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A la une / Dossier

Ruée sur les moutons

Le business de l’Aïd en France

Les prix des moutons bondissent à l’approche de l’Aïd © D. R.

La spéculation fait flamber les prix des ovins dans l’Hexagone. Plusieurs intermédiaires, y compris les mosquées tirent profit de ce marché ponctuel très lucratif. Environ 150 000 têtes ont été sacrifiées en 2014.

Les clients peuvent faire confiance à  la boucherie Amane. Sur la vitrine, le patron a collé une pancarte très visible, l’engageant à leur fournir pour l’Aïd, un mouton, qui sera sacrifié en leur nom, selon le rite musulman. Une dizaine de chalands a déjà franchi la porte du magasin de la banlieue parisienne pour passer commande. Fadila a déboursé 250 euros pour acquérir sa bête, ou plutôt une carcasse qu’elle recevra soigneusement emballée dans un film plastique et prête à la découpe. “C’est une manière pour moi d’entretenir le lien avec le pays, de permettre à mes enfants de connaître nos coutumes et de marquer le coup, autour d’un dîner avec la famille et les amis” se justifie presque la jeune femme, consciente d’avoir avec son mari, grevé le budget du ménage. Largement soumis à la spéculation, les prix des moutons bondissent à l’approche de l’Aïd. Mais tous les animaux ne sont pas cédés au même tarif. La fourchette des prix ne dépend ni de leur poids, ni de la taille de leurs cornes et encore moins de leurs frisettes sur le dos, mais de leur lieu de  résidence ! Les moutons proposés à la vente dans les grandes agglomérations, à forte concentration musulmane, sont les plus onéreux. Dans la Seine Saint-Denis, près de Paris, ils ont déjà dépassé 300 euros. Faisant fi de la loi de l’offre et de la demande, les prix sont régis par une autre règle : la spéculation.  Cette pratique est en vigueur à tous les échelons de la chaîne.
Fermiers, bouchers, grandes surfaces, revendeurs… profitent de l’aubaine pour faire des affaires. En 2014, environ 150 000 moutons ont été égorgés. La majorité des acheteurs préfèrent acquérir leur mouton vivant directement à la ferme et le tuent sur place, avec l’accord tacite  des agriculteurs, trop contents d’épuiser leur cheptel (la commercialisation des ovins pour l’Aïd représente jusqu’à 70% du chiffre d’affaires des éleveurs). Légalement, l’abattage sauvage est proscrit. Il est puni par 15 000 euros d’amende et jusqu’à six mois d’emprisonnement. Pour encadrer le rituel du sacrifice, les préfectures ont choisi de mettre à disposition des musulmans des abattoirs, souvent pris d’assaut, compte tenu de leur nombre réduit. Dans ces endroits, entre les équarrisseurs et les acheteurs se dressent de nouveaux intervenants : les imams. Depuis quelques années, les mosquées s’emploient à prendre leur part du business de l’Aïd, en suppléant les fidèles dans l’achat et le sacrifice des moutons. Elles perçoivent des commissions de la part des acquéreurs sur chaque tête vendue et un pourboire  pour les imams envoyés dans les abattoirs afin de superviser les abattages. Officiellement, cet argent va dans la caisse de la mosquée. Il sert à financer ses activités et à l’entretien des locaux de prière. Selon un sondage réalisé par le site communautaire, El Kanz, le recours aux mosquées pour l’achat d’un mouton reste néanmoins très marginal. Les grandes surfaces éprouvent également des difficultés à investir ce créneau. Estampillée halal, la viande des supermarchés n’a pas beaucoup d’adeptes, le mouton de l’Aïd encore moins. En cause, une traçabilité douteuse qui fait fuir les clients musulmans.  On reproche aussi aux enseignes de la grande distribution de ne pas respecter les rites d’abattage. En 2013, l’enseigne Auchan avait été épinglée pour avoir proposé à la vente des agneaux plusieurs jours avant l’Aïd alors que la tradition veut qu’ils soient abattus le jour même, après la prière.  
Dans ces commerces pourtant, le prix des ovins est relativement inférieur à celui pratiqué par les bouchers et parfois même les fermiers. Pour combattre la spéculation, des organisations musulmanes appellent chaque année au boycott du mouton de l’Aïd mais elles sont rarement entendues. D’autres intervenants dans le marché tentent de mettre en place de circuits de vente de proximité en poussant les éleveurs à se fédérer dans une sorte de coopérative (avec à disposition un centre d’abattage réglementé sur le plan sanitaire). C’est le cas notamment dans le sud de la France ou des gérants d’exploitations agricoles, notamment des Pyrénées, pensent mettre en place un abattoir commun. Leur credo, offrir aux musulmans la garantie d’acheter des agneaux 100% français de qualité et à des prix abordables.

Vente d’agneaux sur Le Bon Coin
On pourrait y céder des meubles à bon prix, louer un appartement, échanger des maisons de vacances et éventuellement acheter un mouton. Oui, un mouton ! Sur le Bon coin, un site de petites annonces, les propositions ne manquent pas. “Vends moutons et agneaux vivants, à voir à Dungy”, proposent les bergeries d’Aumont, dans le département de la Seine Saint-Denis.
L’annonce est assortie de photos de béliers à la toison touffue, qui n’ont pas encore trouvé preneur. Outre les éleveurs, des particuliers tentent leur chance comme ce propriétaire d’une brebis du Val d’Oise, qui propose son animal à 160 euros. Son annonce est placée en-dessous d’une autre qui fait référence au mouton mais uniquement sous la forme d’une veste fabriquée avec le pelage de l’animal et mise en vente pour le prix de 120 euros. Plus sérieusement et pour éviter le mélange des genres, certains n’ont pas hésité à créer des sites spécialisés dans la vente exclusive des moutons pour l’Aïd.
Dinam, une boucherie halal sur le net assure même l’abattage et la livraison de la carcasse à domicile.  


S.L.K

 


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