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A la une / Enquête

Conséquence des grèves cycliques dans l’éducation

Le commerce des cours de soutien reprend de plus belle

Angoissés, les élèves des classes d’examen se rabattent sur diverses formules de cours de soutien pour rattraper le retard. Les enseignants, qui ont pignon sur rue, n’arrivent pas à satisfaire toutes les demandes. Certains vont même jusqu’à afficher chez  le boulanger ou l’épicier du coin.

Le long bras de fer opposant les enseignants à leur premier responsable a fini par connaître son épilogue. La tutelle a lâché du lest, les enseignants, toujours pas satisfaits, ont regagné leurs postes et les élèves ont été contraints de reprendre le chemin des établissements scolaires complètement déboussolés. C'est le triste bilan d'un mouvement qui n'a finalement pénalisé que les élèves, notamment ceux des classes d'examen. Question : qui a tort et qui a raison ? L'enseignant, qui est prêt à tout pour arracher des droits, ou le ministère, qui fait également tout pour que les syndicalistes ne prennent pas le dessus ? Chacun voit midi à sa porte et, bien entendu, tous plaideront leur cause. Les deux parties se disputeront les justificatifs pour se disculper et se rejeter la balle. Les syndicats que nous avons contactés se cachent derrière la Constitution et le droit à la grève non sans prendre le soin d’insister sur le fait que c’est l’ultime recours face à la tutelle. “C’est la solution extrême à laquelle nous ont contraints les responsables”, se défend un syndicaliste du secteur de l’éducation. Et de rappeler que les différentes tutelles de secteurs en ébullition ne réagissent point aux premiers signes de tension, “c’est-à-dire les menaces verbales puis le préavis et, enfin, la grève. Ils poussent au pourrissement de la situation et ne font que rajouter de l’huile sur le feu”.
Ce qui est vrai d’ailleurs, puisque la politique de gestion des grèves par les pouvoirs publics est la même depuis des années. Les tutelles ne se laissent pas fléchir et se confinent dans un “bruyant” silence avant de se cacher sous la carapace des commissions d’études et des engagements sans lendemain. Et quand les syndicats persistent dans leur mouvement, la solution est toute trouvée : la machine judiciaire se met en branle. Verdict : grève illégale, reprise immédiate. Pour les tutelles, le fait d’ouvrir des négociations avec les syndicats devrait les rassurer et pousser automatiquement à l’arrêt de la grève. Surtout lorsque des élèves ou des malades ou de simples citoyens sont pris en otages.
Pour ce qui est de la grève des enseignants, tutelle et syndicat se renvoient la balle, mais on ne peut se voiler la face. Chacun a une part de responsabilité qu’il doit assumer. Car à bien y réfléchir en ne prenant en compte qu'une seule inconnue, à savoir les élèves, la difficile équation est résolue en un tour de main. Les premières conséquences désastreuses du long débrayage en sont des preuves irréfutables. Le programme scolaire des élèves a été totalement chamboulé.
Aujourd'hui, au lieu de profiter de deux semaines de vacances pour se reposer un peu et tracer un plan de révision, les élèves des classes d'examen se rabattent sur des cours de soutien tous azimuts. Tous les moyens sont bons pour tenter de rattraper le long retard. Trop inquiets, les élèves ne se contentent pas de cours de rattrapage prodigués par les établissements scolaires. Nombreux sont ceux dont les parents se ruinent pour leur assurer des cours de soutien supplémentaires. En effet, le recours aux cours de soutien est désormais très prisé. Les parents dont les enfants sont en classe d’examen s’y rabattent en vue de rattraper le temps perdu des grèves. Un véritable commerce de cours de rattrapage s’est répandu au niveau de tous les quartiers d’Alger. À la question : n’y aurait-il pas un enseignant qui donnerait des cours dans ce quartier ?
Le choix est vite fait. Car les enseignants qui ont pignon sur rue prennent le soin d’informer voisins et proches sur leur disponibilité à prodiguer les fameuses séances de rattrapage. Certains vont jusqu’à afficher chez le boulanger ou l’épicier du coin.
D’autres vous glissent leur alléchante proposition “d’aide à bien préparer les examens de fin d’année” dans votre propre boîte aux lettres. Certains enseignants assurent des cours chez eux, d'autres font le déplacement au domicile de l'élève. Des cours en groupe ou en solo. Une, deux, trois matières, voire tout le programme. C’est selon.
Et, bien sûr, à chaque formule ses tarifs. Et surtout à chaque palier son “coût”. Les cours prodigués aux élèves de classe de terminale sont les plus chers avec pas moins de 500 DA la matière et pour une seule petite heure seulement. Presque le même tarif est exigé des candidats au BEM. Quant aux élèves de 5e année, c'est 250 DA l'heure. Ces tarifs sont appliqués pour les cours dispensés en petit groupe d'élève. Pour la formule solo, il faut que les parents déboursent plus.
Un autre procédé est également proposé. Il y a des cours via un simple clic. L’enseignement à distance par Internet fait également rage puisque plusieurs sites proposent leurs prestations.
L’élève n’a qu’à s’installer devant son PC pour télécharger des résumés de cours ou encore poser une question et recevoir la réponse dans un délai maximum de 48 heures moyennant 1 000 DA, propose tout simplement www.ecoleeftm.com. Mieux encore, le site va jusqu’à  accorder un bonus : pour quatre matières payées, la cinquième est tout simplement… gratuite. De son côté, la plate-forme Najih propose même des parcours pédagogiques personnalisés et un suivi quotidien.
En un mot, face à la profusion de formules de soutien scolaire, parents et élèves ont aujourd’hui l’embarras du choix. Leurs budgets en prendront un sérieux coup, certes, mais, pour les parents, les études n’ont pas de prix. Nombreux sont ceux qui nous ont révélé avoir privé leurs enfants de sorties, d’argent de poche et autres habituelles gâteries pour couvrir les nouveaux frais de cours de soutien.
Et quand on sait qu’au sein d’une même famille, parfois, deux à trois enfants sont en classes d’examen, l’addition est vraiment lourde. Mais les parents, notamment les mamans, sont prêtes à se ruiner pour la réussite de leur progéniture. “L’essentiel, c’est qu’ils réussissent leurs études” revient tel un leitmotiv dans la bouche de tout parent.
Des parents angoissés qui n’ont qu’un seul et unique souhait : retrouver le nom de leur enfant sur la liste des lauréats. Les enfants pourront-ils relever le défi et réaliser le rêve des parents dans de telles circonstances ? Dure sera l’épreuve.