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A la une / Entretien

Laurent Stefanini, représentant d’Alain Juppé à Alger, à “Liberté”

“Cesser de faire des thèmes du FN le centre de gravité du débat public”

© D.R.

Laurent Stefanini est, depuis deux semaines, le représentant d’Alain Juppé à Alger pour l’élection primaire de la présidentielle française de 2017. De retour de Paris depuis trois jours, il analyse ici les résultats des élections régionales en France, notamment la percée historique du Front national due, selon lui, à “un profond rejet” de la gouvernance du PS. Il relève, toutefois, que “les Républicains n’en bénéficient pas vraiment”. Entretien.  

Liberté : Question inévitable pour commencer cet entretien : comment peut-on analyser, selon vous, les résultats des élections régionales en France, en n’oubliant pas ceux du premier tour ?
Laurent Stefanini : Je pense que vous avez raison de souligner qu’il ne faut absolument pas négliger les enseignements du premier tour. Certes, au final, l’extrême droite ne présidera aucune région et je m’en félicite. Mais le premier tour a témoigné d’un profond rejet de l’actuel pouvoir sans que les Républicains en bénéficient vraiment. Nous devons, désormais, nous atteler à construire une alternative crédible. Ce n’est pas encore le cas.

Les votes favorables au FN sont portés, au moins pour une part non négligeable, par les jeunes. On peut penser alors que cette ascension électorale de l’extrême droite n’est pas soutenue seulement par des considérations conjoncturelles, qu’elles soient d’ordre sécuritaire ou socioéconomique. Cette percée n’est-elle pas l’effet d’une lame de fond qui serait en train de  travailler la France, voire l’Europe ? Une nouvelle France, beaucoup moins attachée à ses valeurs fondatrices, ne serait-elle pas en train de voir le jour sous nos yeux ?
Une grande partie de la jeunesse française est désorientée. La difficulté à entrer sur le marché du travail est patente. Un jeune sur quatre est au chômage. Je ne crois pas que la jeunesse française renonce aux idéaux qui ont fait la grandeur de la France. Mais elle a le sentiment d’une impuissance publique et peut être sensible à des discours simplistes.
François Hollande avait annoncé que redonner espoir à la jeunesse française serait l’une de ses priorités. Aujourd’hui, objectivement, c’est un échec.

Entre les deux tours, Nicolas Sarkozy, contrairement au Parti socialiste, avait refusé, à la fois, le retrait des listes des Républicains arrivées en 3e position et la fusion de ces dernières avec celles du PS pour faire barrage aux candidats du FN. On en a vu les premières conséquences, sous forme de premières fissures chez les Républicains, immédiatement après l’annonce des résultats du second tour.

Que vous inspire l’exclusion annoncée de NKM du bureau politique des Républicains ? Signifie-t-elle que M. Sarkozy cherche à mettre de la cohérence au sein de votre parti ou trahit-elle quelque volonté de mainmise sur celui-ci en prévision des primaires ?    
NKM n’a pas été exclue du bureau politique mais elle quitte sa fonction de n°2 du parti. Je déplore tout ce qui peut donner le sentiment que le débat est impossible ou même dangereux au sein des Républicains. La vocation d’un parti politique est de rassembler et non de se replier sur son noyau dur.

M. Stefanini, vous êtes le représentant d’Alain Juppé à Alger pour les élections primaires de la droite et du centre pour la présidentielle de 2017. Vous savez sans doute les appréhensions que suscite la progression des scores du FN chez beaucoup de Français, mais surtout chez les Algériens de France et, au-delà, de tous les étrangers établis dans votre pays. Hormis la formule des arrangements strictement électoraux, convenus dans l’urgence entre deux tours, et dont on ne sait pas s’ils seront toujours productifs, que propose le candidat que vous représentez pour renforcer la résilience de la France face à la montée de l’extrême droite, la thèse du fameux “plafond de verre” étant désormais définitivement battue en brèche ?
Je pense qu’il faut d’abord cesser de faire des thématiques portées par le FN, le centre de gravité du débat public. Relayer sans cesse les problématiques posées par le FN ne peut que renforcer ce dernier : immigration, insécurité…  Sans nier les inquiétudes réelles des Français, il est nécessaire de ne pas focaliser le débat sur ces seules questions et, pis encore, de les lier. La croissance atone, le chômage de masse, la perte d’influence de la France en Europe, voilà les vrais défis que nous devons relever. Je suis un partisan de la stratégie du cordon sanitaire qui était celle de Jacques Chirac : ni connivence sur les thèmes ni alliance électorale bien sûr avec ce parti. Les électeurs préfèreront toujours l’original à la copie. Alors, cessons cette surenchère et essayons de répondre aux problèmes des Français en ne versant pas dans le populisme. C’est à mon avis le meilleur moyen de contenir le FN. Je rappelle que lorsque Jacques Chirac présidait, le FN n’a jamais atteint la barre des 20%.

Autour de quels thèmes comptez-vous mener votre campagne auprès des Français établis en Algérie pour les convaincre de porter la candidature de M. Juppé plutôt que celle de M. Sarkozy ou de l’un des autres prétendants ?
Alain Juppé accorde une grande importance aux Français de l’étranger. Au sein de son équipe de campagne, Erwan Davoux coordonne les comités de soutien qui se créent un peu partout dans le monde. Il a une vraie affection pour la 9e circonscription des Français de l’étranger dont il est originaire. Alain Juppé veut une France qui protège ses ressortissants, mais ouverte sur le monde. Le repli national n’est en aucun cas la solution. Alain Juppé veut une France rassemblée et unie. “La France est riche de sa diversité”, disait Jacques Chirac. Alain Juppé évoque l’“identité heureuse” pour désigner une France où chacun trouve sa place et est fier d’appartenir à la communauté nationale, quelle que soit son origine ou sa religion. Une France inclusive dès lors que l’on respecte les valeurs de la République et la loi votée par le Parlement.

Des observateurs estiment que M. Juppé reste un peu effacé comparativement à son principal rival, Nicolas Sarkozy, qui a certes l’avantage d’une meilleure visibilité en sa qualité de chef de parti. Ce retrait relève-t-il d’un choix, mais ne risque-t-il pas de le desservir ?  
Alain Juppé préfère conserver la maîtrise du temps plutôt que d’occuper l’espace médiatique de manière frénétique. Prendre du recul face à l’actualité ne nuit pas à la qualité des propositions, bien au contraire. Il prépare avec ses équipes un projet présidentiel solide et réformateur qu’il présentera progressivement aux Français. Il l’a déjà fait pour ce qui a trait à l’éducation, “mère de toutes les réformes”. Je vous rappelle que la primaire, pour laquelle tout citoyen français peut prendre part au vote, aura lieu en novembre 2016 et l’élection présidentielle en avril 2017.

Comment jugez-vous l’état actuel des  relations entre Paris et Alger ? M. Juppé a-t-il une conception bien à lui de ce que devront être les relations algéro-françaises à l’avenir ?
Les relations franco-algériennes sont au beau fixe, je m’en félicite en tant que Français et ami de l’Algérie, mon pays de résidence, auquel je suis très attaché. Alain Juppé est un homme d’État, il bannit les formules qui peuvent heurter ou vexer et introduire des crispations inutiles dans la relation bilatérale. La France et l’Algérie ont des liens profonds et multiples, ne serait-ce que par l’importance des binationaux qui ont vocation à être une passerelle entre les deux pays. Tout candidat à l’élection présidentielle se doit d’accorder une importance capitale à la relation bilatérale et, à mon sens, faire le déplacement en Algérie.

Le concept de “francophonie” est considéré, sans doute à juste à titre, comme un peu éculé. L’on pense qu’il est temps de lui donner un contenu rénové et des objectifs plus adaptés aux évolutions enregistrées ces dernières décennies et aux enjeux actuels. M. Juppé partage-t-il ce point de vue ?
Alain Juppé est très attaché à la promotion de la francophonie car une langue n’est pas un simple outil de communication. Le français porte des valeurs qui nous sont communes.
De ce point de vue, la francophonie, c’est la modernité, car elle permet de réunir dans un espace commun, autour d’idéaux partagés, des pays du Nord et du Sud, des pays développés et en voie de développement, des cultures très différentes. Elle est un facteur d’unité dans le respect de la diversité de chacun. Unis, les pays francophones peuvent porter avec succès la vision d’un monde multipolaire et respectueux de la diversité culturelle et linguistique.


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