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Taoufik Makhloufi à“Liberté”

“J’accuse M. Tahmi !”

©D. R.

Le champion olympique Taoufik Makhloufi revient dans cet entretien exclusif qu’il nous a accordésur la polémique avec le ministère des Sports à propos du blocage de sa subvention. L’athlète algérien lance un défi et promet de revenir en force, comme il l’explique

Liberté : Cela fait longtemps que vous ne vous exprimez plus dans la presse, alors que la polémique enfle à votre propos.Où est-ce que vous êtes exactement actuellement ?
Taoufik Makhloufi :
En fait, je suis en Californie, dans un centre de préparation, pour un stage bloqué en perspective du prochain championnat du monde qui se déroulera le mois d’août prochain à Pékin. Cela fait presque un mois que je suis aux états-Unis.

Justement, pourquoi ce choix de la Californie, alors que d’habitude vous vous préparez au Kenya ?
C’était prévu que j’effectue un stage de préparation à Adinkerke, le 5 décembre dernier.
La Fédération d’athlétisme a préparé le dossier qu’il faut pour l’envoyer au ministère des Sports. Il est mentionné dans ce dossier le lieu du stage, la durée, le coût du stage et aussi les différentes charges, mais grande fut ma surprise lorsque j’ai su à travers la FAA que le ministre des Sports était en train de me mettre les bâtons dans les roues, en sortant à chaque fois de faux prétextes pour éviter de débloquer la subvention. D’ailleurs, j’ai été informé de tout cela par le DTN.

Pouvez-vous être plus explicite à ce sujet…
D’abord, ils m’ont informé que je dois changer d’hôtel, puisque l’hôtel selon eux, celui que j’ai choisi, n’est pas bien. Par la suite, la tutelle a trouvé le moyen de s’immiscer même dans mon travail. Pourquoi prends-tu deux lièvres et un masseur ? Ne prends pas ceci, ne prends pas cela, des choses vraiment bêtes qui ont été inventées dans l’unique but de me pourrir la vie et de ne pas me laisser travailler dans la sérénité.

Mais M. Tahmi, le ministre des Sports, a affirmé récemment à Liberté que le problème de Makhloufi a été réglé, que l’argent est prêt mais que c’est vous qui avez précipité les choses ?
Je démens catégoriquement ce qui a été dit par le ministre. C’est vrai que j’ai été reçu par M. Tahmi, il m’a demandé des explications, il m’a dit c’est quoi cette histoire de stage, et qu’est-ce que je veux réellement, je lui ai tout raconté de A à Z, à propos du stage, des moyens mis à ma disposition pour le bon déroulement du stage, puisqu’il s’agit là de préparer une importante compétition, en l’occurrence le Championnat du monde d’athlétisme où j’aspire d’ailleurs au podium. Il m’a promis de voir de plus près ma situation. Sur ce, on s’est quitté. J’ai attendu plusieurs jours, mais je n’ai rien vu venir de la part du ministère. Quand j’ai compris les tergiversations du ministère, j’ai décidé de prendre les choses en main tout seul. J’ai parlé à maintes reprises avec des personnes du ministère, mais la situation n’a pas évolué d’un iota. C’est plutôt l’indifférence.

Mais comment avez-vous fait pour couvrir tous les frais du stage ?
Pour être sincère avec vous, je ne pouvais pas les attendre éternellement, j’ai senti qu’ils se foutaient de ma gueule, alors j’ai décidé d’agir tout seul. Le stage de Californie m’a coûté les yeux de la tête, j’ai payé tous les frais de ma poche, le billet et la prise en charge ici en Californie. Je ne pouvais pas attendre alors que les mondiaux d’athlétisme pointent à l’horizon. J’ai pris en charge aussi le masseur et mes deux lièvres qui m’ont accompagné aux USA.
Malheureusement, comme je ne pouvais pas tout faire seul, les deux athlètes sont rentrés au pays faute d’argent. Ici, la vie est très chère, c’était impossible pour moi de les prendre en charge pour une longue durée. Maintenant, je ne vous cache pas que je n’ai pas le moral, je n’applique pas mon programme à 100%.

Selon vous, pourquoi la tutelle a-t-elle agi de la sorte, dans quel intérêt ?
Aucune idée, pourtant je suis un champion olympique, je mérite plus de considération de la part des autorités concernées, mais malheureusement c’est le contraire qui se produit. Figurez-vous que ce n’est pas la première fois que je suis confronté à ce genre de problèmes, même avant mon sacre olympique, personne n’a cherché après moi pour la préparation des JO, j’ai pris mes bagages, je n’ai même pas fait de réservation, j’ai acheté un billet avec mes propres moyens et je suis parti au Kenya, je suis resté douze jours, grâce à mon entraîneur de l’époque, j’ai pu m’entraîner avec des athlètes de haut niveau. Je passais la nuit dans des maisons précaires ! Personne ne s’est soucié de mes conditions d’hébergement à l’époque alors que je me préparais pour les JO de Londres.
Moi je sais une chose, depuis toujours je savais ce que je faisais, depuis l’âge de quatorze  ans, je savais qu’un jour je serais un champion olympique ou un champion du monde, j’ai toujours pris les bonne décisions, j’ai changé d’entraîneur, j’ai toujours choisi les bons endroits pour m’entraîner. Je n’ai pas demandé la lune.  Un athlète de haut niveau doit être soutenu financièrement et moralement par le ministère de son pays ce qui n’est pas le cas malheureusement. Je veux juste préciser que le président du COA, M. Berraf, me soutient. Je remercie la bonne volonté de M. Berraf mais mon problème ne se situe pas à son niveau mais plutôt du côté du ministère.

Depuis que vous êtes en Californie, personne n’a pris attache avec vous du côté de la tutelle de la Fédération d’athlétisme ?
Du côté de la fédération, ils sont toujours en contact avec moi, mais en ce qui concerne le ministère, je vous assure que personne n’a pris la peine de prendre de mes nouvelles. Je  pense que les responsables de notre ministère ne connaissent rien au haut niveau.
Rien ne présage que la situation va s’améliorer du moment que la Fédération d’athlétisme m’a informé à travers le DTN, Ahmed Boubrit, que tout est bloqué au niveau du MS !

Donc selon vous, c’est M. Tahmi, le ministre des Sports qui est derrière tout ça ?
Exactement, j’accuse le ministre des Sports, qui n’a rien fait pour me faciliter la tâche.
En fait, il n’agit pas tout seul, il y a aussi ses conseillers ! Entre autres, le responsable des la préparation des équipes nationales.

Sincèrement Taoufik, avec tous ces couacs, qu’allez-vous faire ?
Pour tout vous dire, je ne sais pas exactement quoi faire. Je pense que je serais obligé de rentrer à Alger.
Que chacun assume ses résponsabilités. Mettez-vous à ma place, je suis un champion olympique et je me prépare pour une grande compétition internationale avec mes propres moyens ! Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, personne ne me soutient, que ce soit moralement ou financièrement, c’est pénible pour un athlète qui a tout  donné  à son pays et qui je pense a donné beaucoup de joie au peuple algérien.

Quel message adressez-vous au ministre des Sports, M. Tahmi ?
Je lui dirais une chose, c’est aux responsables de se soucier des athlètes de haut niveau, pas le contraire. Apparemment, ils ne connaissent  rien du tout au haut niveau. J’ai pris mon mal en patience, je ne voulais pas en parler, mais il y a des limites à tout.
À un moment, on  ne peut plus tenir le coup, c’est pour cette raison que j’ai décidé de cracher le morceau et de tout dévoilé. C’est pour ça que je voulais éclairer l’opinion publique de ma situation. Je n’ai que 26 ans, et il me reste encore du chemin à faire, s’ils veulent m’envoyer à la retraite, ils n’ont qu’à me le dire. Je peux encore donner à mon pays, il y a les Mondiaux d’athlétisme, en plus des prochains Jeux olympiques de Rio en 2016. J’ai réalisé plusieurs performances que ce soit au 1500 m et au 800 m en présence des meilleurs athlètes de la spécialité pour vous dire qu’il ne faut pas m’enterrer si vite. Je suis resté presque deux années sans compétition pour des raisons que tout le monde connaît, j’ai eu le mérite de revenir encore plus fort, et à la fin, tu ne trouves personne pour te soutenir, c’est de l’ingratitude pure et simple. Si c’était avant que je ne réalise ces performances, j’aurais compris l’attitude du ministère, mais maintenant que j’ai prouvé ce que je vaux ils trouvent le moyen de me mettre les bâtons dans les roues. Je ne trouve vraiment pas d’explications à ce comportement.

On vous laisse le soin de conclure….
Je dis une chose, celui qui veut me faire du mal, je le laisse lui et sa conscience. Je lui dis une chose, il y a le bon Dieu qui est avec moi. Ce que je peux faire avec mes moyens je le ferai, je suis un compétiteur, et ce n’est pas ce genre de comportements qui vont mettre un coup de frein à mes ambitions.

SAMIR LAMARI ET SOFIANE MEHENNI