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A la une / Entretien

Crédit à la consommation, baisse des prix, dinar et importations

Djoudi déchiffre la crise

Dans cet entretien exclusif, le grand argentier du pays aborde les effets de la crise financière mondiale sur l’Algérie. Il prévoit une baisse importante des prix des produits de première nécessité pour l’année en cours et énumère les mesures arrêtées en vue d’encourager la production nationale, réduire les importations.

Liberté : Quels sont les objectifs et missions de la commission de suivi de l’évolution de la crise mondiale ?
Avant de répondre à cette question, je voudrais aborder la genèse de la crise financière mondiale. Elle s’est produite fondamentalement sur le marché hypothécaire américain. Elle est née d’un certain nombre de phénomènes enregistrés sur le marché du logement aux États-Unis. On a assisté à une baisse des taux d’intérêt jusqu’à 1%, une forte injection de liquidités et un développement de prêts immobiliers qui n’étaient pas garantis sur la capacité de remboursement des emprunteurs, mais sur la valeur des biens hypothéqués. Cela a bien fonctionné pendant deux ans. À partir de 2005, en contexte de tension inflationniste, il y a eu une remontée des taux d’intérêt, une réduction de la liquidité et une dépression sur le marché immobilier américain. La combinaison de la remontée des taux d’intérêt, la baisse des actifs offerts en garantie, a, par un effet de ciseaux, rendu défaillant les emprunteurs et favorisé une défaillance des promoteurs et conforté le surendettement des ménages. Devant la forte croissance des crédits, les banques avaient effectué des opérations de titrisation. Le risque au niveau des banques a été diffusé par la titrisation. C’est tout cela qui a crée la crise. Les banques avaient été obligées de provisionner les emprunts. Ce provisionnement a crée un climat d’incertitude dans l’échange de liquidités, qui a conduit à un effet négatif sur la sphère économique. L’Algérie, elle, n’est pas directement touchée par cette crise financière mondiale. Nous ne sommes pas présents sur le marché hypothécaire américain ou international. Les banques, installées en Algérie, ne sont pas touchées par cette crise financière. Si nous avions eu une convertibilité des opérations du capital, nous serions sérieusement touchés. Il faut saluer la décision prise par le gouvernement qui consistait à éviter des opérations de ce type. Quels sont les éléments qui ont permis d’atténuer les effets de la crise financière sur l’Algérie ? Il y a eu une action de réduction de la dette extérieure. Qu’est-ce qui se serait passé si on avait eu à rembourser cette dette à des taux d’intérêt élevés actuels ? On serait dans une situation d’instabilité au niveau également des taux de change. Nous avons également conforté nos réserves de change. Nous avons aujourd’hui une capacité d’importations à 3,5 ans, 4 ans. Nous avons en résumé réduit notre endettement extérieur et intérieur, renforcé les liquidités dans les banques et constitué une conséquente épargne publique. Ce sont autant d’éléments de protection contre la crise qui nous donnent une visibilité à moyen terme en matière de cadrage macro-économique, budgétaire. Nous sommes cependant concernés par la crise à travers la baisse de l’activité économique à travers le monde, la dépression de la demande. Nous sommes concernés par la baisse de la demande sur le pétrole entraînant  une chute des cours du brut et par la baisse des recettes budgétaires. Dès lors, un comité de crise financière, qui est piloté par le ministère, qui a pour objectifs de suivre l’évolution de la crise dans le monde, d’observer la conjoncture internationale, a été constitué dès octobre 2008. Il évalue l’évolution de l’économie mondiale, sur les grands opérateurs grands partenaires de l’Algérie. Ce travail va nous permettre d’anticiper des situations de crise. C’est pour des raisons de prudence que nous avons pris la décision de créer ce comité.

Le gouvernement prévoit-il une revue des dépenses publiques (baisse) dans un scénario de prix du pétrole à moins de 37 dollars ?
Nous avons établi la loi des finances 2009 sur la base d’un prix moyen du pétrole de 37 dollars. Le fonds de régulation à fin décembre 2008 enregistre un montant de 4 300 milliards de dinars. Cela nous donne, sur la base d’un prix moyen du pétrole, une visibilité sur trois ans et demi. Le fonds de régulation, la bonne liquidité dans les banques nous permettent de conduire le programme d’investissements publics sans aucune difficulté (de financer aisément le prochain plan quinquennal 2009-2013). Cela doit être conforté par la mise à niveau de notre économie. Nous avons trop tardé à mettre à niveau notre économie. On ne peut pas développer le pays, accueillir des investissements étrangers sans le développement des “utilities” : routes, autoroutes, hopitaux… Il faut donc poursuivre le rythme des investissements publics. Par ailleurs, la crise financière mondiale présente une fenêtre d’opportunités pour diversifier notre économie. Il convient de noter, à ce sujet, qu’une baisse de la demande est enregistrée sur le brut. Certains économistes le disent : les prix du pétrole sont trop bas, qu’on est loin du prix d’équilibre, la rentabilité des gisements difficiles d’accès ne peut être obtenue en deçà de 50 dollars le baril. Autre élément excluant le scénario catastrophe : les gouvernements et les banques centrales vont injecter 10 000 milliards de dollars pour faire face aux retombées négatives de la crise financière mondiale. Cela va certainement influer sur la demande future, entraînant une augmentation de la consommation, en particulier de pétrole, favorisant une reprise de l’économie mondiale. Un scénario de prix du pétrole à moins de 37 dollars durable est donc exclu. Cependant, l’année 2009 sera mauvaise. Ce sera une année de décroissance dans le monde. Au premier semestre 2010, devraient apparaître les prémices de la reprise. Le second semestre 2010, on devrait assister à  une reprise de l’économie mondiale. En résumé, certaines économies dans le monde sont fortement exposées aux effets de la crise. Ce n’est pas le cas de l’Algérie.

Quel est l’agenda de la poursuite de la réforme financière en 2009, notamment de la recapitalisation des banques, de la privatisation du CPA et de la BDL ainsi que de  la redynamisation de la Bourse ?
La réforme financière est mise en œuvre à partir d’une feuille de route établie en 2004. Elle fait intervenir un certain nombre d’objectifs : une meilleure gouvernance des banques publiques à travers notamment les contrats de performance, la création de comité d’audit au sein des banques et la spécialisation des banques ; améliorer le financement de l’économie à travers notamment le capital investissement ; la mise en place d’un système de paiement moderne permettant de traiter les opérations de façon beaucoup plus rapide et plus sûre, (virements, encaissement de chèques), l’élargissement de l’activité assurances, le renforcement du contrôle dans cette branche par la mise en place d’une commission de supervision ; le développement du marché des titres… Il convient de noter que ce segment s’est considérablement développé. Il représente un montant de 360 milliards de dinars : 150 milliards de dinars en titres du Trésor et 203 milliards de dinars en émissions d’obligations par les entreprises. De gros montants sont transigés automatiquement par le dépositaire central. Dans notre feuille de route, la privatisation du CPA et de la BDL était programmée. On a arrêté le processus engagé par le CPA en raison de la crise financière mondiale. Il y a un manque de confiance entre les opérateurs de la sphère bancaire. Il est difficile dans ce type de situations d’avoir une visibilité. Nous avons adopté une politique de prudence. La privatisation du CPA et de la BDL n’est pas d’actualité. L’opération de privatisation enclenchée a, toutefois, obligé le CPA à se mettre à niveau, à mettre en avant ses insuffisances. Pour la recapitalisation des banques, le processus se déroule sur le moyen terme. Depuis 2007, nous avons doublé les fonds propres des banques à travers trois actions fortes : l’augmentation du capital par dotation de l’état, l’affectation des résultats nets et une réévaluation des actifs des banques publiques. Les fonds propres des banques publiques sont passés de 230 milliards de dinars, en 2007, à 450 milliards de dinars à fin 2008. Les crédits à l’économie se chiffrent, eux, à 2 500 milliards de dinars. Pour l’année 2009, l’état consacre 50 milliards de dinars pour la recapitalisation des banques. Ainsi les fonds prêtables pour l’investissement sont en nette augmentation. Quant à la redynamisation de la Bourse d’Alger, il faut qu’il y ait de grandes entreprises privées. Il faut que ce soit des sociétés par actions. Les entreprises locales sont fondamentalement des Sarl. Il n’ y a pas suffisamment d’entreprises publiques qui font appel à ce marché. Il n’ y a  pas actuellement une liste d’entreprises appelées à être prochainement cotées en bourse.  Par ailleurs, nombre d’entreprises préfèrent un apport de capital à partir du partenariat. Cela dépend de la stratégie des entreprises. L’essentiel, c’est d’offrir un panel d’instruments différenciés. Chaque opérateur réserve dans ce panel le type de financement qu’il préfère. Le problème sur le marché des actions, c’est qu’il n’y a pas suffisamment d’offreurs de titres (entreprise). Le marché obligataire, lui, a connu un développement important : 360 milliards de titres s’échangent sur le marché. C’est une source d’apports pour les opérateurs.

Où en est la création de la banque hôpital destinée à isoler les créances non performantes des banques entravant leur fonctionnement ?
À la logique d’une entité défaisante des créances non performantes des banques lui a été substituée une logique de traitement de la structure des engagements des entreprises auprès des banques. Il lui a été substitué un dispositif d’assainissement des entreprises, distinguant les entreprises viables et celles qui ne sont pas viables. Les dettes des entreprises non viables ont été gelées.

La facture importation s’est envolée en 2008 : près de 40 milliards de dollars. Comment l’exécutif compte-t-il “discipliner” l’acte d’importation ?
Il est évident qu’il va falloir “discipliner” les importations. Il faudrait produire ce qu’on peut produire. Il y a tout un travail qui s’effectue ayant pour objectif de faire basculer les importations vers la production nationale.
Nous donnons des avantages à la production. Elle est reflétée par la pression fiscale : 19% pour la production, 25% pour la commercialisation. C’est un avantage comparatif. Nous avons institué le numéro d’identification fiscale pour discipliner les importateurs. L’évolution de notre monnaie nationale, dépréciée par rapport à l’euro donne un avantage à la production. Le dispositif fiscal donne ainsi des avantages à la production. Il y a eu une augmentation des importations. La facture alimentaire a atteint près de 8 milliards de dollars en 2008. Nous avons une politique d’encouragement de la production de lait et des céréales qui occupent les postes les plus importants des importations alimentaires pour arriver à rendre la facture moins importante. La facture du médicament a atteint, en 2008, 1,8 milliards de dollars et les véhicules 3,7 milliards de dollars. La décision a été prise pour interdire les importations de médicaments produites localement. On a institué dans la loi des finances 2008 une taxe sur l’acquisition de véhicules neufs. Cette taxe peut inciter des constructeurs, en contexte de déprime du marché international de l’automobile et sur un marché domestique qui absorbe plus de 200 000 véhicules/an, à préférer produire en Algérie plutôt que de vendre uniquement. En fin de compte, la crise économique mondiale a remis en cause la manière dont est appréhendée la liberté de commerce tous azimuts

Les importations de services ont également augmenté de façon inquiétante ces dernières années.
La balance des services enregistre un solde négatif de 6 milliards de dollars. Pour infléchir cette tendance, nous agissons sur les transferts, en particulier sur le transfert des dividendes des sociétés étrangères implantées en Algérie à travers différentes actions. Citons la fiscalisation des dividendes transférés à l’étranger. En clair, la loi des finances 2009 fiscalise les transferts à l’étranger pour inciter au réinvestissement des bénéfices. La loi des finances 2009 fiscalise la cession d’actions par et au profit des sociétés étrangères installées en Algérie. Enfin, l’exécutif a institué l’obligation d’une balance devises excédentaire pour tout projet d’investissement étranger en Algérie. Nous avons ainsi des instruments d’ajustement pour limiter ces transferts, en un mot, réduire le déficit de la balance des services.

Pour encourager les investissements, la baisse des impôts sera-t-elle poursuivie au profit des entreprises, en particulier la réduction du taux de l’IBS réinvesti par rapport à l’IBS non réinvesti ? 
À l’issue de la mise en œuvre de la loi des finances 2007, on a estimé que les taux de l’impôt sur le bénéfice des sociétés (IBS) étaient incohérents. Le taux de l’IBS dans la loi des finances complémentaire 2008 a été établi en fonction d’un double constat. Un taux d’IBS pour tout le monde, ce n’est pas cohérent. Du reste, on a constaté que la nature des investissements réalisés au titre de l’IBS réinvesti ne répondait pas à une logique de financement d’investissements productifs. Elles n’avaient pas un intérêt économique. Les investissements étaient réalisés dans l’activité de commerce et non de production. Il fallait imposer ces taux pour réguler cela. Cependant, durant  ces deux dernières années, nous avons accordé des avantages fiscaux aux opérateurs pour encourager l’investissement. Nous avons réduit un certain nombre d’impôts. On a supprimé le versement forfaitaire, réduit la TAP à 2%, plafonné la TVA à 17%. Nous avons aujourd’hui des instruments fiscaux pour encourager la production. Nous évaluons dans le temps la pertinence des dispositions fiscales avant de prendre une décision. Fondamentalement, il faut donner un avantage : 25% d’IBS pour la production et 19 % d’IBS pour les activités de commerce. Pour le bénéfice réinvesti, il n’est pas sûr que le taux réduit favorise le réinvestissement dans une activité productive. Nous allons évaluer. Cela étant, le taux de pression fiscale en Algérie est parmi les plus bas.

Quels sont les progrès réalisés en matière de maîtrise des dépenses publiques ? 
Nous avons engagé deux programmes d’investissements publics 2001-2004 et 2005-2009. La nécessité de rationaliser les dépenses publiques s’est fait sentir. Ce que nous avons fait aujourd’hui, c’est de programmer les investissements sur plusieurs années. Le budget de l’état sera pluriannuel avec fixation des objectifs et des échéances. On a institué des critères de performance. On est tenu de réformer le budget. La loi organique sera bientôt soumise à l’APN. On est en train d’évaluer les dépenses au niveau des ordonnateurs. On est en train aussi d’évaluer l’impact des projets. Depuis 2007, la Cned effectue une évaluation, effectue un travail de suivi et relève les insuffisances dans la conduite des projets. On a élargi le champ de compétences de l’Inspection générale des finances (IGF). Le contrôle de l’IGF limité auparavant aux organismes publics s’étend aux entreprises publiques. Conformément aux instructions du président de la République, ce que nous faisons aujourd’hui, c’est l’obligation de validation des études préalablement à l’inscription du projet. L’inscription budgétaire s’effectue après approbation de l’étude. La Cned intervient dans l’évaluation. Elle signale que tel ou tel projet connaît des problèmes. Pour les dépenses de fonctionnement, les salaires accaparent près de 50% de ce budget. Et les transferts sociaux s’établissent à 1 200 milliards de dinars. Des instructions précises ont été données à tous les intervenants pour vérifier les besoins à moyen terme en personnel lié à la réception de nouvelles infrastructures. On estime que les dépenses de fonctionnement vont augmenter à un rythme moyen de 5% au cours des cinq prochaines années. 

On assiste à une montée de l’inflation en 2008. Comment le gouvernement compte-t-il juguler la hausse des prix en 2009 ?
 En 2007, l’inflation (hausse des prix) s’est située à 3,5%. L’inflation en 2008 tourne autour de 4%. Cette inflation est acceptable. La hausse des prix en Algérie a été amortie par le soutien de l’état à certains produits de première nécessité comme le lait, le pain et les prix de l’eau… Pour 2009, l’inflation devrait se réduire. Nous allons bénéficier de la baisse de l’inflation dans le monde due aux effets de la crise financière mondiale. Les prix des biens d’équipement, des matières premières et les produits de première nécessité importés vont baisser. On estime le taux d’inflation en 2009 à moins de 2%.

Les taux d’intérêt bancaires seront-ils révisés ?
 Les taux d’intérêt bancaires sont relativement faibles. Ils se situent dans la fourchette entre 5,75% et 9%. Ils sont fixés en fonction du taux d’inflation et des charges d’exploitation des banques. Nous ne prévoyons pas de révision des taux d’intérêt dans l’immédiat. Nous ne sommes pas en Algérie dans un marché où les taux d’intérêt sont fixés autoritairement, les taux sont commerciaux, et orientés par l’évolution de l’inflation et l’action de l’autorité monétaire.

Les investisseurs algériens seront-ils autorisés à l’instar des entrepreneurs marocains et tunisiens à investir à l’étranger, à acquérir des prises de participations dans des banques internationales installées à l’étranger ?
La possibilité qui est offerte à un investisseur étranger d’acquérir des actifs financiers ou autres à l’étranger s’inscrit dans un contexte de convertibilité des opérations en capital et qui pour notre pays doit obéir à trois conditions essentielles. 1°) une forte diversification et permanente de nos revenus intérieurs et extérieurs. 2°) des indicateurs économiques performants dans le temps. 3°) Les agents économiques ont une confiance en la valeur de la monnaie nationale. La convertibilité des opérations du capital peut entraîner une fuite massive de capitaux. Ce sont des économies fortes qui ont des niveaux importants d’exportations qui appliquent cette convertibilité. On est dans une logique de gestion globale de la balance des capitaux et non de traitement au cas par cas.

L’exécutif va-t-il encadrer le crédit à la consommation en raison du risque de surendettement des ménages ?
La loi sur la consommation est passée à l’APN. Elle est destinée à protéger les consommateurs. La Banque centrale, du reste, est en train de mettre en place une centrale des risques. Elle existe dans tous les pays du monde. Elle est destinée à prévenir les impayés.
Enfin, la volonté du gouvernement est affichée. Le crédit à la consommation doit bénéficier à la production nationale…

K. R./ A. A.