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A la une / Enquête

Enquête sur la gestion des déchets hospitaliers

La bombe à retardement

Un enfant, non autorisé à pénétrer en compagnie de ses parents à l’intérieur du service de réanimation, déambule dans les allées de l’hôpital. Très vite, il s’approche d’un amas de déchets, se saisit d’un ballon de transfusion et tente de le gonfler. Le reste du sérum descend dans sa bouche. Des femmes de ménage, qui travaillent pieds nus, des chats fouillant les poubelles, des seringues usitées dans des bouteilles d’eau minérale vides, des déchets de soins transportés dans des brouettes, des berceaux, des tracteurs, brûlés à ciel ouvert ou laissés en état jusqu’au pourrissement. Ce sont là, quelques scènes observées dans nos hôpitaux algérois. Une catastrophe pour l’homme et pour l’environnement à l’heure où la grippe aviaire et le virus H1N1 (grippe porcine) se  propagent à une vitesse alarmante dans le monde.

Les déchets d’activités de soins sont constitués d’objets pointus, tranchants, de sang, de produits chimiques, pharmaceutiques, radioactifs, de tous les placentas et autres déchets anatomiques humains, correspondant à des fragments humains. Une mauvaise gestion de ces déchets expose toute personne qui s’en approche à des risques d’infection, d’être  contaminée par différents virus, à des blessures en sus des dégâts occasionnés à l’environnement, notamment par la contamination des sols, des ressources hydriques et de l’air. La filière d’élimination des déchets d’activités de soins n’est ni organisée, ni structurée, ni sécurisée dans l’ensemble de nos établissements hospitaliers. Toutes les actions menées jusque-là se sont avérées défaillantes, obsolètes.
Nos déchets médicaux subissent pratiquement le même sort que les ordures qui sortent de nos maisons. Contrairement à ce qu’affirment les directeurs d’établissement hospitalier du secteur public aussi bien que les responsables de structures privées, des quantités énormes de déchets d’activités de soins à risque (Dasri) finissent dans la décharge publique de Oued-Smar où l’on a pu voir des seringues, des poches de sang, de sérum, des compresses et autres matériels utilisés dans nos structures de santé. Pourtant qui mieux que nos praticiens de la santé savent que 20% des déchets médicaux sont considérés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), comme une source à risque, susceptibles de propager autant des microorganismes pathogènes que des produits chimiques dangereux. Autant le dire, les producteurs de déchets à risque ne se sentent aucunement responsables  de cette situation qui se traduit sur le terrain  par une absence de matériel adapté pour l’élimination des Dasri, par l’absence de consommables répondant aux normes et donc par une non-application de protocole. En août 2006, le ministère de la Santé décide de mener son enquête sur les filières de déchets en confiant cette mission à un groupe de médecins et inspecteurs de la santé, à leur tête le professeur Soukehal, chef de service épidémiologie de  l’hôpital de Béni-Messous.
Cette étude a concerné 47 wilayas pour un total de 95 établissements hospitaliers. Le constat est ahurissant : seulement 26% des établissements hospitaliers recourent à l’usage unique (non tissé) du linge, notamment au bloc opératoire, augmentant ainsi le risque des infections nosocomiales. Les tenues jetables sont disponibles sur le marché algérien, mais leur prix demeure relativement élevé à cause des taxes douanières de 30% auxquelles elles sont soumises.
Les locaux de stockage n’existent que dans 1 établissement sur 3.  29,4% des structures hospitalières possèdent des locaux de stockage intermédiaires dans le service et 25,2% possèdent des locaux de  stockage intermédiaires en dehors du service. Pour ce qui est des zones de regroupement extérieures aux services, 68% des établissements déposent des sacs de déchets à même le sol, 26,3% disposent de niches à ordures en dur ouvertes, 16,8% des niches à ordures fermées, 26,3% des conteneurs métalliques ouverts et 23,1% possèdent des conteneurs métalliques fermés. Autres chiffres alarmants : 41% des établissements hospitaliers ont des tas d’ordures à même le sol et 12,6% possèdent des zones de regroupement extérieures, 26,3% ont des points d’eau à côté des zones de regroupement contre 25,2% qui ont des zones de décharge sauvages. Pour ce qui est du mode de transport de ces déchets, évitons de verser dans les chiffres pour se contenter de dire que les sacs de déchets sont traînés à la main, transportés dans des chariots de fortune, des tracteurs avec remorque, des brouettes… sans qu’aucune précaution ne soit prise pour la protection du personnel qui semble ignorer tout du risque, puisqu’on  observe souvent un travailleur assis sur les déchets de soins entassés dans la remorque d’un tracteur.

Le tri des déchets non effectué à la source
Dans nos structures de santé, on constate également une méconnaissance de l’emballage adapté à la collecte des déchets de soins à risque. On peut trouver des sacs non fermés, éventrés, de vieux seaux, de bidons de récupération, des cartons… Les supports normés n’existent pas dans les services. Le tri n’est pas effectué à la source. En effet, le premier  geste de prévention consiste normalement à  mettre les déchets tranchants et piquants  comme le bistouri, la seringue montée, le tube de sang, les embrases à glycémie, l’agrafe, etc. dans des conteneurs à usage unique, étanches et fermés de couleur jaune portant le pictogramme universel (risque infectieux).
Pour les déchets mous tels que les compresses, le coton, les gants, les masques, les sondes, les poches à perfusion, les pansements, etc., ils  doivent être mis dans des cartons rigides, doublés de sacs de plastique et remplis impérativement pour éviter leur éventrement. Ces contenants ne doivent à aucun cas traîner par terre. L’entreposage, le transport et la destruction de ces déchets doivent se faire selon les normes. Est-ce que c’est le cas chez nous ? 
Dans 42% des services, le stockage des déchets de soins se fait dans les salles de  soins, dans d’autres dans les sanitaires, sur le rebord des fenêtres, derrière la porte ou sous l’escalier. Une anarchie règne dans le domaine. Dans 68% de nos hôpitaux, le personnel  travaille à mains nues. Pis, on dispose d’un matériel d’incinération installé dans l’enceinte même des hôpitaux, complètement dépassé et  hors normes européennes. Des brûleurs obsolètes, polluants et nocifs pour les malades hospitalisés, pour le personnel de l’hôpital et pour l’environnement. Une installation et une organisation en totale contradiction avec les textes de  loi en vigueur autour de cette question.
Il faut savoir que les incinérateurs à l’intérieur de l’hôpital sont bannis dans la majorité des pays dans le monde, notamment parce qu’ils ne fonctionnent pas correctement, dans des conditions techniques et économiques acceptables, à cause du traitement discontinu, de températures trop basses et de l’absence de traitement des fumées ou d’un entretien défaillant. Il faut savoir également que certains déchets sont à exclure du traitement par incinération comme les sels d’argent, les produits chimiques utilisés pour les opérations de développement, les produits chimiques explosifs, à haut pouvoir oxydant, les déchets mercuriels, les déchets radioactifs…
Dans notre pays, 30 établissements des 95 concernés par l’enquête ont un incinérateur à l’intérieur et 65 un “brûleur”. La plupart ne sont pas en état de fonctionnement. 45% d’entre eux sont carrément en panne. Ceux qui fonctionnent ont une capacité de traitement qui varie entre 2 kg/heure et 520 kg/heure. Alors que le volume des déchets de soins chez nous reste élevé : 1 kg par lit et par jour. Les Dasri éliminés par les centres d’hémodialyse représentent, quant à eux, 2 kg par séance. Soit 6 kg de Dasri par malade et par semaine contre 900g/kg par accouchement.
Plus de la moitié des incinérateurs et des brûleurs n’ont pas d’indicateur de température visible. Dans son instruction du mois août 2008, le ministre de la Santé établit un tableau sombre de la situation en s’en prenant aux responsables des établissements hospitaliers qui, selon lui, “à tous les échelons se désintéressent du problème. Aucune mesure concrète n’est prise pour sécuriser cette source de risques”. Le ministre rappelle “le principe fondamental qui stipule que le producteur de déchets est responsable de leur élimination, consacré par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Je vous rappelle que les déchets d’activités de soins de par leur nature, sont à l’origine de nombreux risques à chaque étape de leur élimination, depuis leur production jusqu’au traitement final”. Presqu’une année après la mise en vigueur de cette instruction, les choses n’ont pas changé, sans  qu’aucune sanction ne soit prise à l’encontre  des contrevenants aux textes de loi autour de ce dossier sensible.

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