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A la une / Enquête

Trafic d’armes démantelé à m’sila

Des pistolets Beretta à 8 millions !

Les enquêtes des services compétents ont pu élucider pas moins de 11 affaires ayant conduit à l’arrestation de 28 personnes et la saisie de 15 pistolets automatiques de type Beretta, de 17 fusils de chasse, d’une importante quantité de munitions de guerre de différents calibres ainsi que de 3 quintaux d’engrais phosphatés entrant directement dans la composition d’explosifs.

L’homme qui n’arrêtait pas de me lorgner finit par s’attabler en face de moi. “Il fait chaud !” dis-je pour “dégoupiller” l’atmosphère. Son café, dont j’ai beaucoup de doutes sur la qualité, est servi avant qu’il ne tire une première bouffée de “Nassim”. “Par rapport à la normale, on peut s’estimer heureux car à cette époque de l’année, c’est déjà l’enfer”, répond-il. El hadj Brahim, dont je viens de faire connaissance, a tout de suite remarqué mon “intrusion” dans une ville qu’il connaît comme sa poche. Soixante-dix piges sans les faire et un physique de James Coburn, c’est une gâterie de la nature. Son franc-parler m’a, au bout de quelques minutes, permis de pénétrer les méandres de la cité des Béni Hammades. “Beaucoup de gens vivent ici de trafic en tous genres, y compris le trafic d’armes”, confie-t-il en jetant des regards méfiants autour de lui. Le mot est lâché. “Mais le trafic d’armes existe un peu partout. Les traditions de l’Algérie profonde ont de tout temps exigé la possession par les familles d’une arme comme moyen de dissuasion. Il y a aussi l’esprit tribal”, rétorquai-je. Mon interlocuteur, qui montre une certaine hésitation, précise qu’il s’agit d’armes de guerre. “Dans certains endroits du territoire de la wilaya, il y a eu des prises spectaculaires. Et puis, ya ould bladi, c’est un sujet délicat.” Sentant le danger, il dévie la discussion m’obligeant à lever l’ancre et aller chercher l’info à la source. Une enquête qui me mène tout droit vers le groupement de la gendarmerie. Le commandant Benhmida me présente la wilaya sous tous ses aspects sécuritaires. M’sila n’a pas, à vrai dire, une réputation de recéler des groupes terroristes très actifs. Il y a eu bien sûr quelques cas, comme le prouve la mort de trois terroristes en mars dernier à la limite de la zone urbaine du chef-lieu de wilaya. Les terroristes appartenaient à katibat El Mouhadjirine activant dans les monts d’Ouled Boukhil, zone 9. Ces derniers ont été repérés, selon le commandant Benhmida, dès leur arrivée en ville. “Pour des raisons strictement sécuritaires, il fallait attendre jusqu’à ce qu’ils quittent la ville pour les intercepter. L’accrochage fut bref malgré la riposte des terroristes dont le véhicule, une Peugeot 505, a été criblé de balles”, a-t-il précisé. À noter que c’est au cours de cette opération que l’“émir” Dhou El Karnine (Alexandre le Grand) a été abattu. Les forces combinées ont récupéré 3 kalachnikovs et une importante quantité de grenades. Il y a un mois, douze terroristes ont été arrêtés dont six nouvellement recrutés comme soutien au groupe activant dans la région. Cependant, M’sila qui ne constitue, à des exceptions près, qu’une zone de transit et de passage aux terroristes ne trouvant d’ailleurs aucun support au sein de la population majoritairement “arouchia”, est ciblée par une autre forme de crime organisé, le trafic d’armes. Les chiffres assez éloquents sont là pour prouver, on ne peut plus clair, qu’elle se classe au premier rang national. Les enquêtes des services compétents ont, de ce fait, pu élucider en quelques semaines pas moins de 11 affaires ayant conduit à l’arrestation de 28 personnes, dont 19 écrouées, et la saisie de 15 pistolets automatiques de type Bereta, de 17 fusils de chasse, d’une importante quantité de munitions de guerre de différents calibres ainsi que de 3 quintaux d’engrais phosphatés, dont 1 la semaine écoulée. Ces engrais avaient une forte teneur en nitrate (46%) alors que le taux dépassant 28% est considéré comme dangereux, car entrant directement dans la composition d’explosifs. De même que la découverte d’un atelier de fabrication et de réparation d’armes clandestin. Toutes ces informations, qui ne donnent évidemment pas la réalité du terrain, expliquent clairement que M’sila constitue la plaque tournante du trafic d’armes. Des armes, nous l’apprendrons, en provenance de notre frontière avec la Libye via El-Oued, Biskra, Batna, Bordj Bou-Arréridj pour aboutir à Tizi Ouzou, une fois réunies à M’sila. Pour le commun des mortels, il n’est donc pas sorcier de deviner que les armes saisies à M’sila avaient pour destination les groupes terroristes activant au centre du pays. Il y a donc un réseau.

L’homme qui a infiltré  le réseau
Le commandant de groupement de la wilaya de M’sila, Mohamed Benhmida, a connu le terrorisme d’abord en tant que gendarme engagé dans la lutte contre ce  phénomène, mais également en tant que victime. C’est à Oran, en 1994, que l’officier avait été blessé au cours d’un accrochage avec un groupe terroriste alors que la ville n’avait connu que de rares incursions. Il raconte ici comment il a organisé le mois dernier l’arrestation d’un dangereux réseau spécialisé dans le trafic d’armes et récupéré un gros butin (armes et munitions de guerre, une exclusivité pour Liberté). À l’origine, une personne liée d’amitié au commandant s’avère être même de la bande de trafiquants. La personne confie que cette dernière est en train de mijoter une affaire. Le commandant est alors informé que son indicateur a été avisé par téléphone d’un rendez-vous fixé sur les monts de Bordj Bou-Arréridj dans une forêt non loin de Magra, réputée pour toutes sortes de trafics. “J’ai empêché la personne en question de se rendre au rendez-vous de minuit. Dans la discrétion totale et en compagnie de mes officiers de l’état-major, nous nous sommes rendus à Magra. Il fallait faire vite. Le procureur de la République a été tiré de son sommeil pour signer les formalités d’usage.  À quatre heures, toute la zone est bouclée. L’obscurité et la densité de la forêt n’étaient pas faites pour faciliter les choses. À cinq heures tapantes, des perquisitions ont lieu simultanément à Taguelaït (Bordj Bou-Arréridj) et à Barika où, par recoupements, nous avons décelé des activités de ce réseau. Les autorisations d’extension de compétence se sont soldées par l’arrestation du réseau et la récupération du lot d’armes et de munitions en question”, explique le commandant. Des armes dont l’itinéraire va tout droit à Boumerdès et à Tizi Ouzou. Deux wilayas, deux régions réputées comme fiefs des terroristes et qui ne sont qu’à moins d’une heure de la capitale.
Les mis en cause dans cette affaire observent le plus grand mutisme. Pour certains, la thèse mercantile semble le seul mobile arguant que le trafic d’armes rapporte gros. Beaucoup plus que la drogue. Un PA se vend, selon des sources crédibles, entre six et huit millions de centimes. Dernier cri s’entend. Il faut savoir dans ce sens que les armes, objet de trafic, sont sophistiquées et beaucoup plus perfectionnées que celles mises en service dans les corps de sécurité.
L’un des derniers gadgets style James Bond est le stylo-pistolet. Une arme fatale trouvée récemment chez l’un des criminels ayant commis le crime crapuleux à Bousaâda. La victime, un GLD, attirée dans un guet-apens, a été délestée d’une importante somme d’argent.  Parmi les trafiquants d’armes arrêtés, il y a des récidivistes ayant fait de la prison dans les années 1980 et 1990 pour le même motif. Le commandant Benhmida, tout en soutenant que ce fléau est nouveau à M’sila, parle de cellules dormantes qui guettent et attendant un hypothétique moment de baisse de vigilance pour agir. “Notre travail est loin d’être terminé. Conscients du danger que représentent les réseaux de trafic d’armes, nos éléments ne s’accordent aucun répit dans la lutte contre ce fléau”, a-t-il conclu.

A. F.