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A la une / Enquête

Entre code de la famille, terrorisme et lutte pour leurs droits

Que reste-t-il du combat des femmes algériennes ?

Elles étaient qualifiées de salonnardes. Leur mouvement, pourtant, est né dans la rue contre le code de la famille et le terrorisme. Aujourd’hui, les militantes féminines s’enfoncent dans les routes de campagne et les quartiers pauvres afin de porter secours à leurs compatriotes en détresse. Chassées du champ politique, elles se redéploient sur le terrain de l’action humanitaire. Sans auto-flagellation mais avec beaucoup d’autocritique, elles font le bilan de leur existence. État de faits sans états d’âme.

“Les salles des fêtes ont été fermées”, a-t-on signifié aux militantes du Rassemblement algérien des femmes démocrates (Rafd) quand elles ont entrepris de louer un espace pour organiser, comme chaque année à l’occasion de la journée internationale de la femme, la cérémonie d’attribution du prix de la résistance. En désespoir de cause, elles se sont tournées vers la fondation allemande Friedrich-Ebert qui a bien voulu leur prêter son siège à Alger. “C’est tout aussi bien que les femmes se défoulent dans les salles des fêtes”, ironise Kheïra Doukali. Sa détermination et son engagement en faveur des algériennes sont lézardés par la désillusion et l’amertume. Le combat des femmes contre l’obscurantisme et le terrorisme, porté aux nues pendant la décennie noire, est retombé comme un soufflé sorti trop tôt du four. Une fois émergées du chaudron des années 1990, les associations féminines se sont rendues à l’évidence. Elles sont devenues encombrantes. “Les pouvoirs publics étaient contents quand nous sortions dans la rue pour nous opposer à l’intégrisme et quand nous plaidions la cause de l’Algérie à l’étranger. Maintenant, ils nous interdisent l’accès aux espaces publics”,  lâche la militante du Rafd. Avec ses camarades du Rassemblement et de quelques associations, elle est le visage clair-obscur de ce “militantisme résiduel” qui survit en dépit des coups de boutoir répétés des autorités. Il se nourrit de la détresse des anonymes encore très nombreuses à être spoliées de leurs droits les plus élémentaires, mais s’épuise, malmené par les embardées ou les déconvenues de ses égéries. Car si les féministes n’ont guère bonne audience auprès des autorités, leur solidarité souvent fait les frais de leurs propres défiances. Que sont-elles devenues ? Que reste-t-il de leurs amours, de leur envie de hisser leurs compatriotes au rang de citoyennes à part entière ? Qu’ont-elles fait du legs des moudjahidate, à l’avant-garde du mouvement d’émancipation ? Au cours des années 1990, les associations en masse enterraient vivante l’Union nationale des femmes algériennes (UNFA). Beaucoup de militantes étaient chassées des rangs de cette organisation satellitaire du FLN car elles ont refusé de faire signer le bail aux intégristes en cautionnant le code de la famille. Elles se sont croisées dans la rue pour vilipender les usurpateurs camouflés puis vociférant du Coran. Aujourd’hui, alors que le mouvement est à la croisée des chemins, les pouvoirs publics sont contents d’annoncer que le dossier du code de la famille est clos en faveur des amendements qui lui ont été apportés en 2005. Doit-on fermer la parenthèse et attribuer au combat des femmes le titre ronflant d’épopée ou se lamenter sur ses péripéties ? Paroles de militantes.

AKILA OUARED, ASSOCIATION  DE DÉFENSE ET DE PROMOTION  DES DROITS DES FEMMES  “le  leadership a tué  le mouvement féminin”
Cette petite dame recèle une mémoire digne d’un disque dur d’ordinateur. Son regard pétillant et sa bouche en mouvement effacent les rides sur son visage. La chronologie des évènements narre son parcours. Pas n’importe quel destin. Sa vie a commencé à l’âge de 20 ans quand, en 1956, elle a rejoint le mouvement de Libération nationale. Elle s’arrêtera sans doute lorsque ses jambes ne supporteront plus ses pérégrinations interminables d’un bout à l’autre du pays, et même au-delà des frontières, en faveur de la cause des femmes. Au début des années 1990, Akila Ouared créait l’Association de défense et de promotion des droits des femmes (ADPDF). Profitant du pluralisme émergeant, elle entreprend de réaliser ses aspirations avortées au sein de l’UNFA d’où elle est exclue. L’organisation des femmes du parti unique ayant été reprise en main par les conservateurs, tout débat autour de l’abrogation, du moins l’amendement du code de la famille, était banni. “Il y avait deux groupes au sein de l’UNFA. L’un voulait avancer et l’autre n’était pas tant contre le code”, relate Mme Ouared.
En même temps que l’ADPDF, d’autres associations ont vu le jour. Louisa Hanoune, porte-parole du Parti des travailleurs, dirigeait déjà Égalité devant la loi, une association où la rejoindra Khalida Toumi, actuelle ministre de la Culture. Des assises des femmes sont organisées pour réclamer le retrait du code de la famille. Bien plus tard, en 2004, les principales organisations mettent en place Le Collectif 20 ans Barakat. Pendant deux décennies, elles multiplient les tentatives de se rassembler. L’idée d’un réseau est lancée. Un projet portant création d’une “Maison des femmes” est retenu. Mais à l’arrivée, aucune initiative n’a abouti. “La guerre de leadership a tué le mouvement”, assène la présidente de l’ADPDF.
Pour avoir milité dans la clandestinité pendant la Révolution, elle a appris que la discrétion et la discipline sont les meilleurs atouts pour gagner une guerre. Par deux fois, Mme Ouared a été propulsée au-devant de la scène, en 1971 et en 1974, en se voyant élue aux Assemblées communales d’El-Harrach, puis d’Alger. “Je ne pensais pas être élue à El-Harrach car je ne résidais pas dans la commune. J’ai fait ma petite enquête et j’ai appris que ce sont les ouvriers d’une usine de Baba Ali où j’ai travaillé en tant qu’assistante sociale qui ont fait campagne pour moi”, raconte-t-elle très émue. À l’usine, Mme Ouared enseignait aux travailleurs leurs droits syndicaux. Sans fausse pudeur, elle leur apprenait également les rudiments de la contraception. “Pour les convaincre, j’ai demandé l’avis d’un imam”, rapporte Mme Ouared. Avant de distribuer la pilule, la moudjahida était convoyeuse de tracts et de médicaments. Jusqu’en 1962, elle accomplissait, avec conviction, sa mission d’agent de liaison au sein de la Fédération de France. Militante dans l’âme, elle ne pouvait guère ranger les armes après l’Indépendance.
Au lendemain du cessez-le-feu, elle prenait part à la création de l’Association des femmes algériennes en France.
“Nous considérions que les femmes avaient des droits à demander”, dit-elle. Durant la décennie noire, elle s’est affichée ouvertement contre l’intégrisme, un “déni des droits humains”. Peu importe à ses yeux si les pouvoirs publics se sont servis de la mobilisation des femmes pendant ces années noires, l’essentiel étant d’avoir porté un projet de société. Sans local et sans subventions, l’ADPDF survit. Elle a mis en place une permanence animée par des juristes pour aider les femmes dans leurs déboires avec la justice. Par ailleurs, elle s’échine à faire fonctionner un centre de formation professionnelle à Sidi Moussa que le gouvernement belge a financé, mais dont l’association n’arrive plus à payer le loyer !

KHEIRA DOUKALI, LILA BENAI, RASSEMBLEMENT ALGÉRIEN DES FEMMES DÉMOCRATES  “NOUS N’ARRIVONS PAS À REBONDIR !”
Le Prix de la résistance du Rassemblement algérien des femmes démocrates (Rafd) a été attribué, cette année, à la comédienne Sonia. Il y a un an, elle montait la pièce de théâtre Bla Zaaf, pour le compte de l’association. En 2003, Rafd réalisait une étude sur le genre au profit du Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap). Le Rassemblement a monté une exposition avec Essebaghine et a envoyé des orphelins du terrorisme et des victimes du séisme de Boumerdès en colonie de vacances. Il a également créé une coopérative à haouch Grau. En 1995, Rafd organisait un tribunal contre le terrorisme à la salle Ibn-Khaldoun, à Alger. Une année plus tard, autour du cratère provoqué par l’explosion de la voiture piégée devant le commissariat central au boulevard Amirouche, ses militantes tenaient un rassemblement. Privées de local, Kheïra Doukali et Lila Benaï se livrent autour d’une des tables du Diwan Café à Hydra. Tous ces moments forts cités en vrac les rendent nostalgiques. “Nous n’avons pas su capitaliser nos actions”, regrette Mme Doukali. Elle est rongée par une espèce de désœuvrement militant que les pouvoirs publics ont encouragé. 
“Nous faisons moins car le système est mobilisé pour achever la société civile”, explique pour sa part Mme Benaï, très offensive. N’étant pas autorisées à organiser des manifestations dans des lieux publics, les militantes ont rarement l’occasion de s’exprimer. Quand Rafd est né en 1993, les terroristes plongeaient l’Algérie dans la terreur. Après avoir fait leurs premiers pas à l’ADPDF de Mme Ouared, les deux femmes forgent leur propre destin politique. Sans contester leur proximité avec le MDS du regretté Hachemi Cherif, elles nient que Rafd soit un appendice du parti. De leur avis, le lien est né de la convergence des revendications entre le parti et l’association : se dresser comme un bouclier contre les intégristes qui ciblaient particulièrement les femmes. Au cours de ce combat pour la vie, l’abrogation du code de la famille devenait accessoire. “Tous les droits sociaux étaient mis entre parenthèses”, explique Mme Doukali. En guise de baroud d’honneur, Rafd organisait sa première sortie, un sit-in devant le siège de la présidence de la République afin de contrer les velléités de réconciliation, répréhensibles à l’époque. Pour les avoir combattues, Rafd et les autres associations féminines ont obtenu un sursis. En 1997, les femmes de Rassemblement se rendaient à Bentalha, puis à Raïs au chevet des rescapés des massacres. Dix ans plus tard, elles narrent le destin tragique des filles violées par les terroristes et auxquelles l’État refuse un quelconque statut. “Si les femmes n’avaient pas résisté au terrorisme, nous serions perdus”, tonne Lila Benaï, acerbe.

DALILA ZEKKAL, BNET  FATMA N’SOUMER “NOUS AVONS ÉTÉ  UTILISÉES PENDANT  LES ANNÉES DE TERRORISME”
Dalila Zekkal est contente d’avoir reçu, il y a quelques semaines, dans le local de l’association à Blida, Yakin Erturk, rapporteuse spéciale de l’ONU sur la violence à l’égard des femmes. “Elle est restée plus d’une heure et demie. Nous ne nous attendions pas à tant”, exulte-t-elle. La militante de B’net Fatma N’soumer soupçonne les autorités d’avoir voulu, à tout prix, empêcher cette entrevue. Le lieu ayant servi à la rencontre avec toutes les organisations est le siège d’une autre ONG, le Centre d’information et de documentation sur les droits des enfants et des femmes, de l’avocate Nadia Aït Zaï. “Les pouvoirs publics avaient l’intention de brosser un tableau idyllique de la condition des femmes”, fulmine Mme Zekkal. Avec d’autres “copines” du mouvement féministe, elle est convaincue que le gouvernement algérien a volontairement reporté d’une année la visite de Yakin Erturk (elle devait se rendre dans notre pays au début de l’année 2005) pour avoir le temps d’opérer des changements dans le code de la famille. “Ces amendements ne sont pas l’aboutissement de notre combat. Ce sont des réformettes. La pression des islamistes sur les institutions font que l’émancipation de la femme n’est plus à l’ordre du jour”, accuse Mme Zekkal. Partisane assidue de l’abrogation de la loi de 1984, elle a néanmoins cautionné les propositions d’amendements élaborées par 22 associations de femmes réunies dans les fameux ateliers Mechernène, du nom de la ministre de la Solidarité de l’époque. Mais ces recommandations n’ont jamais trouvé un terrain d’application. D’une part, parce que le gouvernement a fait marche arrière. D’autre part, des associations ont radicalisé leurs revendications. Selon Mme Zekkal, les clivages partisans et les individualismes ont eu raison de la solidarité au sein du mouvement féministe. Sa naissance, pourtant, était le fruit d’aspirations communes. En 1989, alors que le pluralisme politique balbutiait, les militantes faisaient leurs premiers pas sur le pavé. Une marche à Boumerdès est organisée. Quatre ans plus tôt, des affranchies de l’UNFA, des passionarias de gauche et de nouvelles figures de proue font route commune. Égalité devant la loi dépose son dossier d’agrément au ministère de l’Intérieur. Mme Zekkal cite des pionnières, dont certaines lasses et déçues ont pris le chemin de l’exil aujourd’hui. Des figures illustres de la Révolution, comme Mmes Benmihoub-Zerdani et Haraïgue, ont également jeté l’éponge après avoir accompagné leurs cadettes dans leur “galère”. Mme Zekkal est admirative devant ces résistantes de la première heure. Sa propre lutte a commencé au sein du CNSA (Conseil national de sauvegarde de la République). En même temps, elle adhérait à l’AEF (Association de l’émancipation des femmes) dirigée par Salima Ghezali. Opposée à la réconciliation, elle quitte l’AEF au profit de B’net Fatma N’soumer en 1994. Aujourd’hui pourtant, le petit local de l’association, dans la Mitidja, est ouvert à tous sans distinction. “Nous recevons à la fois des femmes victimes de terrorisme et dont l’un des enfants est un terroriste”, confie Mme Zekkal. La mission de l’association consiste à leur apprendre à obtenir leurs droits les plus élémentaires, comme le capital décès de leurs proches, par exemple.

Meriem bellala, sos femmes  en détresse “on ne peut pas demander aux femmes de se battre pour des droits politiques si l’on ne répond pas d’abord à leurs besoins sociaux”
Au centre d’accueil de SOS femmes en détresse, un nouvel atelier de tissage a ouvert ses portes. Meriem Bellala aide une des locataires, une jeune femme en djilbab, à choisir des pelotes de laine pour la confection d’un tapis. Depuis que le pensionnat existe, des centaines de femmes y ont trouvé refuge, des mères célibataires, des adolescentes fugueuses, des jeunes filles violées par les terroristes, des épouses répudiées avec leurs enfants, des nourrissons ont même vu le jour dans la succession de chambrées en préfabriqué… “Mon militantisme s’est forgé au contact de ces femmes”, remarque Mme Bellala. Elle a franchi le seuil du centre d’accueil en 1995. Rapidement, elle prend la tête de l’association au cours d’une assemblée générale controversée. Mais que vaille ! La présidente n’a cure des critiques et des persiflages sous-estimant le rôle de SOS. “Elle, ce sont les biberons”, a entendu Meriem Bellala de nombreuses fois. “Il est impossible de revendiquer quoi que ce soit sans connaître les besoins des femmes. On ne peut pas leur demander de se battre pour des droits politiques si l’on ne répond pas à leurs besoins sociaux”, réplique-t-elle avec flegme. Sans détour, elle affirme que le mouvement féminin a toujours connu des remous. Même à SOS, les relations ne sont pas toujours harmonieuses. “Chez nous aussi, c’est très violent quelquefois”, avoue la présidente espiègle. Plus sérieuse, elle cible les failles du mouvement féminin. La persistance de la pensée unique chez quelques transfuges de l’Unfa, l’opportunisme politique de certaines, la solidarité équivoque des partis politiques et les illusions fédératrices ont, à son avis, essoufflé le mouvement des femmes. Cependant, elle est loin de penser qu’il est mort. Comme d’autres militantes, elle estime que le travail sur le terrain, auprès des femmes, est l’unique moyen disponible actuellement pour poursuivre l’aventure. “Aider matériellement les femmes, les conseiller et leur dire qu’elles ont des droits conduit à les rendre maîtresses d’elles-mêmes”, martèle Mme Bellala. Ceci est notamment la mission du centre d’écoute juridique et psychologique de l’association dans l’aide des femmes victimes de violences. Pour avoir brisé le mur du silence autour des maltraitances, surtout conjugales, SOS comme d’autres associations ont incité les autorités à durcir les sanctions.

NADIA AÏT ZAI, DIRECTRICE  DU CENTRE D’INFORMATION  ET DE DOCUMENTATION  SUR LES DROITS DE L’ENFANCE  ET DES FEMMES (CIDEF) “IL FALLAIT CONSTRUIRE NOS PROPRES REVENDICATIONS EN DEHORS DES PARTIS POLITIQUES”
Son militantisme en faveur de la participation des femmes en politique semble en décalage avec les aspirations élémentaires des Algériennes, toujours aux prises avec un code retors et des mentalités classifiées. Mais Nadia Aït Zaï croit dur comme fer à la nécessité pour ses compatriotes d’avoir une place dans les institutions, sans doute la meilleure façon de faire entendre leur voix. Elle-même a été élue première adjointe au maire d’Alger-Centre en 1979. Militante berbériste, l’avocate a fait ses classes au sein des collectifs étudiants. Sur les campus, les jeunes filles voyaient déjà en l’Unfa une relique. “Cela ne veut aucunement dire que l’Unfa était mauvaise sur tous les plans. Elle a encouragé les femmes à adhérer aux syndicats et à se porter candidates aux élections. Mais, sa reprise en main par les conservateurs du FLN l’a totalement discréditée”, observe Mme Aït Zaï. En 1989, elle se retrouve au siège du CPVA à Alger autour d’une table avec les responsables d’autres associations (14 à l’époque sont inscrites à la wilaya) pour discuter du code de la famille. Mais, selon elle, la rencontre a échoué en raison de la persistance de certaines militantes structurées dans des partis politiques à demander le retrait du texte. En 1996, à l’issue des ateliers de Mechernène, des responsables d’associations, d’abord favorables aux amendements, sont retournées à leur position radicale d’abrogation. “Nous avons perdu trop de temps dans ce discours. Il fallait construire nos propres revendications en dehors des partis”, pense Mme Aït Zaï. De son avis, les associations, en de nombreuses fois, ont raté l’occasion d’arracher des acquis. Même quand le pouvoir était prêt à faire des concessions, surtout sous la pression de la communauté internationale. En 1995, l’Algérie assistait à la conférence des femmes à Pékin et ratifiait la Cedaw (Convention sur l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard des femmes). Une année plus tard, les ateliers de la ministre Mechernène étaient organisés. Maître Aït Zaï a pris part à l’atelier juridique où elle a siégé en qualité de rapporteuse. Les 22 propositions d’amendement ont atterri ensuite au siège de l’APN. Selon l’avocate, les modifications de 2005 sont très ressemblantes. “Est-ce nos modifications qui ont été sorties du tiroir de l’assemblée ?” se demande-t-elle songeuse. Peut-être bien que oui !

FERIEL LALAMI, ASSOCIATION  POUR L’ÉGALITÉ (APEL) “LES REVENDICATIONS DES FEMMES SONT IMPOPULAIRES”
Feriel Lalami ne fait pas partie de la génération des exilés du terrorisme. Elle a quitté l’Algérie bien plus tôt, en 1984. Avant de s’établir en France, elle a participé à la bataille des femmes visant à empêcher l’adoption du code de la famille. Sur sa terre d’accueil, elle s’est rendu compte rapidement que “les méfaits” de la loi de 1984 ont des prolongements en France, affectant la communauté émigrée. Le renouvellement des titres de séjour est refusé aux femmes dont les époux divorcent en Algérie. Des mamans et leur progéniture sont bloquées au pays par le seul fait que les maris ne veulent pas leur délivrer des autorisations de sortie. Des couples sont confrontés aux problèmes d’héritage et de kafala… Depuis sa création, Apel s’attelle à venir en aide aux victimes du code de la famille au sein de l’émigration.
Quand le terrorisme a déferlé sur l’Algérie, elle s’est consacrée à l’action humanitaire en servant de relais pour l’accueil des catégories de la population, menacées ou martyrisées, à l’instar des femmes violées par les hordes du GIA. Avec d’autres ONG, elle a également porté la parole des Algériens sur le macadam parisien, notamment celle des femmes. À ses yeux, le militantisme des associations féministes en Algérie pendant les années de feu et de sang est digne d’éloges. Sans vouloir paraître complaisante, elle assure que “les associations ont évolué difficilement à cause d’une double pression de l’État et des islamistes”. Aujourd’hui, selon elle, la marge de manœuvre est plus étroite. “Le contexte politique est difficile. Tout le tissu de l’opposition est déchiré”, note la militante d’Apel. Certes, elle admet que des dissensions au sein du mouvement existent. “Les divisions sont de l’ordre légitime de la différence d’opinion. Nous n’avons jamais eu l’intention de créer une Unfa bis”, commente-t-elle. Cependant, à son avis, les organisations ont su transcender leurs divergences et exprimer une solidarité sans faille face à des situations de détresse graves, comme l’affaire des femmes violées à Hassi Messaoud.
Par ailleurs, le redéploiement des associations sur le terrain social lui inspire beaucoup de satisfactions. “Les revendications des femmes sont très impopulaires. Face au discours de religiosité actuel, l’action sociale est un choix stratégique. Elle permet aux associations de continuer à exister”, pense Mme Lalami.
À ses yeux, la longévité qui distingue le mouvement des femmes en dépit des différentes tentatives d’anéantissement est un indice de sa témérité.

S. L.