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A la une / Enquête

Enquête

Des centaines de personnes escroquées

Les syndicats et CP d’une vingtaine d’entreprises et organismes publics ont entraîné quelque 3 000 fonctionnaires dans une opération d’acquisition de véhicules neufs par facilité de paiement auprès d’un revendeur multimarques. Au bout d’une année, le bilan de l’arrangement est plutôt désastreux. Le gérant de Sydcar Motors est placé en mandat de dépôt pour escroquerie et fraude tandis que des centaines de salariés se retrouvent sans véhicules et sans l’apport personnel versé.

Grosse escroquerie ou conséquence d’une mauvaise évaluation des risques d’une entreprise mise sur les rails par un homme d’affaires qui voulait investir un créneau pensé rentable : celui de la revente des véhicules neufs par facilité à des salariés d’organismes publics ? À l’heure actuelle, il est difficile de qualifier l’affaire, en cours de traitement par la justice.
Le gérant de l’Eurl Sydcar Motors, Abdallah Sid, appelé communément par ses clients et ses collaborateurs El-Hadj, est placé sous mandat de dépôt depuis le 4 septembre, soit à l’issue d’une audience au tribunal de Koléa. Il est retenu contre lui le chef d’inculpation d’escroquerie et fraude, suite à une plainte déposée contre lui par des dizaines de fonctionnaires, qui lui ont versé 40% du prix d’un modèle de véhicules, qu’ils devaient acquérir par facilité de paiement. Au bout de 16 mois d’attente, ils n’ont vu ni la couleur ni la forme des voitures commandées. Ils n’ont pas obtenu non plus le remboursement de l’apport initial (des sommes variant entre 400 000 DA et plus d’un million de dinars) encaissé par le revendeur.
Après avoir épuisé les recours auprès du staff d’El-Hadj pour récupérer leur argent, observé à plusieurs reprises des sit-in devant le siège social de l’Eurl, situé à l’entrée de Douéra, ils ont fini par engager, collectivement et individuellement, des poursuites judiciaires contre A. Sid pour escroquerie. Les témoignages de personnes dupées sont assez éloquents. Un cadre d’Algérie Télécom a versé, en mai 2013 à l’Eurl Sydcar Motors, un million de dinars, soit 40% du prix de la Skoda Yeti qu’il voulait acheter. La livraison était programmée pour un délai maximum de deux mois. En septembre de la même année, il n’avait toujours pas eu son véhicule. Il proteste, réclame, fait intervenir des intermédiaires. Acculé, El-Hadj lui prête une Clio pour le dépanner. Entre-temps, Skoda a arrêté de commercialiser le modèle choisi. “En décembre, un autre homme d’affaires, Mahdi Lamari, qui devait de l’argent à Sid Abdallah, me remet 800 000 DA et prend la Clio. Au niveau de Sydcar Motors, on me fait signer un document attestant que j’ai récupéré la totalité de la somme versée. J’ai perdu ainsi 200 000 DA. J’ai déposé une plainte”, nous confie notre témoin. Des centaines de fonctionnaires vivent une situation plus inextricable. Leur argent est bloqué dans les comptes de Sydcar Motors, depuis des mois, sans assurance qu’ils le récupéreront à brève échéance. À première vue, ce n’est là qu’une énième arnaque, dont sont victimes des cadres aux revenus moyens. Ce n’est pas aussi simple. L’affaire est plus complexe qu’elle n’y paraît. Ses implications suscitent plutôt étonnement et interrogation.
Au début de l’année 2013, l’Eurl Sydcar Motors a signé des conventions avec les syndicats ou le Comité de participation d’une vingtaine d’entreprises, institutions et organisations publiques, dont Algérie Poste, la Cnep-Banque, la Radio algérienne, le CTC, la chefferie du gouvernement, Seaal, le ministère des Affaires étrangères… et l’Organisation nationale des retraités de l’ANP, pour l’acquisition, au profit de leurs agents, des véhicules neufs par facilité (versement d’un apport personnel de 40% du prix du modèle choisi).
Les 60% restants remboursables en 48 mensualités). Le revendeur s’engage à livrer les véhicules commandés dans un délai de 20 à 60 jours à compter de la date de versement de l’apport de l’acheteur. Les syndicats ou les CP, représentant les bénéficiaires potentiels, se portent garants pour les prélèvements à la source des mensualités. L’arrangement semble parfait pour les deux parties.
Les fonctionnaires trouvent là un bon moyen de contourner le gel du crédit bancaire automobile, institué par la loi de finances complémentaire de 2009. L’homme d’affaires, Abdallah Sid, pense découvrir un filon en or pour lancer une affaire fortement lucrative. Le démarrage de ce commerce, un peu particulier, se fait sous de bons auspices. L’offre du revendeur de véhicules multimarques accueille des centaines de souscriptions. Les premiers dossiers sont traités avec une célérité déconcertante et les véhicules effectivement livrés dans les délais.
D’autres fonctionnaires, quelque peu sceptiques au lancement de l’opération, déposent alors des demandes, rassurés par ce qu’ils ont considéré comme une preuve du sérieux de la démarche. Mal leur en prit, car ils constituent aujourd’hui le contingent de victimes d’une affaire, finie en déroute. L’Eurl Sydcar Motors engage de gros moyens financiers pour payer la totalité du prix des véhicules livrés, mais peine à recouvrer ses créances auprès de leurs attributaires. “Nous avons livré, depuis 2013, environ 1 613 voitures (certaines au nom des bénéficiaires, d’autres sont gagées au nom de Mahdi Lamari ou de Sydcar Motors, ndlr). Mais nous avons été confrontés à un retard de paiement des mensualités de certaines entreprises et carrément d’un défaut de paiement d’autres. Ce qui a mis l’entreprise en difficulté de trésorerie”, a expliqué le chargé du recouvrement à Sydcar Motors.
À vrai dire, la société a buté sur un problème sérieux posé par la direction d’Algérie Poste, qui n’a pas voulu autoriser les prélèvements sur les comptes CCP des 420 agents qui ont réceptionné leurs véhicules, tel que stipulé dans l’engagement qu’ils ont signé au profit de Sydcar Motors. “Notre direction a validé 200 conventions du même type sauf celle-ci. Nous ne comprenons pas pourquoi. Pourtant l’opération n’est pas interdite par la loi, et nous avons veillé à avoir des garanties. Nous avons exigé du gérant de Sydcar Motors l’ouverture d’un compte commercial CCP pour authentifier ses documents et pour la traçabilité des versements”, affirme Mourad Bendjeddi, secrétaire général du syndicat d’entreprise d’Algérie Poste. “Le revendeur nous doit 16 mois de mensualités. Nous avons constaté que ces créances sont plus importantes que les sommes qu’il doit rembourser aux agents qui n’ont pas eu leurs voitures”, poursuit-il.
Dans le langage des chiffres, Sydcar Motors aurait dû engranger, selon notre interlocuteur, plus de 16 milliards de centimes au titre de prélèvements et rembourser approximativement 13 milliards de centimes aux personnes laissées en rade des livraisons. “Notre préoccupation majeure est que ces agents, exactement 315, soient remboursés rapidement. Nous avons consulté un avocat pour savoir comment saisir la justice sur ces cas-là”, informe M. Bendjeddi. Le syndicat d’Algérie Poste n’a, toutefois, pas engagé de poursuites judiciaires contre Sydcar Motors, car il estime que l’organisme partage une grande part de responsabilité dans la débâcle financière du concessionnaire automobile.
Ce dernier aurait remboursé déjà 66,6 milliards de centimes aux clients non satisfaits. Il lui reste à effacer une dette de 41,280 milliards de centimes, aux dires du cadre financier. Ce dernier a indiqué qu’El-Hadj avait hypothéqué un terrain pour obtenir un crédit de 20 milliards de centimes afin d’alléger la dette. La banque a annulé la procédure dès qu’il a fait l’objet de plaintes en justice. “El Hadj est une victime”, commente-t-il.
Victime ou escroc ? La justice tranchera. En attendant, deux milliers de fonctionnaires sont pris en otage d’une entreprise scabreuse. Pour cause, leur argent est dans la nature, alors qu’ils croyaient les investir dans un achat sécurisé. Dans ce cas, l’absence de l’État est clairement illustrée. Par quels procédés Abdallah Sid s’est-il lancé dans la vente de véhicules par facilité, alors que l’activité est interdite pour les banques et les organismes financiers ?
Au-delà, les concessionnaires automobiles n’ont plus le droit, depuis le 1er janvier dernier, soit à l’entrée en vigueur de la loi de finances pour 2014, d’importer pour le compte d’autres concessionnaires en dehors de leur propre réseau de distribution.
Auparavant, l’article 2 du décret exécutif n°70-390 du 12 décembre 2007 édicte que “l’activité de revendeur agréé est toute activité de revente de véhicules automobiles neufs sur la base d’un contrat liant un concessionnaires ou un distributeur agréé”. Sydcar Motors fait une offre de plusieurs marques. Pourtant un membre du bureau de l’Association des concessionnaires automobiles algériens (ACAA) affirme que ce revendeur n’est pas connu dans le milieu des initiés. “On ne le connaît pas. Nous exigeons de nos revendeurs l’agrément du ministère de l’Industrie et des Mines. S’il n’a pas cet agrément, je me demande comment il a été autorisé à activer”, s’interroge-t-il.
Dossier à suivre...


S. H.