Ouverture à temps partiel

C’est un lieu commun de dire que le pouvoir algérien est cynique. Tous ses actes, gestes ou textes de loi se révèlent d’emblée ou a posteriori à bien des distances de ce qu’il prétend vendre à l’opinion à travers sa rhétorique modernisée.
Contraint par les événements de 2011 dans le monde arabe, il actualise sa sémantique pour présenter des réformes révolutionnaires qui placeront l’Algérie à l’avant-garde de la démocratie, de la modernité, de la liberté, brassant le large éventail lexical inhérent à cette “philosophie”, à ce mode de gouvernance. Ce qui déboucha logiquement sur une Constitution, encore une, aux termes dramatiquement élémentaires.
D’une hallucinante légèreté. Et en attendant les textes devant en découler, le gouvernement a continué, avec persévérance, ses pratiques liberticides ; en innovant par l’élargissement de la sphère répressive, s’attaquant aux dernières parcelles de liberté “relatives”. Marches, concerts, livres, rassemblements, réunions, universités d’été, films…, répression, censure, lynchage médiatique, tous les moyens ont été utilisés pour démontrer l’applicabilité des appareils idéologiques et répressifs d’Althusser.
Le pire est à attendre, passé maintenant la vague du Printemps arabe, la gestion démocratique des foules ayant fait ses preuves, avec ce que le gouvernement apportera comme nouveaux aménagements à sa machine répressive et remodelages de ses plans de verrouillage. L’actuelle session du Parlement est prometteuse en la matière. Les députés de la majorité, comme à leur habitude, applaudiront, contre quelques dividendes, les avancées considérables des nouveaux textes censés découler de la Constitution révisée, des lois rétrogrades tant elles consacrent le contrôle intégral sur la société et ses représentants légitimes. Pour ainsi dire, achever, avec cet arsenal juridique moyenâgeux, son œuvre machiavélique entamée à l’Indépendance. Parce que ce système, qui tire sa légitimité de sa force, ne croit pas à sa fin. Encore moins aux vertus de l’ouverture et de la démocratie. Ou alors quand il y est obligé.