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FOOT / Entretien foot

Djamel Haïmoudi, ancien arbitre international, à Liberté

“Zetchi a juré que je ne rejoindrai pas la CFA !”

©D. R.

Cela fait plus de deux ans et demi qu’il a quitté le pays pour s’installer à Paris. Djamel Haïmoudi nous a accueillis à bras ouverts chez lui à Goncourt, dans le 10e arrondissement. Comme à son habitude, il ne s’est pas empêché de parler de l’actualité du football algérien où il s’est prêté volontiers à nos nombreuses questions et révèle des choses importantes à lire dans cet entretien exclusif.

Liberté : La CFA vient de suspendre des arbitres respectivement à 4 et 8 matchs. Quelle lecture faites-vous de ces suspensions ?
Haïmoudi Djamel :
D’abord, il faut savoir qu’on ne suspend pas des arbitres pour des fautes d’appréciation qui n’influent pas sur le résultat technique du match. Ensuite, la suspension est déterminée par les mois et non par les matchs conformément au règlement de l’arbitre et de l’arbitrage et son code disciplinaire. C’est mentionné clair et net que les arbitres sont sanctionnés par les mois et non par les matchs. C’est une énième dérive de la CFA. Je viens d’apprendre qu’ils ont créé une commission de discipline indépendante de la CFA. Vous savez, il s’agit là d’une flagrante contradiction, car à la FIFA, il n’existe pas de commission de discipline des arbitres indépendante de la commission d’arbitrage. Il faut revoir les sanctions des arbitres et éviter d’enfreindre les statuts de la FIFA.

Selon vous, qu’est-ce qui a poussé la CFA à agir de la sorte ?
C’est juste pour faire du populisme et montrer qu’elle est là. En principe c’est par rapport aux rapports des évaluateurs qu’on suspend les arbitres, mais aujourd’hui, force est de constater que les évaluateurs sont souvent dépassés et ne sont plus d’actualité. Si un évaluateur juge que l’arbitre a fauté et que, finalement, cet évaluateur s’est trompé car il ne connaît pas les nouvelles lois, pourquoi dans ce cas-là sacrifier l’arbitre et non les évaluateurs ?

Vous voulez dire que des décisions importantes doivent être prises pour sauver l’arbitrage, c’est ça ?
Aujourd’hui, j’ai constaté qu’il y a un grave dérapage des évaluateurs et de la CFA qui ne les contrôle plus. Je vais vous révéler une chose : la plupart des évaluateurs pour ne pas dire tous puisent leur jugement à travers les analyses du consultant de la télévision nationale. Ce qui est très grave, car un arbitre est jugé à travers 90 minutes sur un match et pas sur une ou deux actions litigeuses montrées en 45 secondes sur l’écran. Et je me demande pourquoi on paye les évaluateurs pour passer à côté de leur boulot. Il faut que la FAF s’attaque à ce mal qui ronge l’arbitrage. Il y a trop de complaisance dans les rapports des évaluateurs qui veulent garder leurs privilèges au détriment de la neutralité et de l’impartialité. Certains ont quitté l’arbitrage il y a plus de 20 ans, que font-ils dans le corps des évaluateurs, alors que la FIFA procède aux amendements des lois chaque saison ?

Ne pensez-vous pas que ces évaluateurs ont causé beaucoup de mal aux arbitres ?
Je le confirme. Je l’étayerai par le cas de cet arbitre sacrifié à cause justement d’un évaluateur, en l’occurrence l’arbitre M. Bachir de Aïn Témouchent ayant démissionné à cause d’une note illégale attribuée par un évaluateur complètement dépassé par les événements. Pourquoi ils ont divulgué la note de l’évaluateur censée être confidentielle ? Bachir, qui reste un très bon arbitre, a claqué la porte pour dénoncer la horgra dont il a été victime. Amalou n’a même pas pris la peine de lui téléphoner pour le persuader de revenir sur sa décision. Voilà comment est géré l’arbitrage.

Amalou a justement affirmé récemment au symposium qu’il n’y a pas de différence entre un évaluateur de grade “Inter ligue” et un ancien international. Quel commentaire faites-vous ?
Il dit n’importe quoi. La FIFA n’a qu’à prendre les arbitres de grade inter-ligue pour faire l’évaluation en Coupe du monde. Il parle comme ça pour avoir les évaluateurs sous sa coupe pour les manipuler comme il veut, c’est tout, il n’y a aucune autre explication à donner à cette dérive. Un arbitre “inter-ligue” formera en inter-ligue, il ne peut pas faire sortir un mondialiste. C’est un international qui fera sortir un mondialiste comme cela se fait partout dans le monde, et ce, en raison de son vécu dans les grandes compétitions internationales et sa riche expérience théorique et pratique sous la tutelle de la FIFA.

Pourquoi l’Algérie est devenue absente des grandes compétitions internationales ?
Tout simplement, il y a trop d’intérêts personnels dans l’arbitrage. Chacun vient défendre ses acquis, il se fiche de la représentation internationale. Ils ne sont là que pour se servir, le reste ne les intéresse pas. Il y a Abid-Charef, l’arbitre qui cache la forêt, mais personne n’est en mesure de le prendre en charge, aucun membre de la CFA actuelle ni d’avant n’avait participé à une CAN ou un Mondial. Comment voulez-vous qu’ils forment des grands arbitres internationaux, Bennouza et moi, ce sont Belaïd Lacarne et Rachid Medjiba qui nous ont formés. L’arbitrage ne progresse jamais, tant qu’il y a des pseudo personnes qui gèrent l’arbitrage en dehors de la commission. Ils influent directement sur les décisions de la CFA, ils sont connus de tous et participent même aux désignations des arbitres. Amalou compose avec eux, c’est ça le drame, je ne sais pas pourquoi il a peur d’eux.  

Zetchi a affirmé lors de son élection qu’il fera appel à toutes les compétences et qu’avec lui l’exclusion est finie. Qu’en pensez-vous ?
J’ai entendu ça, mais sur le terrain, c’est tout autre chose, c’est le contraire qui se passe. Il y a beaucoup de compétences qui sont exclues et marginalisées, il n’y a pas que Haïmoudi, il y a Bennouza, Bichari, Houasnia qui peuvent beaucoup donner, eu égard à leur riche parcours. Il y a Medjiba aussi. Pourquoi tous ces gens ne sont pas sollicités par Zetchi ? Posez-lui la question. En Algérie, on n’a pas encore un vrai responsable de l’arbitrage, et ce, depuis le départ des Medjiba, Bergui, Lacarne et autres.

M. Haïmoudi, on dit que Zetchi vous en veut à cause du fameux match CAB-PAC décisif pour l’accession en Ligue1, que vous aviez dirigé et qui a vu le CAB décrocher son billet d’accession. Est-ce vrai ?
Je ne peux pas me prononcer, mais je peux vous confirmer que deux membres du bureau fédéral m’ont appelé et m’ont dit que Zetchi nous a dit tant qu’il sera à la tête de la FAF, Haïmoudi n’y mettra pas les pieds, ça c’est une certitude. C’est vraiment très grave, comme si la FAF était une propriété privée.

D’après vous, pourquoi cet acharnement contre votre personne et pourtant vous avez honoré l’Algérie au Mondial 2014 ?
Zetchi est venu pour travailler le football et l’arbitrage algérien, pas pour travailler telle ou telle personne. Jusqu’à maintenant, on n’a rien vu de ce qu’il a promis, c’est toujours la débandade à tous les niveaux, il n’y a aucune amélioration notable. On n’a pas encore vu son programme.
 
Est-ce normal qu’Amalou ne soit pas un élu à la FAF, il a plus de poids à la CFA que son président Mohamed Ghouti ?    
Tant que Zetchi lui fait confiance, ça veut dire qu’il se fiche des membres du bureau fédéral, ce n’est pas normal tout ça, rien ne fonctionne réglementairement à la FAF.

On dit aussi que l’arbitrage est géré derrière les murs de la FAF…
J’ai entendu, moi aussi, que l’arbitrage n’est pas géré au siège de la FAF et que tout se fait en dehors, y compris la sulfureuse commission de désignation. C’est pour ça que l’arbitrage n’est pas bien pris en charge. Les arbitres souffrent énormément de l’aspect psychologique, pour la simple raison qu’il n’y a plus de confiance entre les responsables et les arbitres dont beaucoup sont exclus et marginalisés d’une manière incorrecte. La démission du jeune arbitre M. Bachir et son juge assistant et le récent départ d’Amine Bennouza en France démontrent qu’on ne travaille pas pour les arbitres, il n’y a que les privilégiés qui sont désignés, ce sont les mêmes qui sont désignés. À part Hansal, un nouveau, le reste est le même. Où sont passés les jeunes arbitres promus ? La commission de désignation ne leur fait pas confiance.

Il y a un grand conflit entre Amalou et Ghouti qui a menacé de se retirer au cas où Amalou continuerait de l’ignorer. Pourquoi Amalou refuse-t-il de travailler avec Ghouti qui est un élu et président de la CFA ?
Parce que le responsable de la FAF l’a voulu comme ça. Ghouti dirige la commission de formation et Amalou la désignation, c’est un non-sens, ça veut dire que Ghouti n’a pas toutes les prérogatives de la CFA, ce qui est anormal. Je pars du principe qu’un président de la CFA doit tout chapeauter. Amalou doit lui rendre compte, Ghouti doit impérativement s’impliquer dans la désignation des arbitres, c’est le patron de la CFA, il ne peut rester indéfiniment un trois quarts de président, Amalou doit collaborer avec lui, et ne pas se comporter comme un Zorro.

On dit que vous aviez repris langue avec Raouraoua, d’où vos attaques virulentes contre Zetchi. Qu’en dites-vous ?  
D’abord, il y a une grande différence entre les deux hommes sur tous les plans. Ensuite, bien que je n’aie pas été sollicité par Raouraoua, cela est resté dans le respect total entre nous. Il a donné beaucoup à l’arbitrage et au football national, on lui doit du respect, et ça personne ne peut le nier, je ne suis pas novice pour que je sois manipulé, on a du respect mutuel, j’ai travaillé avec lui durant son mandat, donc on a partagé de bons moments ensemble. Il reste un président qui a donné beaucoup au football algérien, on ne peut pas nier ça. Ce n’est pas le cas de Zetchi, avec lequel je n’ai jamais travaillé. Je reste toutefois sur mes principes. Le football est malade de ses responsables, à commencer par les présidents des ligues régionales et de wilaya, qui sont le mal du football. Ils n’ont jamais donné la chance aux arbitres du Sud, alors qu’à Ouargla, Béchar, Laghouat, il y a de très bons arbitres marginalisés par la CFA. L’État doit intervenir pour prendre en charge l’arbitrage et éliminer les intermédiaires qui font mal à l’arbitrage. Je veux ajouter autre chose.

Allez-y...
On a Abid-Charef, présélectionné au Mondial russe, et Mustapha Ghorbal derrière lui, logiquement, ce sont Lotfi Bekouassa et Lahlou Benbrahem qui viennent derrière, car ils ont pris part à des stages de jeunes talents à la CAF, qui ont été illogiquement dégradés par celui qui a détruit l’arbitrage les dernières années au profit de Boukhalfa. Ils ont cassé deux très bons arbitres qui devraient passer dans la liste pré-élite de la CAF. Cela veut dire qu’il y a des arbitres qui ont brûlé les étapes à l’échelle internationale, la FAF doit intervenir auprès de la CAF pour les rétablir dans leurs droits.

On vous laisse le soin de conclure.
Je reste très pessimiste dès lors que Zetchi a désigné deux têtes pour la même commission d’arbitrage, c’est du jamais vu depuis 1962.  

Entretien réalisé à Paris par : RACHID ABBAD


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