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A la une / Enquête

Putréfaction de la viande des moutons de l’Aïd

Des explications en attendant les résultats de l’enquête

Vingt-quatre heures après le sacrifice du mouton, l’aspect et l’odeur de la viande ont totalement changé. ©D. R.

L’engraissement accéléré par l’injection des hormones femelles, prescrites pour les brebis en période de gestation, et qui sont administrés aux moutons, à l’approche de l’Aïd, pourrait être en cause dans la putréfaction rapide de la viande.

Il a suffi qu’un réseau transnational spécialisé dans la distribution de produits pharmaceutiques non autorisés pour l'engraissement d'animaux d'élevage et volailles tombe à M’sila pour que la polémique reparte de plus belle sur les causes de la putréfaction de la viande de moutons sacrifiés à l'occasion de l'Aïd El-Adha. Si officiellement le dossier est toujours entre les mains de la Gendarmerie nationale conjointement avec les services vétérinaires du ministère de l'Agriculture, les rumeurs les plus invraisemblables ont circulé sur le sujet. Loin des versions fantaisistes qui ont fleuri sur les réseaux sociaux, les pistes les plus sérieuses ont concerné l’alimentation du cheptel incriminé ou encore la nature des produits qu’on aurait pu leur faire prendre. Quoi qu’il en soit, les seuls éléments de réponse apportés pour le moment le sont par le directeur des services vétérinaires du ministère de l'Agriculture, Karim Boughalem, qui avait indiqué que, dans plusieurs wilayas du pays, des citoyens ont informé les services vétérinaires de la putréfaction de la viande de mouton constatée 24 heures après le sacrifice. Des échantillons prélevés ont été envoyés au laboratoire central vétérinaire ainsi que ceux de la Gendarmerie nationale. S’il écarte l’existence d’une quelconque zoonose, il souligne que ce phénomène de dégradation précoce de la viande n'est pas national, puisqu’il n’a pas été observé dans certaines wilayas pastorales, telles El-Bayadh ou Djelfa, ou encore à Tébessa, Jijel et Sétif, mais qu’il a été relevé à Alger, Boumerdès, Chlef, Constantine et Blida. Si on soupçonne fortement les conditions climatiques ayant caractérisé les deux jours de la fête religieuse, la chaleur et un taux d'humidité assez élevé, d’être à l’origine de cette putréfaction de la viande, on n’exclut pas pour autant d’autres facteurs en attendant les résultats de l’enquête. Un scénario plus que vraisemblable si l’on en croie T. M., technicien supérieur en production animale à Oran, qui estime qu’il y a de fortes chances que la viande faisandée soit l’œuvre des conditions climatiques mais pas seulement. “À une certaine température, la viande tourne rapidement, et rappelez-vous qu’il a fait très chaud et que l’humidité était très élevée pendant cette période”, expliquera-t-il. “Exposer une carcasse grasse sous le soleil pendant deux ou trois heures et elle s’avarie”, précisera-t-il également, ajoutant que laisser la vessie ou encore le colon dans la carcasse contribue à faisander la viande. S’il écarte l’idée du dopage des bêtes, il reste persuadé que l’alimentation a joué un grand rôle dans cette histoire. “Les moutons ont été engraissés de manière intensive mais aussi anarchique, étant nourris avec de la farine de blé ou des produits destinés à la volaille, comme le complexe multivitaminé, et aux vaches laitières au lieu des aliments traditionnels de l’élevage, tels que le maïs ou l’orge.” Selon les spécialistes, le danger de cette alimentation dite de finition réside dans la qualité de la viande, à forte teneur en graisse qui peut au bout de quelques jours entièrement se putréfier. La consommation d’une viande ovine issue d’un cheptel nourri à la “finition” développe un mauvais cholestérol, assurent des vétérinaires qui précisent que, quant au risque de développer un cancer suite à la consommation d’une viande issue d’un engraissement à la finition, la question reste toujours posée. Une suralimentation non équilibrée, indique T. M., qui a favorisé le gras au détriment de la viande et qui s’est répercutée directement sur sa qualité. Pourtant, si l’hypothèse d’un dopage a été exclue cette année, il n’en demeure pas moins que cette pratique et d’autres ont été observées dans le passé. Le régime alimentaire des moutons aux ingrédients inquiétants reste un aspect ignoré des profanes et savamment tu par des pseudo-professionnels de l’élevage qui n’hésitent pas, un instant, à mettre en danger de mort la vie de leurs clients.

Dopage et autres magouilles
Si d’aventure l’interrogation sur l’engraissement de l’animal venait à se poser, la réponse est toujours la même : naturelle faite d’orge et de maïs, histoire de rassurer tout le monde. Mais ce que peu de gens connaissent, c’est le régime nutritionnel imposé au mouton, à quelques semaines de la période des fêtes pour garantir sa vente à n’importe quel prix.
Le diagnostic des experts est implacable et du doigt, sont pointés ces “petits” éleveurs qui longent la ténue frontière entre élevage et maquignonnage.
Ces pratiques douteuses d’un engraissement “sauvage” sont dénoncées par toutes les parties qui se désolent de sa démocratisation dans les marchés à bestiaux mais personne, jusqu’à preuve du contraire, n’a été inquiété pour autant. “Ce sont ces faux maquignons, ces faux éleveurs qui sont derrière ces méthodes dangereuses pour la santé de l’homme”, dira notre technicien. Il fustigera ceux qui s’improvisent éleveurs et qui recourent à un engraissement intensif loin de toutes les règles sanitaires mais pour un profit immédiat. Il citera pour un engraissement accéléré, l’injection des hormones femelles, prescrites pour les brebis en période de gestation, et qui sont administrés aux moutons, à l’approche de l’Aïd. “Le mouton grossit 21 jours seulement après la prise de l’ampoule”, expliquera-t-il en nous montrant une boite de Syncropart PMSG 6000 U.I. utilisée, entre autres médocs, dans cette course aux kilos.

Un problème de santé publique
Le verdict est sans appel pour ce docteur vétérinaire qui estime que ces pratiques frauduleuses commencent à se généraliser et à se banaliser. “Deux types d'hormones et un médicament sont utilisables par les éleveurs fraudeurs en Algérie: les hormones sexuelles (mâle et femelle) de type progestérone et testostérone, à l’image de l’œstradiol sous toutes ses formes (injectable notamment)”, affirme-t-il. L'intérêt premier de ces substances est celui d'engraisser frauduleusement le mouton par une prise de poids rapide. Si cette démarche semble a priori banale, “les hormones contenues dans la viande issue d’un mouton ayant pris un traitement d’œstradiol, par exemple, provoque un déséquilibre hormonal chez le consommateur aux conséquences graves sur la santé”, prévient notre véto. D’autres substances sont aussi utilisées par les fraudeurs. “Les anabolisants  à l’exemple des corticoïdes, dont la cortisone sous diverses formes médicamenteuses, sont dangereux pour la santé du fait qu’ils détruisent le système immunitaire du consommateur de la viande issue d’un mouton dopé avec ces médicaments censés servir exclusivement aux vertus anti-inflammatoires”, ajoutera-t-il. Ces médicaments dont la vente est pourtant légalisée, suivie et contrôlée, se retrouvent en vente libre et plus précisément au niveau des marchés de l’Est du pays, nous informe-t-on encore. Preuve en est la dernière saisie de la Gendarmerie de M’sila.

S. O.


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