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A la une / Enquête

Failles législatives, absence de prise en charge

La solitude des victimes

Le 7 mars dernier, le président de la République annonçait la préparation d’une loi pour la protection de l’enfant. Aussitôt, un groupe de travail multidisciplinaire, comportant des représentants de la chancellerie, des services de sécurité, des juristes, était installé dans les locaux du ministère de la Justice pour l’élaboration de ce texte. Selon le Dr Khelladi-Abdellah Bouchenak, directeur de la solidarité nationale au ministère du même nom, le renforcement de l’arsenal législatif en matière de protection de l’enfant relève de l’urgence. Il a constaté cette faillite dans les textes au cours de la mise en place du Samu pour enfants. Cette initiative remonte à 2000. Elle prend forme aujourd’hui avec la création de cellules de proximité dans différentes wilayas du pays. La mission de ces cellules consiste à briser le mur du silence. Une démarche aléatoire compte tenu des pesanteurs sociales. Aujourd’hui, même si quelqu’un constate des maltraitances sur un mineur qui évolue dans son environnement, il est peu probable qu’il dénonce le coupable auprès de la police. Aux yeux de M. Bouchenak, l’inexistence d’une clause portant obligation du signalement dans le code pénal est à l’origine de l’indifférence ambiante. Certes, la loi actuelle punit sévèrement les auteurs de violences sexuelles sur mineurs. Les articles 334, 336, 337 et 337 bis comportent des peines allant de 5 à 20 ans de réclusion. Cependant, l’identification de la nature des actes reste vague. Le concept de pédophilie n’a pas de place dans la présente loi. La commissaire Messaoudène déplore pour sa part l’absence de spécifications. “Il n’y a aucun détail sur le viol”, constate-t-elle. La prise en charge thérapeutique et sociale des victimes souffre également d’un vide juridique. Sur tout le territoire national, il n’existe aucune institution spécialement destinée à l’accueil des enfants ayant fait l’objet de sévices et abandonnés par leurs parents. Les adolescentes qui ont à subir un inceste se retrouvent très souvent dans des établissements réservés aux mineures délinquantes. La directrice intérimaire du Centre social et de rééducation de Birkhadem (CSR) dénonce cette cohabitation préjudiciable aux victimes. “Elles vivent ici avec des jeunes filles jugées pour des délits de vol, de prostitution…”, fait-elle observer résignée. En l’absence d’un soutien psychologique, ces suppliciées déjà très fragiles s’engagent davantage sur la voie de la perdition. Une expertise psychologique profonde vaut aussi pour tous les personnels au contact des mineurs dans les écoles, les centres de loisirs, les classes d’enseignement coranique dans les mosquées. “Aucun enfant n’est prémuni du viol”, confirme M. Bouchenak. Il en veut pour preuve les jeunes handicapés recueillis dans les institutions, dépendant du ministère de la Solidarité, qui ont été victimes de sévices sexuels. En milieu scolaire, le seul fait qu’un enseignant demande à un des élèves de se déculotter devant le reste de la classe est une violence, estime le collaborateur de Djamel Ould Abbas. Dans les écoles, de telles atteintes à la dignité de l’enfant sont une panacée. À Khraïcia, dans la banlieue est d’Alger, un directeur d’école a découvert que le gardien est un pédophile. Il pratiquait des attouchements sur des fillettes dans les toilettes. Après avoir été suspendu par l’Inspection académique durant quelques mois, il a réintégré l’établissement sans qu’aucune suite judiciaire ne soit donnée à son affaire !

S. L.