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FLASH
  • Demi-finale retour de la ligue des champions africains: WAC 3-1 USMA (0-0 à l'aller)
  • Buts du WAC:El Karti (26′), Bencharki (54′ et 90'+3). Le but de l'USMA a été inscrit par Abdelaoui (67′)
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Foot / Enquêtes sport

Enquêtes sport

Témoignages de violences contre les femmes et les enfants

Sofiane avait onze ans. Battu par son père avec une barre de fer chauffée à blanc, il échappe, une première fois, à la mort avant d'atterrir un jour à la morgue. Attaché à une chaise, tout près d'une prise défectueuse, il est décédé par électrocution. Pour la justice, sa mort est accidentelle. Hafidh et Djamila ont respectivement huit et neuf ans. Leur père, un homme violent, les oblige à tendre la main aux passants. Pris en charge, pendant un temps par l'assistance sociale, les deux enfants sont contraints de retourner chez leur bourreau. Juridiquement, il n'existe aucune loi pour les protéger de sa cruauté. C'est leur tuteur légal. Ils lui doivent obéissance. Nadira a six ans. Martyrisée par son instituteur, elle rentre un jour à la maison, le visage tuméfié. Interpellé par les services de l'assistance sociale, I'enseignant nie tout. Il ne sera pas inquiété outre mesure. Hafid a quinze ans. Arrêté au domicile de ses parents puis conduit au commissariat où il est détenu pendant quatorze jours, le garçon sera menacé de mort, roué de coups et soumis au supplice du chiffon. Hakima a quinze ans. Violée et engrossée par son frère, elle est placée dans un centre d'accueil pour jeunes filles. C'est là-bas ou dans la rue que Hakima finira, sans doute ses jours car ses parents ne veulent plus d'elle. Wahiba a quinze ans, également. Un soir, des terroristes investissent le domicile de son oncle. Ils veulent l'emmener de force. Elle refuse.
Pour la punir, Wahiba est conduite dans une maison voisine et violée...Combien sont-elles ces Wahiba, ces Hakima, ces Sofiane... tous ces enfants d'Algérie à l'innocence violée et volée ? “Une société qui accule ses membres à des solutions de désespoir est une société non viable, une société à remplacer. Le devoir du citoyen est de dire”. Exhumée pour servir de préambule au recueil de tous ces témoignages insoutenables, cette citation de Frantz Fanon constitue le principal leitmotiv d'un groupe de femmes qui ont, grâce à leur ténacité et à leur solidarité, consigné dans une publication inédite autant de confidences douloureuses pour briser le mur du silence et de l'indifférence. Issues de différentes associations féminines, elles ont décidé, un jour d'octobre 2000, d'unir leurs rangs pour lever définitivement le voile sur les souffrances des franges les plus vulnérables de la société, les femmes et des enfants, et leur tendre la main. Le premier fruit de ce travail laborieux réside dans le recensement, dans un annuaire, de toutes les institutions gouvernementales et les ONG, spécialisées dans l'aide aux victimes des violences, Le second résultat, autrement plus percutant, a trait à ce recueil émouvant d'une cinquantaine de témoignages “choisis pour l'exemple”. “Pour des femmes comme vous et moi. Pour des enfants qui pourraient être les vôtres...”, a écrit Yasmine dans une préface poétique de l'ouvrage : Un livre blanc veiné de rouge. Pour ses rédactrices, “Faire ce livre, c'est refuser la complicité du silence, c'est participer à la réparation, c'est exprimer sa solidarité avec les personnes qui souffrent et contribuer à faire avancer l'idée que toutes les formes de violence sont inacceptables.” Aussi, le rappelleront-elles avec force jeudi, à l'occasion de la présentation du livre. Face à un large auditoire, réunies dans l'amphithéâtre de l'lnstitut supérieur de la magistrature, ces femmes d'horizons divers — médecins, sociologues, psychologues... — ont, de nouveau, longuement insisté sur le nécessaire éveil des consciences.
Peut-être Wassila, dont le réseau porte le nom, aurait pu échapper à son triste sort. Enfant d'un couple divorcé, Wassila, 26 ans, erre sans repères. Séduite, puis abandonnée, elle se retrouve enceinte et seule. Pour vivre, elle n'a pas d'autres choix, sinon s'adonner au plus vieux métier du monde. Après une tentative de suicide, et un séjour dans le centre d'hébergement de SOS femmes en détresse, elle disparaît en abandonnant son enfant. Badra a, quant à elle, 48 ans. Mère de sept enfants, elle est jetée à la rue par son mari en chômage et vit depuis dans un hangar. Aïcha a 17 ans. Fuyant le terrorisme, elle se réfugie avec le reste de sa famille chez son oncle. Mais ce dernier ne tarde pas à abuser d’elle. Placée comme une délinquante dans un centre de rééducation, elle reçoit un jour une visite de ses autres oncles qui lui demandent de pardonner à leur frère. Badra est une femme au foyer. Son mari, imam de son état, ramène des terroristes à la maison. Il les héberge, Pendant son absence, I'un d'eux viole son épouse. Shahrazad est professeur d'éducation physique. Un jour, alors qu'elle se rendait à son lieu de travail, elle est bousculée puis aspergée d'essence. Bachira a 35 ans. Secrétaire de direction, elle subit un harcèlement sexuel de la part de son supérieur. Personne ne la croit. Ses collègues la désavouent. Houda, 28 ans. Croyant accompagner son fiancé chez sa belle-famille, elle sera kidnappée par lui et détenue durant de longs mois au maquis. Le fiancé est, en fait, un terroriste. Nacéra travaille comme femme de ménage à Hassi-Messaoud. À l'instar de beaucoup d'autres, elle est victime d'une descente punitive. Elle sera enterrée vivante...

S. L.