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A la une / Dossier

Violences de l’appareil judiciaire

Un jour au tribunal…

©D. R.

La salle du statut personnel est comble. Salle vaste et sombre, au plafond bas. D’un côté les femmes, d’un autre les hommes. Ordre intimé ou “sélection naturelle” ? Une sonnerie aigrelette et tout le monde se lève. La juge, la quarantaine, suivie d’un assesseur s’assied et tape du plat de la main. Elle intime au policier de faire sortir toute personne bavarde.
Pendant une dizaine de minutes, elle lit les décisions rendues. Personne ne comprend ce qui est dit, excepté les avocats qui se sont rapprochés de la barre. Puis, elle épelle des numéros et des noms ; des avocats remettent et échangent des documents. Une femme et un homme se présentent en l’absence de l’autre partie, avec ou sans avocat. La juge houspille une femme à la barre. Des dossiers passent à droite. Une pile deux fois plus haute de dossiers à gauche n’a pas été entamée. Le public suit la séance rythmée par le ballet des dossiers et hachée par des dates.
Une jeune femme à côté de moi est là pour une séance de conciliation. C’est la seconde fois qu’elle est convoquée alors qu’elle ne veut plus de ce mari violent. Elle jette un coup d’œil anxieux de l’autre côté de la salle : “Il me surveille.” Elle a déposé une plainte, plusieurs fois, contre lui pour coups et blessures volontaires ; elle vit chez ses parents avec les enfants et craint toujours qu’il se venge. Il l’a déjà menacée ! Une autre est là pour coups et blessures, elle a perdu la vue (un œil touché). Toutes les victimes parlent des “connaissances” que le mari a dans la justice ou à la police, des blocages et de la lenteur des procédures. Cela fait des mois qu’elles attendent que leur agresseur soit au moins mis en garde par la justice, sans compter qu’elles ne reçoivent pas la pension alimentaire des enfants et qu’elles doivent se débrouiller pour trouver l’argent pour payer l’huissier, l’avocat, etc. Une femme d’une cinquantaine d’années ne sait pas trop quoi faire, elle est là depuis des heures, elle a été répudiée, elle erre de maison en maison depuis quelques mois. Elle se lève et sort dans un mouvement de colère. Deux heures passent. Un homme est à la barre et déclare haut et fort à la juge et à l’avocate de l’autre partie qu’ “elle ne veut pas revenir”. Il le répète plusieurs fois avec la conviction de celui dont l’autorité légitime a été contestée. La juge le fait taire. De temps en temps, cette dernière tape sur son bureau pour marquer son autorité. Aucun questionnement sur le déroulement des évènements dans cette enceinte. Les plaignantes perdent leur statut d’individu particulier, deviennent un numéro de dossier, reporté à la semaine suivante, alors qu’elles attendent depuis des mois ce moment, espérant retrouver la sécurité et être rétablies dans leur dignité.
Pour frapper les esprits, la machine de la justice doit garder un aspect ésotérique, grave, solennel, mystérieux, donc redoutable. La décision de justice sera traduite aux femmes en langage courant par l’avocat, pour leur expliquer ce que le sort leur réserve. Leur seule défense est d’échanger des informations ; elles pleurent aussi, mais s’encouragent mutuellement, parfois, avec humour. Elles sont abattues mais tenaces.


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