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La chasse était suspendue depuis les années du terrorisme

Les chasseurs peuvent déterrer leurs fusils

© D.R

Après des longues années d’interdiction pour des raisons de sécurité liées  au  terrorisme,  la  chasse  peut  bien  reprendre  même  si officiellement aucune date n’est fixée. Les chasseurs peuvent enfin dépoussiérer leurs fusils et arpenter les chemins sinueux des forêts.

L’attente était longue pour eux. L’odeur de la poudre leur manquait. Désormais, ils peuvent recharger, épauler et tirer d’autant que les bêtes sauvages prolifèrent et sortent de leurs “frontières” naturelles. Les villages situés aux confins des forêts souffrent des “agressions” du sanglier et autres animaux sauvages. Jilel, région touchée par le terrorisme, est dans cette situation. Ses chasseurs s’impatientent pour leur “limiter” le champ.

Cependant, ils sont appelé sà respecter sérieusement la réglementation notamment pour protéger les espèces rares. Ancrée dans les traditions héritées de père en fils et de génération en génération, la chasse est au centre d’une nouvelle réglementation pour protéger les espèces à chasser, surtout celles menacées d’extinction.

“C’est une batterie de lois et de textes qui a été promulguée depuis 2004 pour mettre de l’ordre dans cette activité, c’est une réglementation qui n’a rien à envier à celle des pays qui ont des traditions dans la protection de l’environnement et des espèces animales”, s’enthousiasme Nadjib Ben Ayad, officier à la conservation des forêts et militant écologiste au sein d’une association locale.

Fouillant dans une brochure de lois, notre interlocuteur nous détaille presque article par article ces textes. L’activité de la chasse, dont la reprise est à l’ordre du jour depuis le début de la délivrance des permis de chasse, sera lancée sous de nouveaux auspices.

”Elle mettra un terme au braconnage et au massacre des espèces protégées, elle sauvegardera aussi la forêt et luttera contre les incendies et le pillage du liège”, résume-t-il visiblement tout content de ces lois, promulguées pour revaloriser les potentialités de la forêt. La préservation de la faune sauvage, notamment les espèces protégées, est au centre de ces textes, qui ont pour objectif le développement du capital cynégétique et les populations du gibier.

“L’exercice de la chasse dans le respect des équilibres biologiques des populations animales et la lutte contre le braconnage”, est en résumé ce que prévoient les articles de ces textes. Des textes qui précisent que la détention du permis de chasse n’ouvre pas droit à la chasse. Il faut une licence de chasse. Le permis exprime la capacité du chasseur à s’adonner à cette activité, la licence donne droit à l’exercice de cette activité.  Cette licence détermine le territoire, le quota et la période de chasse.

Pour ce qui est de la loi de la chasse, elle classe les espèces animales en trois catégories. Les espèces protégées réputées rares ou en voie d’extinction, le gibier, qui représente les animaux à chasser pendant la période de chasse sur un territoire donné et, enfin, les espèces pullulantes  dont la chasse est organisée par des battues administratives.

En vertu des lois promulguées, de nombreuses espèces sont protégées à Jijel, à commencer par les mammifères, dont on recense 20 espèces. 131 espèces d’oiseaux sont également recensées comme étant protégées à travers le territoire de cette wilaya. Qu’en sera-t-il de l’application de ces lois sachant que le braconnage et le commerce illicite des espèces animales protégées ont toujours été dénoncés ?

Notre interlocuteur rassure que les associations des chasseurs, au nombre de 13, à Jijel, sont prêtes à collaborer pour le respect des textes régissant leur activité.  Des chasseurs, que nous avons rencontrés, se disent également disposés à la collaboration avec les services de la conservation des forêts.

“Nous les alertons sur le pillage du liège et le braconnage, on leur fait part des dérives de certains qui massacrent des espèces en période même d’interdiction de la chasse”, nous fait savoir un membre d’une association de chasseurs à El Milia. Bijoutier de son état, ce dernier, qui a pignon sur rue, déplore que certains chassent au filet la perdrix qu’ils massacrent par cette pratique, lui faisant courir le risque de disparition. “Dans certains territoires, elle est de plus en rare”, s’inquiète-t-il.

“On éblouit aussi des animaux, tel le lapin, par une lumière insoutenable au lieu de le chasser”, s’indigne ce chasseur, indiquant ses collègues et lui ont toujours averti les gardes forestiers sur ces pratiques. Les associations recensées à Jijel et affiliées à la fédération nationale des chasseurs sont considérées comme des partenaires dans la lutte contre ces pratiques. Leur mission ne s’arrête pas là, puisqu’elles sont membres dans le réseau local de la surveillance de l’état sanitaire des animaux sauvages.

Composé de plusieurs organismes, dont les services vétérinaires, de l’environnement, du département des sciences et de la vie de l’université de Jijel, et du parc animalier, ainsi que des associations de chasseurs, ce réseau a pour mission la surveillance et l’observation de la faune sauvage et des épidémies qui peuvent la toucher.  En plus de cette surveillance, ce réseau, déployé sur le terrain, propose des mesures de prévention pour lutter contre ces épidémies animales. 

Le même réseau établit une liste de maladies transmissibles à l’homme ou aux animaux d’élevage et sauvage. Les services vétérinaires procèdent à des prélèvements et des captures. Il faut également rappeler que les associations de chasse sont membres du réseau ornithologique et participent aux campagnes de recensement des oiseaux migrateurs et nicheurs. Elles sont aussi impliquées dans le réseau de surveillance des feux de forêts. 

Il reste que parmi les potentialités existantes dans le circuit de la chasse, il est prévu le lancement et la valorisation de la chasse touristique. Une loi promulguée en 2007 dans le cadre d’un décret exécutif porte sur la promotion de la chasse touristique. Cette activité aura des retombées économiques, puisqu’elle générera des revenues au Trésor public, selon ce qu’est prévu dans ces textes. Elle se pratiquera en collaboration entre des agences de voyages agréées et les associations de chasseurs. Le gibier à chasser sera issu de l’élevage à la reproduction artificielle.

Au-delà de l’ensemble de ces textes, c’est leur application sur le terrain qui reste au cœur d’une activité de la chasse, suspendue en 1992 suite à la dégradation de la situation sécuritaire dans le pays.  “Les anciens chasseurs imprégnés des valeurs écologiques et biologiques de la chasse ne sont plus là ou du moins une partie d’entre eux, il faut inculquer ces valeurs à la nouvelle génération des chasseurs qui n’ont pas connu la chasse avant cette période qui a précédé l’interruption de cette activité”, soutient Nadji Ben Ayad.  

Conscient de la responsabilité des services de la conservation des forêts dans l’inculcation de ces valeurs aux nouveaux chasseurs, il met l’accent sur l’importance de la formation que ces derniers suivent avant d’obtenir le permis de chasse. A ce jour, ils sont déjà 199 à avoir obtenu leur permis de chasse après avoir suivi une formation de trois jours, encadrée par des représentants des services des forêts et de la Fédération des chasseurs.

Ces derniers dispensent aux chasseurs en stage des modules sur le gibier, l’organisation de la chasse, le maniement des armes et l’utilisation des munitions, ainsi que sur les règles de sécurité et de secourisme. A l’issu de cette formation, le chasseur passera par un concours devant une commission composée des services des forêts, de la Fédération des chasseurs, d’un examinateur sur le maniement des armes, ainsi que des représentants de la Gendarmerie nationale, des services de sécurité et des services de la wilaya. 
 

Amor Z. 


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