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A la une / Enquête

Séquestrations, enlèvements, meurtres, menaces, coups, sévices sexuels…

La violence contre les femmes s’amplifie

Effarant. Pour le seul premier semestre de l’année 2006, les services de police et de la gendarmerie ont enregistré un total de 4 268 cas de violences contre les femmes. Elles sont battues, enlevées, harcelées, séquestrées, violées, menacées de mort, tuées… Dans le cercle fermé de la famille, dans le milieu professionnel, ou dans la rue, les pires humiliations peuvent devenir la règle quel que soit le niveau social ou culturel de la victime ou du bourreau.

Le phénomène a franchi la ligne rouge. Les coups que reçoivent les femmes ne sont plus seulement destinés à les humilier ou à les pousser à se soumettre, mais leur laissent souvent des séquelles à vie  ou les tuent tout simplement. Au terme du premier semestre 2006, les services de sécurité ont comptabilisé 25 femmes décédées à la suite de coups reçus. On constate que l’agressivité des hommes envers la gent féminine est plus importante dans les grandes villes qu’en milieu rural. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à  examiner l’écart entre les données de la police qui, rappelons-le, intervient surtout en espace urbain, et de la Gendarmerie nationale dont l’action est surtout palpable  en dehors des villes. 3 865 cas de violences à l’égard de femmes à l’échelle   nationale ont été, en effet, recensés dans les 6 premiers mois de l’année en cours  par la police, contre 403 par les gendarmes.
Le chargé de la communication au niveau du commandement de la gendarmerie nous précise qu’il y a sans doute  un chiffre noir, car les femmes mariées  portent rarement plainte. Ainsi, selon les données de la gendarmerie, sur un total de 2 338 victimes de coups et blessures  volontaires à l’arme blanche, 162 sont de sexe féminin, suivi de 52 femmes parmi  188 cas de coups et blessures sur ascendants.
Les femmes, cibles de tentative de meurtre, sont au nombre de 14 sur 95 cas enregistrés. 9 femmes battues sont mortes sous les coups en milieu rural et 16 dans les grandes villes. On note, par ailleurs, que 14 femmes ont été enlevées  et 12 menacées par armes blanches contre un cas d’enlèvement, séquestration et sévices et un autre d’enlèvement de mineure suivi de viol. La police judiciaire livre le chiffre de 2 497 femmes victimes de violences physiques, 124 de violences sexuelles, 1 070 cas de mauvais traitements exercés surtout par les ascendants, 16 victimes d’homicides volontaires et 158 de harcèlements sexuels. Contre toute attente, on constate que dans 75% des cas, les auteurs de ces violences se comptent hors milieu familial pour la victime (voisins, collègues…). Généralement, la violence a lieu sur la voie publique et les auteurs sont souvent des voisins, des copains, des amants ou tout simplement des hommes rencontrés dans la rue. Vient  ensuite la violence exercée par les époux, dans 13% des cas, 4,5% par les frères, 3,8% par les fils, 3,45% par les amants et 1,65% par les pères. Alger occupe la première position de ce sinistre palmarès avec 503 de femmes battues, Annaba 358 et Oran 229. “Le nombre de violence à l’égard des femmes est en augmentation   par rapport à l’année dernière au cours de laquelle on a comptabilisé, pour les 12 mois, 7 400 victimes”, commente Mme Kheïra Messaoudène, chef du département femmes et enfance au niveau de la police judiciaire. Pour celles qui osent  franchir le pas de la dénonciation, la procédure est la suivante : dépôt de plainte auprès de la police, établissement d’un certificat médical au niveau du service de la médecine légale, qui sera suivi par l’audition de l’auteur de la violence et sa présentation, dans certains cas, à la justice.
En l’espace d’une année donc, la violence  a changé de lieu. La femme est désormais plus exposée hors de sa cellule  familiale. Alors qu’en 2005, 91% de la violence dirigée contre les femmes en Algérie émanait surtout de l’entourage immédiat, a révélé l’enquête de l’Institut  national algérien de la santé publique. Dans 40% des cas, l'agresseur était le mari, alors que 16% sont agressées par leurs voisins et 9% par des inconnus.
Par ailleurs, cette étude précise que 59% des femmes battues sont mariées, 31% sont célibataires et 10% veuves ou divorcées. Plus d'un tiers des femmes déclarent être victimes de plus d'une agression et, contrairement aux idées admises, ce sont les femmes instruites et autonomes financièrement qui sont victimes d'agressions multiples, indique cette enquête.
Sous le slogan “La lutte contre les violences est une affaire de tous”, le ministère délégué de la famille et la condition féminine mène une campagne nationale pour réformer les lois, changer les mentalités et améliorer la prise en charge de    la femme battue sur tous les plans et s’attelle à mettre en œuvre une coordination entre le gouvernement et la société civile.
La prise de conscience de l’ampleur et la gravité de ce phénomène semble être chose faite, reste à savoir si les actes  vont suivre.

N. H