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A la une / Entretien

le ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels, mohamed mebarki, à liberté

“Atteindre 60% des effectifs en formation diplômante d’ici à 2020”

©Zehani/Liberté

Dans cette interview, le ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels, Mohamed Mebarki, revient sur la particularité de la rentrée 2016/2017 et sur les nouvelles spécialités, considérées prioritaires par le gouvernement. Il s’exprime aussi sur les raisons du manque de main-d’œuvre qualifiée, ainsi que sur ces métiers et formations boudés par les jeunes. Le ministre n’exclut pas, par ailleurs, l’idée du lancement du bac professionnel.

Liberté : Monsieur le ministre, la rentrée, dans votre secteur est prévue pour le 25 septembre prochain. En quoi cette session se distingue-t-elle des précédentes ?
Mohamed Mebarki :
La rentrée de cette année intervient dans un contexte politique particulier, marqué par le début de la mise en œuvre des dispositions de la nouvelle Constitution, mais également dans une situation socioéconomique caractérisée par une crise économique mondiale et la chute des prix du pétrole. Cette situation a amené l’Algérie à mettre en place un nouveau système économique, basé sur la diversification de l’économie nationale, en donnant la priorité notamment aux filières de l’agriculture, du tourisme et de l’industrie. L’orientation nouvelle de l’économie s’appuie aussi sur le développement des investissements et de la production nationale, ce qui nous amène à améliorer et à valoriser la formation des ressources humaines nationales, en privilégiant, dans notre démarche, la rationalisation de l’utilisation des moyens.
Pour prendre en charge la demande sociale de formation, le secteur a donc mobilisé tous les moyens nécessaires en infrastructures, équipements techniques et scientifiques, et encadrement pour assurer une bonne rentrée 2016/2017. Déjà pour l’année qui s’écoule, le secteur avait consacré plus 67 000 fonctionnaires, dont 27 000 postes pour l’encadrement technique et pédagogique, et plus de 1240 établissements formant dans 442 spécialités, sanctionnées par des diplômes, ainsi que 126 spécialités sanctionnées par des attestations de qualification.

D’autres moyens sont-ils prévus pour cette rentrée ?
Des moyens supplémentaires seront en effet rajoutés, cette année, notamment la mise en fonctionnement de 15 établissements, qui viennent se greffer aux 1240 INSFP, CFPA, IEP et annexes déjà fonctionnels ; la mise en position d’activité de 1393 formateurs recrutés et ayant terminé leur formation pédagogique ; l’installation et la mise en fonctionnement de 66 équipements technico-pédagogiques dans des spécialités nouvelles ; la programmation de 134 équipements technico-pédagogiques à réceptionner à partir de décembre 2016, et l’entame de la procédure d’acquisition de 200 sections d’équipement, qui seront livrées au cours de l’année 2017, ainsi que des équipements pour la généralisation de l’utilisation des TIC à tous les niveaux : pédagogie, administration, gestion financière et comptable.
Pour cette rentrée, l’offre globale se situe autour de 430 000 postes de formation nouveaux, dont plus de 17 000 dans les établissements privés. Cette offre se répartit en formation diplômante pour 300 000 postes, et en formation qualifiante pour 130 000 postes. Dans cette offre, la formation par apprentissage, que nous favorisons, représenterait plus de 50% par rapport à l’offre de formation diplômante. S’agissant des dispositifs de formation et des catégories particulières, l’offre de formation totalise 110 000 postes de formation.
À ceux-là s’ajoutent quelque 1300 postes de formation, au titre de l’enseignement professionnel, au niveau des instituts d’enseignement professionnel : IEP de Batna, IEP de Béni Mérad-Blida, IEP de Ali Mendjeli-Constantine, IEP d’El-Eulma-Sétif, IEP de Biskra, IEP d’Arzew, IEP de Sétif. Là aussi, il y a lieu de remarquer que le nombre d’IEP passe de 5 en 2015, à 7 en 2016.
Je voudrais rappeler qu’à l’issue des 15 conférences tenues sur le sujet, en 2015, nous nous sommes fixé l’objectif d’atteindre 60% des effectifs inscrits en formation diplômante, dans un délai de trois ans.

De nouvelles spécialités sont introduites, cette année, pour répondre aux besoins de l’économie. Pourriez-vous nous en dire plus là-dessus et sur l’encadrement ?
La diversification des offres de formation intervient dans le cadre de  la modernisation et de l’actualisation des méthodes, pour répondre efficacement aux besoins du développement économique et en priorité, aux besoins de la conjoncture économique actuelle.
C’est pourquoi, l’introduction de nouvelles spécialités, de manière permanente, dans la nomenclature des filières et spécialités, est une nécessité, car la formation professionnelle évolue avec les techniques et les métiers, notamment du fait de la révolution technologique dans le numérique.
À l’occasion de cette rentrée, toutes les wilayas ont élargi leur offre, en termes de spécialités, en puisant dans la nomenclature nationale, qui compte aujourd’hui plus de 440 spécialités. Au niveau national, cette rentrée couvre 398 spécialités sanctionnées par des diplômes, incluant les 22 branches professionnelles (254 en mode résidentiel et 144 en apprentissage) et 76 spécialités qualifiantes (certificat de qualification).
L’amélioration de la prise en charge des actions de formation dans les filières considérées prioritaires par le gouvernement (industrie, BTP, agriculture, hôtellerie tourisme) est poursuivie, puisque les offres prévues montrent que ces filières seront développées dans les 48 wilayas. 7,5 % de l’offre globale va à l’agriculture et industrie agroalimentaire, 15% à l’artisanat et hôtellerie, 20 % aux métiers de l’industrie (construction  métallique et construction sidérurgique), etc. Mais, nous continuerons de prendre en charge les besoins en formation exprimés dans le cadre de la mise en œuvre des conventions, comme celle conclue avec le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche (MADRP), relative aux centres d’excellence dans les wilayas de Biskra, Bouira, Khenchela, Oran, El Oued, Mascara et Aïn Defla.

Malgré tous les moyens mis en œuvre depuis l’indépendance, l’Algérie souffre encore de l’inadéquation entre la formation professionnelle et l’emploi, mais aussi du manque de main-d’œuvre qualifiée. L’entrée des nouvelles spécialités et des formations à la carte résoudra-t-elle le problème ?
L’adéquation de la formation avec l’emploi doit rester un de nos objectifs permanents. Dans ce sens, nous avons toujours souhaité organiser le suivi des sortants des établissements, pour connaître les performances de notre secteur, face à cette problématique. Aujourd’hui, il est demandé d’approfondir avec l’ANEM l’étude qu’elle a publiée en avril dernier, qui met en relief les spécialités connaissant des difficultés de recrutement.
Dans notre action, on insiste beaucoup sur l’amélioration de l’employabilité des diplômés, mais nos objectifs visent aussi à amener les jeunes à créer leur propre entreprise, à travers des formations spécifiques et par l’accompagnement, par les dispositifs de l’Etat au soutien de création d’entreprises. L’étude de l’ANSEJ montre que 60% des porteurs de projet sont des diplômés de la formation professionnelle ; c’est un bon résultat qu’il faut préserver, notamment en mettant en place un dispositif de parrainage des diplômés, par les entreprises partenaires, pour les accompagner dans la maturation de leur projet de création d’entreprises.

Certains métiers et formations, comme la plomberie ou la maçonnerie, ne sont pas assez valorisés et sont même boudés par les jeunes, alors qu’ils sont censés répondre aux besoins urgents, surtout des ménages et des collectivités locales. Qu’avez-vous décidé dans ce domaine pour y remédier ?
Nous constatons effectivement des contradictions de ce genre, et certains métiers, très demandés, mais considérés “pénibles”, comme dans l’agriculture ou le bâtiment, sont boudés par les jeunes. Vous avez cité l’exemple le plus typique qui est celui du plombier. En ce qui nous concerne, je peux vous affirmer que plus de 400 établissements dans le pays assurent des formations en plomberie, mais les sections pouvant fonctionner avec 20 stagiaires n’accueillent pas plus de la moitié.
C’est un métier qui “paye bien”, surtout quand le plombier est installé à son compte, ce qui est facile à réaliser avec l’aide des dispositifs de l’État (ANSEJ, CNAC…), mais il est boudé.  C’est le cas d’autres métiers et domaines, pour lesquels la formation professionnelle mobilise les moyens les plus modernes, sans connaître l’engouement espéré. Ceci m’amène à penser que l’explication n’est pas dans la stratégie de formation ou de communication, mais qu’elle est de nature sociétale.

Une dernière question : à quand le bac professionnel ?
D’abord, je précise que le bac professionnel ne concerne pas la formation professionnelle, mais l’enseignement professionnel. Ensuite, je dirai que la vraie problématique est la situation de l’enseignement professionnel, qui est un cursus créé depuis la réforme du système éducatif, pour accueillir près de 30% des élèves admis au cycle secondaire. Ce cursus devait prendre en charge aussi les enseignements techniques, autrefois assurés par l’éducation nationale et sanctionnés par des bacs techniques. C’est un cursus très important à développer et à offrir aux admis aux cycles post-obligatoire, aux côtés des autres cursus d’enseignement et de formation.
Force est de constater que l’enseignement professionnel, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, ne répond pas aux attentes et objectifs qui lui ont été assignés. Les raisons sont nombreuses, en particulier l’impossibilité pour les élèves de ce cursus d’accéder à l’université, en l’absence de baccalauréat. Le bac professionnel est ainsi suggéré comme solution, comme dans beaucoup de pays, même les plus développés.
Mais, d’autres solutions existent pour permettre aux élèves de l’enseignement professionnel de poursuivre un enseignement supérieur professionnel. La réflexion est en cours pour développer ce cursus, qui participera à mieux appréhender la question de l’orientation post-système obligatoire, largement responsable des déperditions scolaires au lycée.

Interview réalisée par : Hafida Ameyar


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