Déclin

Victime d’un accident vasculaire cérébral au printemps 2013, le président Bouteflika s’est déchargé, contraint évidemment, de nombre de ses charges de premier magistrat du pays. Parmi ces charges qu’il n’a plus assumées depuis, figure la réception des lettres de créance des nouveaux ambassadeurs, une activité qui relève à la fois d’une obligation constitutionnelle et d’us diplomatiques consacrés. L’incapacité du chef de l’État à satisfaire à cette obligation met, sans nul doute, les représentations diplomatiques à Alger dans une position terriblement inconfortable, tant est que, sans la présentation de lettres de créance à la plus haute autorité du pays, le président de la République, en ce qui nous concerne, les ambassadeurs ne peuvent accomplir l’intégralité de leurs missions. Cette situation n’est pas pour leur inspirer les meilleurs “câbles” et rapports à leur hiérarchie.
Pour sûr. C’est dire que l’incapacité physique de Bouteflika a également un coût diplomatique. Surtout pour un pays comme le nôtre où la diplomatie est quasiment l’apanage exclusif du chef de l’État. On le voit aujourd’hui dans les ratés, pour ne pas dire dans la perte de notoriété de l’appareil diplomatique national conséquemment à la maladie du président Bouteflika.
Une perte d’influence qui fait que, pour des incidents mineurs, comme le fameux tifo déployé lors d’un match de football, des autorités d’un pays dit frère n’ont pas hésité à convoquer notre ambassadeur et à exiger de notre gouvernement des excuses. Les Irakiens viennent de faire de même, après, encore une fois, disons, un dérapage politique d’une galerie de supporters et qui, donc, n’implique aucunement le gouvernement. Il fut un temps, un temps désormais lointain, il faut le dire, où ces mêmes pays ne se seraient pas irrités pour si peu et, encore moins, n’auraient pas osé nous faire le reproche. Mais, en diplomatie, comme en tout, nous ne récoltons que les fruits de nos efforts, de notre abnégation et de notre disponibilité.
Or, depuis cinq ans maintenant, la diplomatie algérienne est de moins en moins entreprenante, induisant, du coup, un reflux des ambitions géopolitiques que le pays s’était donné au début des années 2000. On mesure ce reflux à l’épave qu’est devenu le Nepad pour lequel Bouteflika s’était foncièrement engagé. À d’autres projets aujourd’hui contrariés aussi.