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A la une / Enquête

Enquête sur un phénomène qui prend de l’ampleur

Quand les algériennes découvrent la chirurgie esthétique

Sous l’emprise d’un matraquage médiatique, beaucoup d’Algériens et d’Algériennes découvrent les bienfaits et, parfois, les miracles de la médecine et de la chirurgie esthétiques. Si l’intérêt de la gent féminine est bel et bien établi pour la beauté, ce qui représente 80% des consultations, les hommes aussi n’hésitent plus à corriger certaines imperfections. Spécialités en pleine expansion, la médecine et la chirurgie esthétiques connaissent une demande grandissante. Des praticiens en témoignent.

Botox (toxine botulique), lifting, greffe de cheveux, liposuccion, mésothérapie, produits de comblement, augmentation et réduction mammaire…, la médecine esthétique n’a plus de secret pour les Algériens. Et même si on est bien loin du Brésil, des États-Unis, de la France, de l’Italie, de l’Espagne, du Liban et autres pays du Golfe et même des voisins tunisiens et marocains en matière de demande, cette dernière est en plein essor en Algérie. 
Relooking extrême et autres émissions où tous les miracles sont possibles nous ont  rattrapés au détour d’une ouverture médiatique qui ne dit pas son nom, les chaînes étrangères sont entrées bon gré mal gré dans tous les foyers. Ce qui relevait hier du tabou s’installe petit à petit dans l’Algérie d’aujourd’hui, société de consommation en perpétuelle mutation. Veiller sur son bien-être, son apparence et sa beauté est désormais une culture dont on ne s’en cache plus.
Les instituts de beauté poussent comme des champignons dans la capitale comme dans les autres grandes villes du pays, certains représentants de grandes firmes de cosmétiques. Et la demande en la matière suit forcément.
Mais face aux petits soins épidermiques proposés par ces instituts ou en vente dans les pharmacies, à des prix assez élevés et dont le résultat n’est pas forcément assuré, d’autres méthodes sont proposées par des médecins spécialistes. Les résultats d’une petite injection de toxine botulique ou un léger lifting sont immédiats et simplement spectaculaire. Et là encore les femmes ne disent pas non.
Et si l’autonomie financière de la femme qui a investi le marché du travail est un des facteurs encourageants, la demande sur ce type de médecine et de soins, le poids du regard de la société l’est peut-être plus. Car avoir recours à ce type de médecine n’est pas forcément le signe d’un refus de vieillissement ou d’une obsession de beauté, mais plutôt une nécessité pour mieux s’adapter à une société de plus en plus exigeante, notamment par rapport à l’aspect physique. “Le regard que porte la société sur l’individu est un facteur déterminant de son comportement mais aussi de son psychique. C’est pourquoi nous recevons beaucoup d’adultes qui veulent se débarrasser des cicatrices de l’acné d’adolescence ou autres problèmes qui ont un impact sur leur vie”, dira le Dr Oughanem, dermatologue. Une personne dont l’aspect physique est acceptable, voire une personne belle, est plus avantagée qu’une autre qui l’est moins, affirment les sociologues.
L’Algérie n’échappe pas à la règle. Notre pays, où la chirurgie réparatrice a toujours existé, parce que très liée à un besoin thérapeutique, reconstituer un organe perdu ou endommagé par un accident, connaît depuis quelques années un plus grand intérêt pour tout ce qui est esthétique. Même si on reste très en retard par rapport à la demande dans d’autres pays. Un retard causé par une grande polémique sur la place de la médecine et la chirurgie esthétiques dans notre société.
Entre le pour et le contre, ce sont toutes les valeurs religieuses, culturelles et socioéconomiques des Algériens qui font surface. “Notre religion n’admet pas qu’on change son apparence, sauf en cas de besoin majeur comme les brûlures ou les accidents”, soutiennent certains, alors que d’autres personnes ne trouvent aucun mal à apporter une touche d’éclat à leur visage ou à se débarrasser de quelques graisses, qui peuvent constituer un danger sur la santé. “On ne peut pas toujours dire que la médecine et la chirurgie esthétiques relèvent de la fantaisie, car parfois elles sont étroitement liées à la santé. Et l’Algérie, comme tous les pays du monde, subit la grande médiatisation de la médecine et de la chirurgie esthétiques”, dira le professeur Ilouze, invité d’honneur du 4e Congrès de médecine esthétique en Algérie.

La liposuccion, rhinoplastie,  blépharoplastiE…  tous types de demande
Inventée en 1977 par le professeur Illouze, la technique de liposuccion consiste à enlever l’excès de graisses par aspiration au moyen d'une canule rentrée par de toutes petites incisions de la peau dissimulées le plus souvent dans un pli cutané naturel. Elle a pour avantage de ne laisser que de petites cicatrices qui ont tendance à disparaître avec le temps. “J’ai inventé la liposuccion, car les femmes venaient me voir pour se débarrasser des graisses qui amochaient leur corps, mais je trouvais que les grandes cicatrices que laissaient les opérations étaient parfois encore plus moches. Donc on passait du complexe de la culotte de cheval ou autre problème à celui de la cicatrice, qui était encore plus grand. Donc la liposuccion a permis de pallier au problème des cicatrices”, dira l’éminent médecin, dont les bienfaits de son invention dépassent aujourd’hui l’aspect esthétique. “Les spécialistes de santé affirment, aujourd’hui, que la minceur est mieux que les rondeurs, car statistiquement, de par le monde, les gens qui ont un surpoids souffrent de maladies cardiovasculaires et de cholestérol, et donc meurent plus vite que d’autres.”

Le modèle “fast-food”  et l’obésité, l’Algérie  n’en fait pas exception
Phénomène de société, l’obésité ou le problème du surpoids constitue aujourd’hui un problème de santé publique à l’échelle mondiale. L’Algérie, qui a emprunté au monde occidental le mode du fast-food, ne fait pas exception. Et les problèmes liés au surpoids et parfois à l’obésité, deviennent de plus en plus fréquents. On est loin des 700 000 demandes enregistrées par les Américains pour ce type d’intervention, mais, selon les praticiens nationaux, la liposuccion vient en premier lieu pour ce qui est de la demande algérienne en matière de chirurgie esthétique.
Toujours pour le volet chirurgie, la rhinoplastie (correction des imperfections au niveau du nez), les blépharoplasties (opération au niveau des paupières supérieures ou inférieures), les liftings et l’abdominoplastie viennent successivement en deuxième, troisième et quatrième positions, affirme le Dr Bendissari, un des cinq ou six spécialistes en chirurgie esthétique en Algérie. “Nous pratiquons tout type de chirurgie. Nous sommes sollicités à partir du mois de mars alors qu’ailleurs ce type d’intervention se fait plutôt en hiver.”
Les interventions se déroulent dans les plus grandes cliniques avec une prise en charge postopératoire complète affirment les chirurgiens.
Pour ce qui est de la médecine esthétique, une médecine douce, les Algériens sont au fait des dernières techniques et thérapies, et demandent un peu  de tout. Botox, nom commercial de la toxine botulique, qui permet de lisser temporairement (six mois) les rides d’expression pour les personnes de 18 à 60 ans.
La toxine bloque la transmission neuromusculaire.  Injection miracle et sans grand risque, la toxine botulique fait son petit chemin dans notre pays après avoir assurer sa place sur le marché de la beauté dans le monde. 430 millions d'euros, c'est le résultat des ventes de botox en un an. Les produits de comblements et autres mésothérapies esthétiques viennent par la suite.

Des prix concurrentiels pour toutes les bourses et tous les âges
La chirurgie esthétique n’est plus aujourd’hui réservée aux stars, aux richissimes personnalités, ou encore à tel pays développé sans un autre qui l’est moins. Elle est aujourd’hui accessible à tout le monde, femmes et hommes, jeunes et vieux, fortunés ou moins riches.  La démocratisation de cette médecine touche également l’Algérie. Finis les déplacements en Europe, la France ou l’Italie en particulier, pour se requinquer et donner un coup d’éclat à son visage ou apporter quelques touches à son corps.
Inutile aussi de faire le voyage jusqu’en Tunisie. Tout se fait sur place avec un coût bien plus étudié, affirment les professionnels, chose que nombre de patients et patientes ont bien compris. “Pour ce qui est de la chirurgie esthétique, les interventions coûtent 15 fois moins cher qu’en France et deux fois moins qu’en Tunisie”, assure le Dr Bendissari. Par exemple, une liposuccion coûte entre 10 000 et 100 000 DA, selon le volume de la masse de graisses à aspirer.

Ils viennent même  de l’intérieur du pays
Et si les prix sont étudiés, il ne faut surtout pas remettre en cause la qualité des soins dispensés. “Nous essayons de prendre en considération le niveau de vie en Algérie, qui est de loin plus bas que dans d’autres pays. Pour la chirurgie plastique, la location des blocs opératoires est déterminante pour les prix. On ne peut pas proposé un lifting cervico-facial à 3 000 euros, soit 300 000 DA”, soutiennent les médecins et les chirurgiens interrogés. Du côté de la médecine douce, généralement des dermatologues, endocrinologues et autres  spécialistes de chirurgiens maxillo-faciaux, les prix sont à discuter. 20 000 DA pour une petite injection de Botox qui dure six mois, reste assez raisonnable. Les prix pratiqués sont aussi déterminants pour les populations concernées.
De 16 à 65 ans, on ose de plus en plus à consulter et apporter les corrections qu’il faut. “Contrairement à ce qu’on croit, les demandeurs viennent aussi bien de l’intérieur (Djelfa, Sétif, El Oued) que des grandes villes (Constantine, Oran, Béjaïa…) Ce sont généralement des femmes qui travaillent et pas nécessairement riches”, dira le Dr Bendissari. Les hommes sont aussi demandeurs et représentent 20% de la demande globale ; ils consultent particulièrement pour le problème de calvitie. La greffe des cheveux les intéresse particulièrement. 

W. L.