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A la une / Enquête

Mohamed Oughanem, président de la société algérienne de médecine esthétique

“La demande ira crescendo”

Président de la Société algérienne de médecine esthétique, le docteur Mohamed Oughanem œuvre pour la réglementation de la pratique de la médecine esthétique en Algérie.
Dans cet entretien, le praticien parle de l’importance de la formation médicale continue, seul moyen  pour la spécialisation,  des risques de la discipline et du rôle de l’institution qu’il préside.

Liberté : Docteur, peut-on faire le point sur la pratique de la médecine esthétique en Algérie ?
M. Oughanem : La médecine et la chirurgie esthétiques en Algérie sont des domaines en pleine évolution et en pleine structuration. Ce sont des domaines qui ne sont pas bien balisés pour le moment, et la Société algérienne de médecine esthétique œuvre pour que ces deux domaines soient bien réglementés.

Quels sont les types d’interventions et de techniques pratiqués en Algérie ?
Il faudra distinguer deux domaines bien particuliers, à savoir la chirurgie esthétique et la médecine esthétique. Pour ce qui est de la médecine esthétique, elle fait appel à des techniques soft et douces qui n’utilisent pas d’anesthésie ou, à la limite, une anesthésie locale. Cette médecine a pour but, en général, le rajeunissement du visage et du corps, et l’implantation des cheveux. Les techniques dans ce cas sont nombreuses. Il y a les peelings, la microdermabrasion, la toxine botulique, les produits de comblement et la mésothérapie esthétique. Pour ce qui est de la chirurgie esthétique, il s’agit d’actes chirurgicaux et d’interventions qui se font en clinique dans un bloc opératoire. Il faut dire que ces dernières années, cette chirurgie a bénéficié de progrès importants en soins postopératoires, ce qui fait qu’elle devient de moins en moins lourde. Donc, la gestion postopératoire est beaucoup plus courte et moins handicapante.

Comment se présente la demande algérienne en matière de chirurgie et de médecine esthétique ?
Ce qu’il faut savoir, c’est que cette médecine est un phénomène sociétal à travers le monde, et l’Algérie, de ce fait, n’y échappe pas. Ce qui fait que cette demande va aller crescendo et devenir de plus en plus importante, pour des raisons très explicables, d’ailleurs, telles que la démocratisation de la médecine esthétique, où les interventions ne sont pas trop chers, donc à la portée des patients, les techniques sont mieux maîtrisées et les produits utilisés sont soft. Il y a aussi le battage médiatique, à travers la presse écrite, parlée ou audiovisuelle, qui joue un grand rôle. Ce matraquage fait qu’il y a une culture de la beauté qui s’installe, dans la mesure où les canons de la beauté ne sont plus ce qu’ils étaient avant. Le monde évolue et les exigences humaines dans le domaine de l’esthétique évoluent également, alors les gens sont obligés de s’adapter, en ayant recours à la médecine et à la chirurgie esthétiques.

La chirurgie esthétique a commencé par la réparation. Où s’arrête la chirurgie réparatrice et où commence la chirurgie plastique ?
 Le lien entre les deux est historique. Il y a eu d’abord la chirurgie réparatrice qui vient réparer un dégât occasionné, soit par un accident, soit par une maladie, soit par une intervention. Ensuite, il y a eu la chirurgie réparatrice et plastique, c’est une chirurgie reconstructrice, on reconstitue l’organe qui a été perdu. Une fois la fonction rétablie — ce qui est le plus important —, il fallait améliorer l’aspect, et c’est là où on est venus à la chirurgie esthétique. Cette chirurgie a connu plusieurs paliers.

Comment peut-on classer la demande algérienne par rapport aux types de chirurgies proposés et aux techniques de la médecine esthétique ?
En matière de chirurgie, il y a une grande demande sur la liposuccion, pour les personnes qui ont un problème de surpoids ou d’obésité. Parfois, il y a des techniques pour aspirer cet excédent de graisses. La liposuccion est une des méthodes les plus utilisées et l’une des plus importantes.
La deuxième c’est la rhinoplastie, il s’agit de la correction de certaines imperfections du nez. Et puis, il y a des demandes diverses, telles que les blépharoplasties, réduction et augmentation mammaires…
Pour la médecine esthétique, chez nous, c’est plutôt les gestes les plus simples et les plus accessibles, à savoir les peelings, les produits de comblement, la mésothérapie esthétique et la toxine botulique.

Parler de chirurgie esthétique, c’est aussi parler de risque…
Vous savez, le risque en médecine et en chirurgie esthétique n’est pas plus important que celui en médecine et en chirurgie générale, parce qu’on procède, pratiquement, de la même manière. Une consultation d’esthétique se fait comme une consultation de médecine générale, donc il y a un examen complet, un bilan si nécessaire. On demande également au patient s’il n’a pas des antécédents médicaux et chirurgicaux ou des états qui contre-indiqueraient cette pratique. Là encore une fois, les dérapages et les ratages peuvent être dus à une mauvaise formation de nos collègues, et c’est dans ce sens que nous attirons l’attention que la médecine esthétique ne doit pas être faite par n’importe quel médecin. Il est vrai que tous les médecins peuvent la pratiquer, s’ils sont qualifiés et ont une formation qualifiante et validée.

D’où le rôle de la formation continue ?
Oui, c’est le rôle de la formation médicale continue et c’est ce que nous essayons de faire à travers nos différents congrès. Comme vous avez pu le constater, le 4e congrès, organisé au mois de novembre dernier, est soutenu par le Conseil national de l’ordre des médecins et de l’Union internationale de médecine esthétique. Le programme de ce congrès a été partagé en deux volets. Une partie théorique à titre de conférences et qui vise à informer les médecins de toutes les possibilités thérapeutiques qui existent, même si ces thérapies ne sont pas faites par ces médecins. C’est une mise à jour. La deuxième consiste en des ateliers pratiques, c’est-à-dire que les médecins qui exercent déjà viennent dans ces ateliers pour compléter leur formation et poser toutes les questions sur les dernières techniques et mises à jour. Les ateliers sont animés par des professeurs, nos amis invités de l’Union internationale de médecine esthétique à laquelle la Société algérienne de médecine esthétique est affiliée.
Donc, nous avons eu des invités de haut rang, notamment le président de l’Union internationale, les présidents des sociétés belge, italienne, espagnole, ainsi que nos amis marocains et tunisiens.

Lors du congrès, les praticiens ont soulevé le problème de la disponibilité du médicament en Algérie…
Le problème qui se pose chez nous, c’est que nous sommes en retard ne serait-ce que par rapport à nos pays voisins. Car il faut savoir que les compétences existent, malheureusement les produits n’existent pas, ce qui fait que nous nous retrouvons confrontés à un souci d’approvisionnement en ces produits.
On aurait voulu que les institutions qui s’occupent du médicament, parce que ces produits peuvent être assimilés à des médicaments, telle que le ministère de la Santé, doivent baliser le terrain à cet approvisionnement, au risque de voir ce dernier devenir anarchique et les médecins travailler dans l’insécurité. Même si, certes, la médecine esthétique n’est pas une priorité aujourd’hui dans notre pays, et je le comprends. Mais que faire, sinon aggraver encore le retard ? Il faut savoir que nous sommes à la pointe du progrès et que les médecins algériens sont, parfois, de meilleure formation que leurs confrères ailleurs.

Peut-on connaître le nombre de médecins qui pratiquent cette chirurgie ?
Honnêtement, nous n’avons pas de statistiques arrêtées. Mais pour ce qui relève de la médecine, un domaine que je connais le mieux, tout médecin, quelle que soit sa formation, surtout les dermatologues, les endocrinologues, des médecins généralistes et des chirurgiens aussi, ces gens, en plus de leur formation d’origine, doivent avoir une formation validée dans le domaine de l’esthétique pour exercer cette médecine.

On assiste aujourd’hui à une réelle frénésie pour l’éternelle jeunesse, l’éternelle beauté. Où en sommes nous ?
L’Algérie ne vit pas en vase clos. C’est un pays ouvert et ne peut l’être autrement, grâce aux différents moyens d’information et de communication, donc la demande va être plus importante. Notre rôle en tant que société de professionnels, c’est de former des médecins pour répondre d’une manière sûre et compétente à cette demande qui est là et qui existe.
Un bon médecin ne crée pas la demande et c’est l’esprit des médecins qui adhère à la Société algérienne de médecine esthétique. Car, culturellement parlant, nous ne sommes pas déjà dans ce type de marché. Je préfère que ce soit un médecin algérien qui prenne en charge des patients algériens où il y a des possibilités de revoir et de suivi, alors que cela se fait dans des pays lointains où encore il n’y a pas de suivi postopératoire et pas de suivi à long terme.

W. L.