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editorial / ACTUALITÉS

Le portrait de l’absent

Le mouvement national a connu le culte de la personnalité avec Messali Hadj. C’était, peut-être, dans l’air du temps, le populisme étant à l’époque célébré dans plusieurs régions et pays du globe comme une doctrine politique forte, voire dominante. Ce n’était pas, en tout cas, si choquant que cela, dès lors que les personnalités et leaders prétendant à la vénération accomplissaient ce qu’il fallait comme effort pour donner d’eux-mêmes l’image d’une icône. Les hommes qui ont connu une telle gloriole se sont accomplis, d’abord, dans les actes, la présence physique et la prestance, ensuite, dans le discours.
Mais ce que l’on observe depuis maintenant six mois, voire plus longtemps, avec Bouteflika, est pour le moins déconcertant : le portrait a remplacé l’homme, incapable, depuis 2013, de discours devant la nation, et encore moins d’activités sur le terrain, d’inspections et autres manifestations publiques. Les égéries du système, qui ne manquent pas d’ingéniosité, y compris les idées les plus extravagantes, ont inventé ce que l’on pourrait désigner comme “la gouvernance par le portrait”. Le concept est testé depuis plusieurs mois, ce qui a l’air de bien marcher : partout où une réalisation doit être comptabilisée comme étant le fruit de la clairvoyance présidentielle, un portrait de Bouteflika, géant, au besoin, est exhibé. Un portrait devant lequel des thuriféraires, rodés à l’exercice, viendraient chanter la sérénade pour le 5e mandat. Le comble, c’est que cela semble bien fonctionner. Sinon, les artisans de cette stratégie politique n’auraient pas poussé l’outrecuidance jusqu’à se risquer à charger de la même symbolique patriotique l’emblème national et le portrait du chef de l’État.
Or, ils l’ont bien fait ce 5 Juillet. La République, représentée par ses institutions, s’est bien mise au garde-à-vous devant le portrait de Bouteflika. La scène que les réseaux sociaux ont rapidement saisie comme une séquence éligible au buzz — ce qui n’a d’ailleurs pas raté — illustre parfaitement notre régression politique. Ailleurs, cela n’aurait jamais été possible, car on ne peut pas gouverner en étant absent. Encore moins, par l’entremise d’un portrait qu’on exhibe au gré des situations… quand bien même il s’en trouverait certains qui n’y voient pas d’inconvénients.


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