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A la une / Enquête

Professeur Boudiba chef de service diabétologie au CHU Mustapha-Pacha à Liberté

“La prévention commence à un âge précoce”

Liberté : Quel est, aujourd’hui, Professeur, l’état des lieux du diabète en Algérie ?
Pr Boudiba : Le diabète est actuellement un problème de santé publique puisqu’il se place à la quatrième position dans la liste des maladies à risque non transmissibles. Il est vrai qu’il devient de plus en plus préoccupant, pas seulement chez nous, en raison de sa fréquence qui est en croissance permanente. D’ailleurs, on parle même d’explosion épidémiologique. Maintenant pour les raisons, il y a bien sûr les facteurs génétiques ou ce qu’on appelle communément les facteurs héréditaires, dans la mesure où le diabète est souvent une maladie familiale. Mais ce qui a aggravé cette fréquence, c’est surtout le poids de l’environnement, à savoir le contexte socioéconomique et socioculturel lié à la mondialisation. Une situation qui a induit des habitudes alimentaires complètement changées à travers une alimentation axée essentiellement sur les sucres rapides et sur les mauvaises graisses ; ce qui entraîne automatiquement une prise de poids et une mauvaise graisse au niveau de l’organisme. Tout cela prédispose au diabète. Il y a également le facteur de la sédentarité. Les gens mangent mal et ne marchent pas assez, ce qui fait que la capacité d’adaptation de l’organisme à nos besoins aux réserves énergétiques est mal gérée et  conduit donc à  cette maladie. 

Est-ce qu’on peut dire que le diabète est devenu la maladie des pauvres ?
C’est la maladie de tout le monde. En fait, votre question est pertinente. L’obésité est un signe de pauvreté alors qu’autrefois on la considérait comme un signe de richesse. Parce qu’aujourd’hui, l’alimentation qui fait grossir, c’est l’alimentation bon marché qui fait prendre du poids lequel est néfaste pour le métabolisme, en particulier pour l’éclosion du diabète.

Que pensez-vous de la prise en charge des diabétiques ?
Comme vous le savez, quand une maladie progresse, il est très difficile de la freiner par une bonne prise en charge des malades, leur nombre dépassant de loin les capacités prévisionnelles en matière de prise en charge. Cela dit, avant de parler de prise en charge et pour éviter ces mauvaises prévisions, je pense qu’il y a une seule chose qu’on doit faire, notamment dans un pays où la disponibilité médicale reste encore insuffisante eu égard à la lourdeur des moyens nécessaires à la prise en charge du diabétique, c’est la prévention. Le diabète étant un facteur très important de risque, je crois qu’il faut insister sur la prévention qui doit commencer à un âge précoce.
 
Dans les écoles par exemple…
Je dirais même dès la naissance par un équilibre alimentaire et une bonne hygiène de vie.
Cela est très important et c’est à ce niveau-là qu’on peut faire de l’intervention pour juguler la maladie comme cela se fait dans les pays occidentaux.
En un mot, l’éducation sanitaire est très importante et il faut même la prévoir dans les programmes scolaires où il sera question principalement des notions d’hygiène, de l’activité physique qu’il faudrait encourager pas uniquement pour le diabète, mais également pour toutes les maladies à risque.

Vous convenez qu’à l’état actuel des choses, l’intervention des pouvoirs publics n’est pas très importante dans ce domaine...
Il y a beaucoup de choses qui se font à tous les niveaux du ministère de la Santé,  particulièrement au niveau des structures primaires, grâce notamment à la mise en place d’un programme spécial de prévention des maladies non transmissibles et autres maladies à risque vasculaire, telles que la lutte contre l’obésité, la lutte contre l’hypertension. Mais tout cela est lié bien sûr aux conditions de vie et à la nécessité de sensibiliser les gens à une meilleure hygiène de vie.

Combien coûte le régime d’un diabétique ?
Le régime du diabétique coûte cher. Si on conseillait au diabétique un régime diététique, c’est-à-dire une alimentation variée, je pense que la réponse, vous l’aurez sur les étals des marchés…

C’est-à-dire suivre le régime n’est pas donné à n’importe quel diabétique…
C’est très difficile. On est parfois gêné de considérer cet aspect chez le diabétique  compte tenu de la cherté de la vie ; pourtant le régime est une chose primordiale. Et quand le malade n’a plus que la galette et le couscous à partager dans la journée… c’est très difficile.

Les diabétiques se plaignent de la qualité de leur prise en charge médicale dans les hôpitaux, mais aussi des coûts des prestations chez les privés, partagez-vous leur sentiment ?
C’est vrai que vu le nombre sans cesse croissant de diabétiques, il est très difficile de contenir toute cette masse de personnes. Et puis cette maladie est très lourde, en ce sens qu’elle met à contribution toutes les spécialités. C’est vrai qu’il est difficile de prendre en charge totalement le malade, c’est pour cela que j’insiste sur la prévention afin de ne pas arriver à cette situation pratiquement ingérable.

H. M.