Entendons-les, ils savent ce qu’ils veulent…

Au-delà de cette grande mobilisation dont viennent de faire preuve les étudiants, hier, pour le 16e mardi de suite, alors même que l’on est en période d’examens, c’est sans doute les principaux slogans scandés qu’il convient de retenir comme autant de messages à décrypter et dont il convient de saisir le sens profond. 
Ce mardi 11 juin, les artères d’Alger et d’autres villes du pays ont été emplies, d’abord, de ces mots d’ordre conçus par les étudiants pour dire, une fois encore, leur détermination à revenir chaque semaine dans la rue, “jusqu’au départ du système”, leur volonté de se battre “dans l’unité” et leur choix définitif et irréversible de demeurer “pacifiques” dans leur combat. Ce sont certes des mots d’ordre qui en disent long sur la profondeur du mouvement populaire, sur la conscience politique de ses acteurs et sur ce besoin irrépressible de changement que la société ressent et exprime avec autant de force. Ils sont donc importants à entendre et c’est peut-être parce qu’ils ne le sont pas assez que les étudiants les crient chaque mardi et l’ensemble des Algériens tous les vendredis.
Mais hier, les étudiants ont surtout fait état de leur attachement à une transition politique comme l’indispensable moyen à même de permettre au mouvement du 22 février d’atteindre son objectif principal : le changement véritable qui implique l’instauration d’un nouvel ordre politique, institutionnel et constitutionnel. 
Car, comme le veut sa définition littéraire, une transition est “un passage d’un état à un autre”. Et ce passage constitue une phase de transformation, donc un état intermédiaire entre l’état initial (actuel) et l’état projeté. L’état intermédiaire représente, par conséquent, un passage obligé pour que l’état projeté soit autre que l’état actuel et pour que le changement voulu soit vrai et effectif. 
Les étudiants, pas seulement ceux de Sciences-po, sont bien placés pour le comprendre. Car ils saisissent parfaitement les enjeux de cette dichotomie entre l’idée d’aller directement à une élection présidentielle, en se suffisant de quelques aménagements techniques et juridiques, et la proposition d’une transition qui mettrait en place, aussi et surtout, les jalons politiques de la voie à suivre pour atteindre l’objectif escompté. Parce qu’ils savent aussi, grâce à leur statut d’étudiants en contact constant avec leurs professeurs, que c’est par différents modèles de transition que des pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique latine ont réussi le challenge de leur transformation salutaire. Comprenons donc qu’ils ont compris. Et qu’ils savent ce qu’ils veulent. Et entendons-les.