Autorisations sélectives

Les militants du mouvement Mouwatana comptent battre de nouveau le pavé aujourd’hui à Constantine pour dénoncer une probable candidature du Président sortant à un cinquième mandat. Le traitement réservé le 12 août dernier à Alger au rassemblement initié par le mouvement, marqué, ce jour-là, notamment par l’interpellation musclée de certains de ses animateurs, n’a visiblement pas découragé ces derniers de revenir à la charge pour exprimer ce qu’ils considèrent comme un droit constitutionnel, celui de manifester. Et si, à Alger, les autorités mettent en avant des artifices légaux, échafaudés pour justifier l’interdiction de manifester, sous le couvert de prétendues considérations sécuritaires, dans les autres wilayas du pays, ce parapluie juridique n’existe pas. Et c’est sur ce détail que les animateurs de Mouwatana s’appuient pour crier haut et fort leur droit à exprimer publiquement et librement leurs opinions politiques. Mais les autorités locales l’entendront-elles de cette oreille ? Certainement pas.
Tous les militants politiques connaissent l’excès de zèle dont sont capables les responsables locaux, dès qu’il s’agit d’interdire ou de réprimer une initiative ou une action qui remet en cause l’ordre établi. Et pour ce faire, tous les moyens sont bons. Et pas forcément ceux que permet la loi. Et les militants de ce mouvement naissant commencent à l’apprendre à leurs dépens. Ainsi, même en prenant soin de respecter à la lettre la voie réglementaire pour l’organisation d’une manifestation publique, ils ont eu droit à une lamentable réplique. En lieu, en effet de l’autorité civile, c’est le chef de la police qui s’est chargé de dissuader les initiateurs de cette action pacifique. Ses propos, tels que rapportés par la porte-parole du mouvement, tendent visiblement à impressionner.
Mais pourquoi impressionner ceux que l’on est censé plutôt protéger ? Y a-t-il eu des instructions dans ce sens de la part des responsables de la wilaya ? Ou a-t-il agi de son propre chef, pensant être dans son rôle de décourager des militants politiques d’exprimer publiquement un point de vue ? Au moment où les partisans du cinquième mandat continuent d’occuper tous les espaces, y compris ceux qui, en principe, leur sont interdits par la force de la loi, à l’image de l’enceinte universitaire et de la mosquée, toutes les voix discordantes sont vouées à l’étouffement. Une attitude qui, en définitive, cache mal une certaine hantise du pouvoir en place face à une prise de conscience de plus en plus manifeste de la société sur ses dérives.