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A la une / Dossier

Victime de harcèlements sexuel et moral en milieu professionnel

Le calvaire de Rafika

Battante, brave, rigoureuse, voilà comment définir Rafika, 51 ans, veuve depuis 14 ans.

Elle a travaillé dur pour élever ses enfants, qui sont aujourd’hui des hommes. Elle a eu à prendre en charge son frère malade et ses parents âgés et souffrants. Des décès consécutifs de ses proches sont venus perturber l’équilibre familial ; et c’est dans le travail, qui est devenu un refuge que Rafika faisait son deuil. Conseillée par des amies, elle vient au Réseau Wassila, déterminée à aller au bout de sa démarche.
Son calvaire a commencé il y a deux années, sur son lieu de travail, dans le bureau du DRH. Ce dernier a essayé d’abuser d’elle ; il a fait descendre sa braguette, lui demandant de satisfaire rapidement un besoin sexuel. Humiliée, touchée dans sa dignité, elle se rend immédiatement chez le DG afin de l’informer, sûre de trouver auprès de lui écoute et aide ; or, ce dernier va essayer de la calmer, minimisant l’acte odieux du harceleur, insistant  afin qu’elle n’informe pas la tutelle. Naturellement, il ne prit aucune mesure contre le harceleur, proposant de l’argent et d’autres privilèges à Rafika.
Devant son refus, et quand il sut qu’elle avait porté l’affaire en justice, il prit des décisions fermes à son égard, d’abord la mise en quarantaine. Dès lors, succédant au harcèlement sexuel, s’instaura un harcèlement moral. Elle fut soumise à un acharnement : une commission ad hoc fut constituée pour la juger, le DG créant un véritable tribunal au sein de l’entreprise, en vue de se débarrasser d’elle.
Rafika a cependant maintenu son dépôt de plainte. Le procureur ayant requis une peine de 6 mois de prison ferme contre le harceleur, Rafika se sentit soulagée. Mais grand fut son désarroi lorsque, quelques jours après, le tribunal  prononça la relaxe de l’agresseur. Elle fit appel. Il fut encore relaxé, allant jusqu’à fêter au niveau de l’entreprise sa relaxe à venir, la veille du verdict !  
À présent, l’affaire est portée à la Cour suprême, mais Rafika se sent trahie par ses collègues, ses responsables, mais également par la justice de son pays. Elle est doublement victime, d’abord du harcèlement sexuel puis moral, ensuite d’un système judiciaire dans lequel elle avait placé sa confiance.
Maintenant, elle est prise en charge par la médecine du travail, mais en l’absence d’une reconnaissance des conséquences du harcèlement moral en milieu professionnel, par le système algérien de sécurité sociale, elle bénéficie d’une déclaration de maladie à caractère professionnel. Elle prend des arrêts de travail répétés, car dans cette entreprise où elle avait pourtant toute sa place, elle a perdu ses repères, a été marginalisée et mise à l’écart sans aucune tâche. Rafika souffre d’un isolement social, de fortes crises d’angoisse et de déprime, de questionnements face à ses enfants, deux jeunes hommes de 28 et 29 ans, qui se sentent impuissants, ne pouvant aider celle qui leur a tout donné et qui les a protégés depuis toujours. Le DRH, lui, coule des jours paisibles de parfait époux, de père de famille et de responsable d’entreprise…
Dans sa démarche pour sa reconnaissance en tant que victime et pour la criminalisation du harcèlement qu’elle a subi, Rafika a saisi par courrier plusieurs institutions (présidence de la République, Premier ministère, ministère de tutelle), mais en vain… Aucune réponse.
Aujourd’hui, son seul moment de délivrance est celui où elle pose ses maux sur des feuilles, parle de sa vie avant et après l’acte odieux du DRH, de sa révolte, de l’injustice dont elle a été victime, et rêve d’une vie dans un pays de droit où elle pourra réaliser ses aspirations, ses rêves, les choses simples de la vie.
C’est ainsi que quotidiennement le Réseau Wassila voit appliquée la loi sur le harcèlement sexuel.


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1 réactions
Brahms le 22/04/2017 à 17h42

C'est l'histoire du pot de terre contre le pot de fer. Dans ce genre de combat, il faut beaucoup de moyens financiers, une assistance juridique, un inspecteur du travail ou une organisation syndicale qui va l'épauler dans sa démarche. Les collègues de travail ont des charges de famille donc impossible qu'ils viennent témoigner pour elle par peur des mesures de rétorsion donc ce sera la parole de l'un contre l'autre. Dans tous les cas, il y a toujours une solution à tous les problèmes.

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