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A la une / Enquête

Famille, hogra, salaire, discrimination, harcèlement, insécurité, promotion

Ce que ne veulent plus les femmes algériennes

La société algérienne change à l’égard du travail des femmes. Marginale, voire très réduite durant les trente dernières années, l’implication des femmes dans le monde du travail est devenue par la force des choses un “fait social structurant”. Il s’agit d’une “rupture sociologique” et d’une “transformation importante” du rapport des femmes à l’emploi.  Et, par la même, de la société. Une révolution silencieuse se fait  au jour le jour.

Bon gré, mal gré, les femmes investissent de plus en plus le monde du travail. À choisir entre un emploi, le mariage et la famille, la nouvelle génération d’Algériennes a tranché. Point de concessions. Le “cumul” est en passe de devenir monnaie courante au sein des jeunes ménages loin des stéréotypes et des visions rétrogrades. Ce changement à la fois “volontariste” et “structurel” est mis en évidence par la première Enquête nationale sur l’intégration socioéconomique des femmes en Algérie. Non seulement le travail est une activité rémunérée, mais aussi un projet professionnel auquel les femmes tiennent de plus en plus. Et il ne se présente plus en termes de choix.
Réalisée entre les mois de janvier et février 2006 par le Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) pour le compte du ministère délégué chargé de la Famille et de la Condition féminine, l’enquête sera présentée aujourd’hui au siège du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière.
L’échantillon enquêté se répartit entre 16 wilayas et 66 communes. Près de 4 436 ménages et 13 755 femmes ont été touchés. Dont 63,2% en milieu urbain et 36,8% en milieu rural. La population est essentiellement jeune dont 62% n’ont pas atteint l’âge de 35 ans et 77% ont moins de 45 ans. Cette enquête fait ressortir des Algériennes aux profils divers mais bien représentatifs de la femme de l’an 2006 et de la société dans laquelle elle évolue. Quatre grands profils plus précisément se répartissent selon les pourcentages suivants : 18,68% en femmes occupées, 10,89% en demandeuses d’emploi, 21,67% sont en formation et 48,75% sont des femmes au foyer.
Le travail féminin apparaît comme une activité urbaine à plus de 70,35%. Les femmes occupées sont jeunes. Elles sont âgées à près de 83,7% entre 20 et 44 ans. Celles qui ont entre 45 et 59 ans ne représentent que 13,7%. Le secteur public est le plus grand pourvoyeur d’emploi pour les femmes. Elles y activent à près de 58,29%. 19,34% des femmes occupées sont présentes dans le secteur privé. Une proportion importante de femmes active également dans le secteur informel, soit 21,52%.

Le travail : une caractéristique inhérente à l’identité féminine
Les conditions socioéconomiques de ces vingt dernières années ainsi que l’engagement “volontariste” de l’État en matière d’éducation et d’instruction initié sans discrimination sont en train d’induire un changement “structurel” au sein de la société algérienne. D’autant que l’activité des femmes à l’extérieur du ménage était pendant près de deux décennies une  “phase de transition” entre deux modes de vie. Les changements de statuts matrimoniaux de célibataire à mariée, et celui de mariée sans enfant à mariée avec enfant, étaient des facteurs qui mettaient fin à la carrière professionnelle. Entre le travail et la famille, la société tranchait pour la deuxième. Dès que la femme se mariait et avait un enfant, elle quittait parfois malgré elle son emploi.
Les chercheurs du CRASC estiment que le modèle dominant au niveau des pratiques et des représentations sociales n’est plus aujourd’hui celui du choix entre le travail ou la famille, ni celui de l’alternance travailler puis s’arrêter mais plutôt celui du “cumul”. “L’activité des femmes est désormais une caractéristique socioéconomique inhérente à l’identité féminine et cela malgré une présence limitée dans l’activité économique globale”, précise les rédacteurs de l’enquête.
Il y a lieu de relever que cette étude met en évidence une progression de la participation féminine dans la population active globale. Les femmes occupées dans une activité formelle ou informelle représentent 18,68% de la population féminine enquêtée. L’Office national des statistiques estimait en 2004 que la participation des femmes ne représentait que 14,6% de la population occupée globale. Ce taux a doublé en huit ans entre 1996 et 2004. Ce qui démontre pour les chercheurs du CRASC que “le mouvement d’investissement des femmes dans l’emploi s’intensifie”. Et ce, même s’il reste encore en deçà des potentialités prévues et de l’engagement de l’État en matière d’éducation.

Le mariage n’est plus un frein à l’intégration des femmes
Quel que soit le profil auquel elles appartiennent, près de 60% de femmes interrogées dans le cadre de cette enquête ont accédé à un emploi rémunéré à compter de l’an 2000. “La période 2000-2005 est caractérisée par une augmentation du nombre de femmes occupées dans tous les secteurs d’activité”, précise le document. Cette pénétration du marché du travail est le résultat de la croissance économique. Essentiellement due au développement du secteur privé et à la relance de l’emploi et de l’investissement dans le secteur public. L’accès des femmes au travail est lié à deux éléments considérés comme étant des facteurs favorisant ou défavorisant. La situation objective de la femme telle que le niveau d’instruction, l’existence ou non de diplôme, la zone d’habitat ainsi que les procédures utilisées pour accéder à l’emploi. Le niveau d’instruction est le facteur déterminant d’accès à l’information et donc au travail.
Si la plupart des femmes occupées sont célibataires à près de 58,26%, l’enquête démontre qu’un tiers sont mariées, 7,89% sont divorcées et 4,16% veuves. Ces chiffres sont la conséquence de deux facteurs. Le premier étant la pyramide des âges dans une population féminine relativement jeune et le second étant le relèvement significatif de l’âge du mariage en Algérie. Ces même taux s’inversent d’ailleurs progressivement en suivant la courbe des âges au sein de la population féminine. Pour les 25-29 ans, les célibataires représentent 87,7% et les mariées 10,1%. Dans la tranche 30-34 ans, 66,6% sont célibataires et 25,7% mariées. Pour les 35-44 ans, les célibataires représentent 34,5% et les mariées 48,09%. “Cela permet de confirmer que le fait d’être mariée ne représente pas un facteur bloquant pour l’accès ou la fixation dans l’activité”, précise les chercheurs du CRASC.
Autre changement significatif, le choix entre un nouveau statut matrimonial et l’activité rémunérée pour les célibataires n’est plus une “option”.
Pour la grande majorité des femmes célibataires, travailler et constituer une famille est la tendance dominante. 72,42% d’entre elles ne pensent pas arrêter de travailler après le mariage. Mieux encore, si un prétendant fixe comme condition au mariage l’arrêt du travail, elles sont 62,7% à ne pas accepter la proposition contre 37,3% qui acceptent.
Celles qui sont encore en formation ont pour projet prioritaire après formation le travail. Le projet matrimonial n’intervenant qu’après. “Pour cette tranche de jeunes femmes, comme c’est le cas pour les femmes occupées, on assiste à une construction au niveau des représentations d’une trajectoire sociale nouvelle qui non seulement insiste sur le rôle de la formation des femmes mais elle inscrit celle-ci dans un objectif de travail”, précise les chercheurs du CRASC.

Une aspiration pour l’écrasante majorité
Le travail rémunéré est devenu aujourd’hui “une réalité pour les unes et une aspiration pour l’écrasante majorité”. Les femmes potentiellement en demande d’emploi représentent 70% de la population enquêtée qu’elles soient actuellement occupées ou non. Seules 30% des femmes interrogées se déclarent réfractaires au principe de travailler contre une rémunération.
Pour les chercheurs du CRASC, la réalité du travail rémunéré des femmes se confirme par le fait que mariées ou célibataires, les femmes occupées ne se voient même pas abandonner leur activité professionnelle en cas d’amélioration notable de la situation financière de la famille.
L’enquête démontre que les femmes algériennes progressent et d’adaptent aux différents changements qui s’opèrent dans la société qu’ils soient d’ordres économique, social et familial. Elles sont confrontées néanmoins à “des difficultés qui souvent affectent leur vie et provoquent un sentiment de stress et de malaise”. Ces difficultés constituent parfois des freins importants à leur intégration socioéconomique.
Les femmes dans leur ensemble mettent en avant comme problèmes majeurs l’atmosphère familiale (13,5%), le transport (13,2%), la hogra (12,2%), le salaire (10%), la discrimination (9,2%), le harcèlement (9%), l’insécurité (7,3%), l’insuffisance de crèches pour les enfants (6,5%), le statut juridique (6,2%), les horaires de travail (4,1%), l’absence de promotion (3,2%)… L’ordre est différent selon le profil des femmes. Celles qui sont occupées posent en premier ceux du salaire, du transport et de l’atmosphère familiale. Les femmes demandeuses d’emploi relèvent la hogra, le transport, l’atmosphère familiale. Pour celles qui sont en formation, le problème principal reste le transport suivi par le harcèlement et la hogra. Pour les femmes au foyer, il s’agit plutôt de l’atmosphère familiale, de la hogra et du transport.
Pour le CRASC, l’analyse de la condition féminine en Algérie est en réalité l’analyse des conditions réelles au sein desquelles évoluent les femmes.
La prise en compte de l’environnement social des femmes impose un certain “réajustement” dans la politique des pouvoirs publics.
La première “rupture” à opérer est, pour ces experts, de partir de ce que veulent et peuvent faire les femmes en harmonie avec leur milieu. La seconde est le développement de l’environnement infrastructurel adéquat qui encouragera la “sortie” des femmes.
Le troisième réajustement consiste à considérer la population féminine en âge de travailler comme diversifiée, ce qui suppose de bâtir tout programme d’action comme spécifique prenant en compte l’âge et le statut matrimonial pris dans des contextes sociogéographiques différents. 
L’enquête nationale sur l’intégration socio-économique des femmes en Algérie qui sera officiellement présentée aujourd’hui servira de base de travail pour l’élaboration de la stratégie et du plan national pour la promotion de l’intégration socio-économique des femmes.

Les stratégies nationales  à l’égard  de l’enfance  et de la famille  présentées  en janvier
Le ministère délégué chargé de la Famille et de la Condition féminine doit également présenter les résultats de l’enquête nationale portant sur la violence à l’égard des femmes. Ces résultats seront suivis fin janvier par la présentation de la stratégie nationale sur la violence à l’égard des femmes. L’institution prépare également les stratégies nationales à l’égard de l’enfance et de la famille. Elles seront présentées au début de l’année 2007. Toutes ces stratégies seront suivies d’un plan d’action national.

S. S.