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A la une / Enquête

Il a passé un an à la prison de haute sécurité de Belmarch

Chronique carcérale d’un apprenti terroriste

Nassim n’a aucune peine à révéler qu’il était avec les terroristes à Belmarch. Ni les remords ni la honte ne sont des émotions qui tourmentent son esprit engourdi par les barbituriques. Depuis son passage en 2004 dans ce pénitencier de haute sécurité du centre de l’Angleterre, il collectionne les séjours derrière  les barreaux.

“Je suis allé en prison 14 fois”, révèle Nassim hâtif. Insaisissable comme une anguille dans l’eau, il consent enfin à  dévoiler sa chronique carcérale, entre deux gorgées de café. Il est 15 heures, le jeune homme de 32 ans vient tout juste  de se réveiller. Cette nuit, il a trouvé refuge chez un copain. Le reste du temps, il dort dans la rue. Ayant perdu toute notion du temps, la dépendance aux drogues dures règle son horloge biologique. Il se réveille pour aller voler et va dormir après avoir épuisé les doses d’héroïne et de cocaïne qu’il s’est procurées avec le fruit de ses larcins. Mais comment donc est-il passé de grade de terroriste à celui de pickpocket ? Avec fermeté, l’ancien locataire de Belmarch se défend d’avoir été un adepte du GIA, du GSPC ou d’Oussama Ben Laden. Tout juste s’affichait-il avec leurs partisans à la mosquée de Finsbury Park, au nord de Londres. Il les fréquentait de très près, puisqu’il avoue avoir été un des gardes du corps du maître des lieux, Abou Hamza. Sa photo avec le chef terroriste égyptien devant le lieu de culte est parue en 2003, dans l’édition dominicale du Daily Mail, au moment de son arrestation par Scotland Yard. “Vous pouvez la retrouver sur internet”, insiste-t-il, comme grisé par cette sombre notoriété. Nassim est arrêté chez lui en possession de faux passeports et de matériels servant à les fabriquer, dont un appareil photo. Agissant sur renseignements, les policiers pensent que les documents sont utilisés pour exfiltrer des terroristes. Dans une vaine tentative de se disculper, Nassim jure que les passeports appartiennent à des amis. Mais ni les détectives ni le procureur ne le croient. Aussitôt écroué, il est transféré en prison. Aujourd’hui, cinq ans après l’affaire, l’ex-détenu admet qu’il était faussaire. Mais les passeports, dit-il, n’étaient pas destinés à des terroristes.
“À l’époque déjà, j’étais dépendant à la drogue et à l’alcool. Comment pouvais-je être un islamiste ?”, plaide-t-il. Outre l’épisode des faux passeports, le nom de Nassim est cité dans l’enquête de Scotland Yard sur la tentative avortée du GIA algérien de diffuser un poison mortel, la Ricine, dans le métro londonien. Mais aucune preuve n’est retenue contre lui. En tout et pour tout, il passe douze mois à Belmarch, dans le quartier réservé aux grands criminels. Parmi ses codétenus, figure Abu Kutada. Désigné par la presse anglo-saxonne comme le bras droit de Ben Laden et l’ambassadeur d’Al-Qaïda en Europe, le prédicateur d’origine palestinienne est connu en Algérie pour avoir édicté des fetwas autorisant les massacres des populations civiles par le GIA pendant les années 1990. De pair avec Abou Hamza, éditeur de la revue El Ansar, organe officiel du groupe armé algérien, il entretenait au Royaume-Uni les réseaux de soutien des terroristes en Algérie. Il y a quelques mois, Abu Kutada a retrouvé la liberté après l’échec de la procédure de son extradition vers la Jordanie. Son élargissement et sa dotation d’une allocation de subsistance ont provoqué un scandale au sein de la classe politique britannique. Presqu’au même moment, le refus opposé par un juge à la livraison d’un terroriste algérien aux autorités de son pays et sa remise en liberté étaient accueillis par un grand scepticisme. Dans l’intention de brouiller son identité, les services de sécurité l’ont affublé de l’initiale Q. Mais cette dissimulation n’a pas empêché Nassim de le reconnaître.
“C’est Abou Dhoha”, confirme-t-il avec certitude. Selon lui, l’énigmatique Abou Dhoha (soupçonné d’avoir participé à la préparation des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis) était incarcéré dans une zone de haute sécurité (High Security Zone-HSZ) de la prison, affectée aux terroristes les plus dangereux, avec une dizaine de ses compatriotes et un certain nombre de détenus d’autres nationalités, dont des britanniques. Un visiteur de cette zone la décrit comme une prison dans la prison. “Elle est éloignée de plusieurs miles de l’entrée du pénitencier. Pour s’y rendre, une voiture est indispensable. Les bâtiments sont encerclés par des barbelés et mis sous la surveillance accrue de gardes et de chiens. Les visites au parloir sont strictement encadrées.” Ayant échappé au cadre très hostile de la HSZ, Nassim se plaint néanmoins de ses conditions de détention. Sa litanie est sans fin. Il dit avoir attrapé un mal de dos persistant au cours de son séjour à Belmarch. “Il faut attendre longtemps avant de pouvoir voir un médecin”, relate Nassim qui révèle, par ailleurs, avoir patienté cinq mois pour qu’un avocat bénévole lui soit désigné. Cinq mois plus tard, il quitte Belmarch. Le juge de l’application des peines lui signifie tout bonnement qu’aucune charge n’est retenue contre lui.  Nassim sort de prison sous une nouvelle apparence. Il porte barbe et kamis. Sa métamorphose est l’œuvre de ses codétenus, qui se sont engagés à faire de lui un bon musulman. “Quand ils sont libérés, la plupart des jeunes algériens se muent en pratiquants invétérés. Si certains renouent très vite avec leurs innombrables vices, comme le vol et la drogue, d’autres se radicalisent encore plus”, observe une source. Tout récemment, les responsables de l’administration pénitentiaire britannique ont dévoilé l’existence d’une vaste campagne d’endoctrinement islamiste dans les prisons. Des magistrats et des académiciens ont établi un constat similaire et préconisé des solutions d’urgence. Selon les estimations des services de sécurité, Al-Qaïda envisage de recruter un tiers des huit mille détenus d’origine musulmane. Dans le cas de Nassim, la tentative semble avoir été infructueuse. Quelque temps après son élargissement, il troque son kamis contre une paire de jeans et rase sa barbe. “Les gens avaient peur de m’approcher car j’étais identifié comme terroriste.” À Belmarch, Nassim nie avoir subi un quelconque lavage de cerveau de la part de “vrais terroristes” qu’il dit avoir côtoyés. “Nous nous rencontrions dans la cour ou durant la prière du vendredi”, relate-t-il. Selon lui, une centaine de détenus prenaient part au rituel. Mais le contenu des prêches était filtré. De même les promenades (d’une durée de deux heures par jour) se déroulaient sous le contrôle rigoureux des gardes. Sans doute, l’hostilité du milieu carcéral l’avait jeté dans les bras des extrémistes. “Les gardiens étaient racistes. Par exemple, ils ne toléraient pas qu’on porte un calot, alors que les détenus d’origine sikh étaient autorisés à garder leur turban. Ils nous accusaient tous d’avoir fait exploser les tours jumelles”, raconte-t-il. Sur un autre chapitre, son incarcération, en l’absence de procès légal, était, à ses yeux, source d’injustice. Il y a deux ans, neuf détenus algériens de Belmarch, qui se plaignaient de la prorogation de leur délai de détention préventive, avaient publié une lettre ouverte dans le quotidien The Guardian demandant à être transférés en Algérie. De son côté, le pilote d’origine algérienne Lotfi Raissi, a exigé une réparation conséquente il y a un an, après avoir été accusé à tort de son implication dans les attaques kamikazes à New York et à Washington. En vertu de la loi anti-terroriste (the Terrorist Act), le gouvernement britannique a donné les pleins pouvoirs à la police et aux magistrats pour la prise en charge des affaires de terrorisme. Cette gestion est entourée de grande confidentialité. À titre d’illustration, les chiffres concernant la population carcérale impliquée dans ce genre de crimes ne sont pas communiqués au grand public. Aussi, il est très difficile d’avoir une idée précise sur le nombre de détenus d’origine algérienne. Se fiant à ses propres statistiques, Nassim se souvient avoir séjourné avec une quarantaine de compatriotes à Belmarch. Depuis, il écume d’autres prisons, Pentonville, Brixton, Bradford, Hollesley, Shepherd Bush… Ses quatorze incarcérations ont été assorties de trois internements en hôpital psychiatrique. Accroc à l’héroïne, il multiplie les cures de désintoxication sans parvenir à s’en sortir. Sa dernière réclusion fait suite à un vol qu’il a commis dans une grande surface. Depuis quinze ans, date de son arrivée à Londres (à l’âge de 17 ans), Nassim a rarement eu l’occasion de gagner sa vie honnêtement. Les stupéfiants le déroutent de ses ambitions. C’est la drogue d’ailleurs qui l’a poussé un jour sur le chemin de la mosquée de Finsbury Park où Abou Hamza lui a donné le gîte et le couvert et lui faisait voir des cassettes sur le djihad en Afghanistan, dans l’espoir de le convertir en kamikaze. Il y a un mois, les autorités britanniques ont mis fin à son statut de sans-papiers en lui octroyant une autorisation de séjour de cinq ans, renouvelable. Avec ce document, Nassim espère obtenir une aide au logement et des allocations qui lui permettront de ne plus voler, si toutefois les démons de son corps en manque le laissent en paix…

S. L.-K.