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Législation toilettée, stratégie adaptée !

L’État veut donner une seconde vie au secteur des mines

Entre les Deux Guerres mondiales, l’Algérie fit partie des grands producteurs de minerai de fer dans le monde, contribuant ainsi à la prospérité des industries de transformation minière de plusieurs pays européens dont la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Au lendemain de l’Indépendance, les exploitants étrangers avaient pris congé des lieux, laissant à découvert plusieurs sites miniers après en avoir tiré le meilleur profit.
En mai 1966, il fut décidé la nationalisation des mines. Un an plus tard, fut créée la mythique Société nationale de recherche et d’exploitation minières (Sonarem).
Au cours des trente dernières années, le secteur des mines a connu une vaste restructuration. Ainsi, la Sonarem a été réorganisée, et six grandes entreprises minières (Ferphos, Erem, Enof, Enamarbre, Enasel et l’ENG) ont été créées. En 2010, l’État a mis en place Manadjim El-Djazaïr, un groupe industriel regroupant toutes les entreprises publiques du secteur des mines. Du point de vue du ministère en charge du secteur des mines, les ressources minières offrent d’importantes perspectives d’investissement à travers de multiples opérations d’association, et la législation minière permet, aujourd’hui, l’accès à l’exploration, au développement et à l’exploitation des ressources minières par les capitaux privés. Or, sur le terrain législatif, des incohérences subsistent et plusieurs entreprises s’en plaignent. Le pays a adopté en 2001 une première loi libérale sur les mines. Cette dernière, censée donner une nouvelle dynamique aux activités minières, a été, en fait, une succession d’échecs. Non seulement, elle n’aura pas contribué à augmenter la production minière, mais en plus, elle n’aura pas permis de fluidifier les relations de partenariat entre entreprises locales et étrangères. Il y avait même des conflits portés devant des instances arbitrales internationales comme cela a été le cas pour la compagnie Terramin Australia et son partenaire algérien l’Enof.
Terramin est  actionnaire majoritaire dans la joint-venture Western Mediterranean Zinc (WMZ) qui détient le permis d’exploration du gisement de Tala Hamza, à Béjaïa. Il avait déjà conclu un accord de coopération technique avec l’entreprise minière chinoise NFC (China Non-Ferrous Metal Industry’s Foreign Engineering and Construction Co., Ltd) à l’effet de faire progresser le projet.
Les Australiens avaient, par ailleurs, eu une occasion en or d’investir dans le marché aurifère dans les régions du Sud.

De l’or brut
Effectivement, le premier partenariat réalisé dans le domaine de l’exploration aurifère l’a été  entre le groupe australien GMA et la société Enor. Il s’agit d’une société à capitaux mixtes qui allait explorer l’une des plus grandes mines d’or à savoir Amesmessa, dans le Hoggar, à Tamanrasset. La production attendue du gisement était estimée à environ 8 000 onces par mois, ce qui aurait permis d’atteindre un total de production de 100 000 onces par an.
Cependant, l’ambition des deux associés s’est évaporée, ce partenariat tant rêvé ayant tourné court, officiellement  pour des raisons financières. Cela révèle encore une fois que la richesse est là mais l’investissement ne suit pas. Mais le projet d’Amesmessa est tellement important que l’État a frappé à la porte de Sonatrach pour le reprendre. Seulement, la compagnie nationale a touché à un projet qui n’a rien à voir avec ses  métiers de base. Aussi, doit-elle trouver un partenaire-clé pour le mettre en chantier, mais dans le cadre d’une nouvelle stratégie supposée donner une seconde vie au secteur des mines. Cette stratégie est sous-tendue par une nouvelle loi adoptée en 2013 et qui se veut exigeante, en rupture avec l’ancienne législation.
Dans cette loi, l’État se montre en réalité méfiant à l’égard des sociétés étrangères. La preuve, il y est clairement spécifié que les permis d’exploration et d’exploitation des gîtes de substances dites stratégiques, comme l’or ou l’uranium seront attribués à des Entreprises publiques économiques (EPE). Pour éviter que ne se reproduisent les erreurs du passé, les concepteurs de cette loi ont établi des dispositions aussi claires que possibles, dont voici quelques-unes : il est  défini dans l’article 70 de cette loi que le capital de ces mines sera entièrement détenu par l’État, de manière directe ou indirecte. L’entreprise publique peut, toutefois, pour le besoin du développement de la mine, solliciter un partenaire national ou étranger, à condition de conclure un contrat qui doit préserver ses participations dans la mine à pas moins de 51%.
Dans cette stratégie, le projet de Gara-Djebilet est porté, lui, au premier plan des priorités de l’État. Sur le papier, celui-ci veut en tirer le maximum. L’étude de préfaisabilité qui s’y rapporte est en cours de réalisation. Et, il a été question que sur la base des résultats de cette étude que soit prise la décision de poursuivre ou non les études de faisabilité au cours de l’année 2018. Pour l’instant, les chargés du secteur des mines n’y voient pas clair.
Ce gisement renferme d’importantes réserves géologiques mais de qualité médiocre du fait de la présence du phosphore. Le problème principal est de trouver comment éliminer l’élément phosphore.


Y. S.