés par RSF qu’occupe l’Algérie depuis au moins une décennie ? Hormis l’année 2015 où elle est arrivée à la 119e place, l’Algérie oscille depuis 2010 entre la 120e et la 133e place.
Ce classement réalisé sur la base de 80 questions posées aux experts des pays concernés traduit la régression dans un pays qui, paradoxalement, était présenté comme un modèle dans le monde arabe durant les années 90. Et faute d’un renouveau dans le secteur et d’une démocratisation effective, la liberté de la presse demeurera utopique.


K. K.


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