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A la une / Enquête

Mme Ould-Amar Berdous Nadia, doctorante enseignante au DLCA Bouira

“Le caractère facultatif relègue tamazight au bas de l’échelle…”

Liberté : À la lecture des statistiques sur l’enseignement de tamazight, on remarque que plusieurs wilayas ont décidé d’abandonner cet enseignement, tandis que d’autres le maintiennent et le renforcent. En tant qu’enseignante, quels sont les obstacles auxquels fait face tamazight à l’école ?
Nadia Ould-amar Berdous : Votre question est complexe, on ne peut pas réduire la question (telle qu’elle est posée) seulement aux problèmes que vivent les enseignants sur le terrain. Parce que les enseignants vivent les mêmes problèmes dans toutes les wilayas où l’enseignement de tamazight existe (y compris, bien entendu en Kabylie).  N’empêche qu’en Kabylie, l’enseignement de tamazight tient la route contre vents et marées, concerne de plus en plus d’établissements scolaires (tous cycles confondus) et est en train de se “normaliser”(dans le sens positif du terme).  Que l’enseignement de tamazight se concentre à hauteur de 90% en Kabylie n’est pas étonnant quant on connaît la volonté des enseignants, des élèves, des parents d’élèves et la détermination de toute la société, à braver ces obstacles et à asseoir cet enseignement sur des bases solides. La Kabylie à été toujours le fief de la revendication identitaire (les événements de 19 80, le boycott scolaire, le printemps noir…).  Quant aux obstacles que rencontrent les enseignants de tamazight, ils sont très nombreux mais découlent tous du grand problème qu’est le caractère facultatif, toujours en vigueur. Le maintien de ce caractère, en dépit des résultats positifs qu’enregistre cet enseignement, renseigne  sur le manque d’intérêt que l’État accorde à cette langue. En effet, au-delà des discours pompeux, rien de concret ne se fait sur le terrain pour promouvoir cette langue et son enseignement. Le caractère facultatif relègue tamazight au bas de l’échelle des matières  enseignées à l’école algérienne et met les enseignants dans une mauvaise posture. En effet, que peut un enseignant  devant un père qui veut dispenser son fils de l’enseignement de tamazight…que peut-il devant un directeur qui tire profit du caractère facultatif pour concocter comme il l’entend son emploi du temps…

Quelle est la situation des enseignants de tamazight. Dans quelles conditions évoluent-ils ?
En termes socioprofessionnels, la situation de l’enseignant de tamazight n’est pas différente de celle des enseignants des autres matières, ils vivent les mêmes problèmes ou bénéficient des mêmes. Cela étant, les enseignants de tamazight vivent des problèmes liés au statut de la langue (matière)  qu’ils enseignent.
Ce statut, ou plutôt ce non-statut, fait que (comme je l’ai souligné plus haut) on ne prend pas au sérieux l’enseignement de cette langue. Du coup, élaborations de programmes et mise à disposition de l’enseignement des outils didactiques appropriés sont pour ainsi dire pris avec le même “sérieux”.
Bien évidement, cela se répercute d’une manière négative sur l’activité pédagogique. Un autre problème inhérent au statut de quelques enseignants, notamment à Bouira, aurait dû, si volonté il y avait, trouver son épilogue.
En effet, quelques enseignants (des pionniers pour la plupart)  continuent d’exercer en qualité d’OP (ouvrier professionnel). Ce qualificatif méprisable n’entache en rien les compétences de ces enseignants qui avaient assumé avec sérieux leur tâche, depuis l’introduction de tamazight à l’école et dans des conditions précaires. Pourtant, il y avait, et il y a toujours, possibilité “de mettre à niveau” ces enseignants en leur offrant une formation. Cela est faisable par exemple, au niveau du DLCA de Bouira, pour peu que le MEN sollicite le ministère de l’Enseignement supérieur.

Quelle est la graphie adéquate pour la transcription de tamazight ?
Théoriquement toutes les graphies peuvent transcrire tamazight. On peut même en inventer une. Cependant, le caractère latin est en usage, depuis près d’un siècle. Ce n’est donc pas sérieux de remettre tout le travail accompli, depuis Boulifa et même avant, en cause juste pour des considérations idéologico-démagogiques.
En plus, personne n’a jamais empêché les défenseurs du tifinagh et du caractère arabe de transcrire avec ces graphies, si tant est tamazight leur tient à cœur. Soyons sérieux ! Cette histoire de graphie, comme on dit en kabyle, “teddez tebrez”.


M. M.