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editorial / ACTUALITÉS

Exil intérieur

En Algérie, l’absence d’implication des intellectuels dans le débat public a toujours été, elle-même, un sujet de débat et, quelquefois, de polémique. Et pour cause : la défection des élites est une vieille réalité algérienne. Si la participation et la visibilité de cette frange dans la vie publique n’étaient pas du tout évidentes du temps du parti unique dont la philosophie reposait sur l’interdiction du débat contradictoire et, donc, sur l’exclusion, il n’est pas aisé de saisir l’attitude timorée de notre intelligentsia nationale face aux maux qui minent le pays, qu’ils soient d’ordre politique, économique ou social.
Certes, on entend, ici et là, quelques experts, toujours les mêmes, dire leurs vérités sur la gouvernance économique, mais cela ne va jamais plus loin : nos élites semblent éviter, systématiquement et soigneusement, d’évoquer la relation, pourtant évidente, entre la nature du pouvoir politique et la gestion rentière et clanique de l’économie nationale. Quant aux dossiers éminemment politiques, ceux qui portent notamment sur le fonctionnement de nos institutions, sur les questions démocratiques ou sur l’État de droit, ils sont en dehors des préoccupations des élites.
À l’évidence, on ne peut pas mettre cette tiédeur sur le compte d’une inconscience politique, sachant que, l’on a vu des universitaires algériens s’inquiéter, par exemple, de l’arrivée d’Al-Sissi au pouvoir au Caire et du recul de la démocratie en Égypte. Une inquiétude qui leur avait inspiré le lancement d’une pétition dont les signataires ne se sont jamais signalés par une quelconque initiative sur des dossiers lourds qui concernent directement leur pays, l’Algérie.
D’où viendrait donc ce manque d’intérêt de nos élites aux questions nationales qui ont non seulement un impact quotidien sur la vie des citoyens, mais aussi des conséquences certaines sur le devenir du pays ? Il serait sans doute injuste d’expliquer le phénomène par l’insertion des élites algériennes dans le système rentier ou par des intérêts matériels que leur conférerait leur position sociale : elles font partie, pour la plupart, d’une classe moyenne qui, elle-même mise à dure épreuve, est de moins en moins épargnée par les difficultés et les privations.
Le mal est assurément plus profond, en effet. Il viendrait peut-être de l’absence de la culture du débat et de cet environnement politique et sociétal lourdement pollué, qui n’incitent pas les intellectuels à s’impliquer et qui, bien au contraire, les découragent et les confinent au silence et à l’inertie. Une sorte d’exil intérieur — et intériorisé — qu’on peut leur reprocher d’accepter trop docilement.


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