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A la une / Enquête

Ils révèlent leur parcours et leurs aspirations

Paroles de prodiges

Ils s’appellent Imad et Ibtissem. Le premier n’envisage pas de rentrer en Algérie, du moins dans l’immédiat. La seconde est impatiente de retrouver les siens à Annaba. Témoignages

Imad paraît beaucoup plus jeune que son âge. Il a 32 ans et séjourne à Londres depuis 7 ans. Il est venu en Grande-Bretagne grâce à une bourse d’État qu’il a obtenue en sa qualité de major de promotion à l’École supérieure de commerce d’Alger. À l’origine, le choix de Imad  s’est porté sur les États-Unis. Mais les attentats du 11 septembre 2001 ont rendu les conditions d’entrée dans ce pays très compliquées. À la place, l’étudiant a mis le cap sur la Grande-Bretagne où il a de la famille. À la question de savoir pourquoi n’a-t-il pas opté comme de nombreux étudiants pour la France, il répond qu’il a “toujours été plus proche des Anglo-Saxons”. Imad reconnaît, par exemple, au Royaume-Uni la qualité d’avoir favorisé l’émancipation intellectuelle des populations de son ancien empire colonial. “Les pays qui ont été colonisés par la France ne sont pas aussi développés que ceux qui étaient sous la domination britannique”, constate-t-il. Fils d’un professeur d’université et d’une directrice de lycée, le garçon porte un regard critique sur le système d’enseignement en Algérie. Sans vouloir le dénigrer, il lui reproche de se livrer à “du bourrage de crâne” qui ne permet pas aux étudiants de mettre en pratique leurs connaissances. “On nous enseignait des théories. Mais dans la plupart des cas, on ne nous montrait pas comment les appliquer”, résume Imad. En revanche, Il constate qu’au Royaume-Uni, les universités constituent les antichambres des entreprises. “On nous  apprend à monter des projets. En arrivant dans le monde du travail, les diplômés savent déjà certaines choses comme préparer des rapports, par exemple”, relate l’étudiant. Après avoir obtenu un mastère à l’université de Westminster à Londres, il a opté pour Greenwich, un établissement du sud de la capitale britannique qui capte les étudiants étrangers et où il a choisi de réaliser une thèse de doctorat sur “la contribution de l’investissement direct à l’économie algérienne”, en puisant des exemples dans les domaines de l’énergie et des télécoms. Pour les besoins de ses explorations, l’université lui attribue une allocation, provenant d’un fonds de recherche (research found) pour les doctorants. Il y travaille également en qualité d’enseignant et dispense des cours à des étudiants en graduation que l’administration paye 25 livres de l’heure. Avant de toucher un salaire et d’obtenir une prime de recherche, Imad percevait une bourse. Mais son montant (un peu moins de 1 000 livres) était un peu juste. Du coup, il s’est plié aux usages locaux, entraînant les étudiants à prendre des petits boulots pour survivre. Si dans son cas, cette rentrée d’argent devait satisfaire des dépenses secondaires comme l’achat des livres, pour ses camarades britanniques, elle est essentielle dans la mesure où elle leur permet de financer leurs études. En Grande-Bretagne, les frais d’inscription sont onéreux — 20 000 livres par an — et des étudiants n’hésitent pas à contracter des prêts bancaires qu’ils passent plusieurs années de leur vie professionnelle à rembourser. Conscient de sa chance, Imad est totalement reconnaissant à l’Algérie de lui avoir permis d’obtenir une place dans des établissements prestigieux gratuitement. Cependant, il se résout encore mal à voir son avenir au pays, du moins dans l’immédiat. “Je ne suis pas ingrat. J’ai envie d’être chez moi, avec mes parents”, confie-t-il déchiré.  Pour illustrer le contenu de ses réserves, Imad utilise une parabole. Il s’imagine ainsi que ses autres camarades boursiers comme une machine dont l’État algérien a financé le montage mais qu’il ne sait pas rentabiliser. Plus explicite, il relate le cas d’une connaissance, revenue des États-Unis avec un gros diplôme et qui a été envoyée enseigner à l’université de Blida pour un salaire de misère. Citant l’exemple du Maroc, Imad affirme que dans ce pays, le statut des enseignants universitaires est régi directement par le palais royal et que leurs salaires sont alignés sur ceux de leurs collègues en Europe. Il y a quelque temps, le jeune homme assistait à une rencontre organisée a Londres par le ministère de l’Enseignement supérieur et le consulat, en vue de convaincre les boursiers de rentrer au pays, en les rassurant sur leur avenir. Visiblement, le discours tenu n’a pas vaincu ses réticences. Après l’expiration de son visa d’étudiant, Imad sollicitera un permis de travail que les autorités britanniques s’empresseront de lui fournir. “Du moment où on a besoin de vous, on ne vous lâche pas”, dit-il, conscient qu’il est une cible parfaite pour les chercheurs de têtes qui officient à la nouvelle politique migratoire britannique. Ibtissem, de son côté, ne semble guère encline à succomber à l’envie de rester en Grande-Bretagne. D’une voix calme mais décidée, elle affirme qu’elle rentrera en Algérie, une fois qu’elle aura obtenu son PHD. Mais elle ne sait pas encore ce qu’elle fera comme métier. Originaire d’Annaba, cette doctorante de 25 ans est arrivée en Grande-Bretagne il y a 7 ans. Elle était accompagnée de 69 lycéens qui comme elles avaient obtenu de prestigieuses mentions à l’examen du baccalauréat. “Je me suis retrouvée à Londres, une si grande ville. C’est la première fois que je voyageais sans mes parents”, raconte Ibtissem. Ses camarades et elles sont attendus à l’aéroport de Heathrow par des représentants du Consulat d’Algérie, puis conduits vers leurs lieux de résidence. Ibtissem atterrit dans une chambre d’une cité universitaire à Hampstead (nord- ouest de la capitale).
Sa première année est consacrée à l’apprentissage de l’anglais. Des cours lui sont dispensés à King’s College. En dépit du handicap linguistique, la boursière n’a pas hésité à choisir la Grande-Bretagne comme destination. “C’est un pays que je ne connaissais pas. Je voulais le découvrir”, confie-t-elle. Après Londres, Ibtissem s’envole pour l’Écosse où elle s’inscrit à l’université et obtient une licence en Génie génétique. Ce nouvel exil ne lui fait pas peur. “Les Écossais sont plus accueillants. Je me suis fait beaucoup d’amis”, dit-elle enthousiaste. Son séjour dans cette région du nord du Royaume-Uni s’avère également plus économique. De retour à la capitale pour la préparation de son PHD, la jeune fille se résout à la colocation pour ne pas dilapider sa bourse. Dans une année, elle devra achever la rédaction d’une thèse en pharmacie. Cette spécialité est la première choisie par les boursiers algériens inscrits dans les universités britanniques. Elle est suivie de l’informatique et du business & management.

S. L.-K.