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A la une / Entretien

Robert Urbain, ministre d’État et ancien ministre du Commerce extérieur et des Affaires européennes du Royaume de Belgique, à “Liberté”

“Disposé à œuvrer au renforcement des relations entre nos deux pays”

Rencontré à l’occasion d’une réunion de la Chambre de commerce Pays-Bas-Luxembourg-Pays arabes  (CCBLA) centrée sur les potentialités d’investissement dans les contrées  concernées par  le “Printemps arabe”, le ministre d’État belge nous livre son point de vue, notamment sur les relations  entre la Belgique et l’Algérie.

Liberté : Monsieur le ministre, vous venez d’assister à Anvers à cette importante réunion. Que vous inspire cette rencontre ?
Robert Urbain : La CCBLA dont je suis un membre assidu a pris cette fort heureuse initiative car le moment est venu, d’une part et d’autre, de réfléchir au nouveau contexte économico-politique afin de relancer les échanges entre ces pays du nord et du sud de la Méditerranée, qui ne sont séparés géographiquement que par la Mare Nostrum.

Vous avez, à de multiples reprises, notamment en tant que ministre belge du Commerce extérieur, conduit diverses missions économiques en Libye et en Tunisie. Pensez-vous qu’après les changements politiques intervenus dans ces deux pays, le moment d’une reprise des relations économiques est venu ?
Le besoin de relations bilatérales intenses entre le Nord et le Sud n’a pas faibli à la suite des changements politiques profonds que ces pays africains du Nord du continent ont connus récemment à des titres et des degrés divers. Les réformes politiques qui ont vu le jour ne pouvaient avoir que des conséquences positives tant sur le besoin en biens d’investissement que sur le développement corrélatif de la consommation. Les deux vont de pair, même si le chemin du développement reste rude et ardu et exigera d’importantes réformes structurelles pour adapter l’économie de ces pays aux exigences des réalités internationales, et des échanges en particulier. À chacun de réfléchir, dans son contexte national et au vu des choix préférentiels de ses exportations aux choix prioritaires à effectuer.

Que faudrait-il, selon vous, pour  dynamiser ces échanges ?
De ma propre expérience, je crois à l’absolue nécessité de confier les contacts extérieurs à des chambres de commerce bilatérales, unies au sein d’une Fédération des chambres de commerce, celles-ci ayant pour mission essentielle de diffuser l’information à l’intérieur et vers l’extérieur afin de susciter la curiosité d’abord, l’intérêt ensuite pour la démarche in et exportation. C’est là que les contacts concrets se nouent, se diversifient et s’amplifient.
Il serait heureux et souhaitable que chacun en soit conscient car, dans le domaine du commerce international, c’est d’abord le climat de confiance réciproque et de stabilité qui est déterminant.  À chacun de s’en convaincre et d’y veiller en permanence en se dotant des outils les plus appropriés.
En effet, de tout temps et en tout lieu, le niveau, la quantité et la diversité des échanges sont à la mesure du climat de confiance bilatérale.
Il y a lieu de souligner que cette formule implique pour chacune des parties une analyse, objective et sans concession, des objectifs à atteindre et des moyens à mettre en œuvre pour y  arriver.
C’est la façon la plus concrète et la plus rationnelle de se substituer à l’improvisation, aux actions strictement individuelles et aux efforts qui finissent par lasser s’ils ne se concrétisent pas de manière positive et stable.

Êtes-vous disposé à œuvrer en ce sens ? La rencontre organisée par la Chambre de commerce “belgo-luxembourgeoise pour les pays arabes” venait à son heure si on juge l’importance de la participation, tant du point de vue numérique que de la qualité des intervenants.
Dans les échanges internationaux, chacun vise à obtenir le meilleur rendement en échange, sinon du moindre coût, en tout cas du meilleur résultat/coût.
C’est pourquoi le choix des pays cibles, pour l’une et l’autre des parties, ne doit rien devoir au hasard.
En outre, il s’inscrira dans la durée, ce qui est la condition indispensable pour consentir des efforts financiers ou organisationnels judicieusement sélectionnés.
Il faut noter enfin que, si l’outil que sont les chambres de commerce est sinon indispensable, à tout le moins d’un intérêt majeur, leur adhésion à une fédération des chambres de commerce permet la maximisation des efforts et des moyens pour un dialogue structuré et permanent avec la fédération similaire des pays partenaires.
Les exemples que j’ai vécus (avec les pays d’Afrique du Nord notamment) m’en ont durablement convaincu.

Avez-vous entrepris des démarches en vue de cette reprise et, dans l’affirmative, quel est le suivi de ces interventions ?
En tout premier lieu, il me paraît indispensable que, dans ces pays, les choix politiques et économiques soient opérés et clarifiés au plus tôt pour répondre à l’attente du monde  économique.
Pour sa part, le monde économique belge n’a cessé de marquer son intérêt à l’égard de ce type d’initiatives, dans diverses parties du monde, avec des résultats appréciables s’inscrivant dans la durée, de loin préférable au ponctuel et à l’individuel

Nous sommes à moins d’un mois d’élections communales en Belgique et pendant une trentaine d’années vous avez été maire de la municipalité de Boussu en Wallonie. Cette ville a connu un événement historique important dans la perspective de la lutte d’indépendance du peuple algérien…

C’est en effet de 1976 à 2006 que j’ai présidé, comme maire élu, aux destinées de la municipalité de Boussu, en Wallonie.  Cette ville de 29 000 habitants est située au cœur du Borinage qui a connu durant des siècles l’exploitation de la houille, à des profondeurs atteignant souvent 1000 m et même davantage.
Ce passé industriel historique a créé depuis toujours de solides sentiments de solidarité avec celles et ceux qui, dans le monde, souffrent à des titres divers. De là, par exemple, l’accueil fraternel et l’intégration de milliers de travailleurs venus tant d’Algérie que du Maghreb ou de l’Italie. De là aussi, le soutien apporté par les familles du Borinage, en général, et de ma commune en particulier, au peuple algérien dans sa guerre de Libération et d’indépendance.
De là aussi le vif intérêt que j’ai porté durant ma longue carrière ministérielle et plus spécialement au ministère des Affaires étrangères (en ma qualité de ministre du Commerce extérieur puis des Affaires européennes) aux contacts et aux relations de la Belgique avec l’Algérie.
J’ai visité ce pays à maintes reprises, avec le concours actif de l’ambassadeur algérien à Bruxelles. J’ai été étroitement mêlé, avec mon collègue Willy Claes, à la négociation et à la signature de l’important accord gazier liant la Belgique à l’Algérie et à  Sonatrach.
C’est dans cet esprit de fidèle amitié réciproque que, voici quelques années, ma ville a accueilli l’ancien président algérien Ben Bella qui, durant une semaine, a séjourné dans ce pays minier, au contact des familles algériennes, ravies d’accueillir ce leader historique de leur pays.
J’ai réussi à nouveau, très récemment, des représentants de la communauté algérienne pour organiser ensemble la commémoration du 50e anniversaire de l’indépendance, à la fois en l’honneur et à la mémoire des combattants, de cette époque historique mais aussi pour profiter de ce 50e anniversaire pour sensibiliser les jeunes nés après l’Indépendance et citoyens devenus Belges souvent au long combat de leurs aînés qui a fait de l’Algérie un pays libre et ouvert sur le monde.
Les générations qui ont connu les affres et les sacrifices de ce combat de libération disparaissent peu à peu depuis 50 ans. Leur sacrifice dont être exalté à l’occasion du 50e anniversaire.
Ce sera une occasion supplémentaire de souligner les puissants sentiments d’amitié qui nous lient à cette nation et à son peuple.
Comme lors de la visite du président Ben Bella, je m’emploie à rassembler la communauté algérienne de ma région pour définir avec elle les contours de cette commémoration (pour laquelle le concours de l’ambassade algérienne à Bruxelles me sera probablement utile).

De fait, dans le contexte actuel, l’Algérie se présente comme un pays stable. Comment percevez-vous l’avenir des relations commerciales entre la Belgique et l’Algérie ?
Les besoins n’ont pas faibli. Je dirais même qu’au vu des événements, ils se sont amplifiés et surtout diversifiés, tant en biens d’investissements que de consommation. Dans toute occasion qui me sera donnée, je suis tout disposé à œuvrer au renforcement et à la diversification des relations économiques et commerciales entre l’Algérie et la  Belgique.


A. M.