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A la une / Entretien

D’origine algérienne, elle présente le JT de RTBF :

Hadja Labib : « Pourquoi pas l’Algérie ? »

On la voit présenter régulièrement le journal télévisé de la chaine publique francophone belge la RTBF. Le gardien qui surveille l’entrée du siège de la radio et de la télévision se montre néanmoins stupéfait d’apprendre que cette journaliste qu’il apprécie tant pour ses reportages est d’origine algérienne. « Liberté » l’a rencontrée entre la présentation du Journal de 13 heures et sa réapparition sur le petit écran belge au JT de 19h30

Hadja Labib, vous êtes née en Belgique le 21 juin 1970 dans cette région minière qu’était le Borinage où votre père, originaire de petite Kabylie, avait trouvé du travail. Comment avez-vous vécu cette période de votre prime enfance à Boussu ?

Ce sont des souvenirs très vagues puisque je suis partie vers  deux ans et demi. Le seul souvenir que j’ai encore ce sont les cochons dont j’avais peur. Je me souviens même que j’étais tombée à la renverse alors qu’ils se dirigeaient vers la baignoire  qui leur servait de mangeoire. On est retourné dans cette région par la suite et j’ai vu des amis de parents, Lucienne et Marius, ça fait petite Belgique de dire cela, mais, pour la petite histoire je suis née le même jour que Lucienne. Elle avait dit à ma mère « Ah ! Il faut que tu accouches le 21 juin ; c’est un chouette jour. C’est le premier jour de l’été ! » Et puis ma mère, le matin même est partie à l’hôpital de Warquignies pour accoucher. Lucienne, sachant que ma mère ne savait pas très bien s’exprimer en français à l’époque, avait précisé que c’était de l’humour et qu’il ne fallait pas le faire, mais elle devait vraiment accoucher donc je suis née le même jour que Lucienne et pendant des années on a gardé une correspondance d’anniversaire avec cette charmante Lucienne qui est décédée depuis malheureusement. J’ai des souvenirs imprécis de campagne éloignée mais où il y a toujours une communauté algérienne présente sur place. Ensuite, on est allé à Bruxelles, à Saint-Josse, très exactement, dans l’immeuble « Coca Cola » du boulevard Emile Jacqmain. En fait, j’ai donc grandi plutôt à Bruxelles.

Et là, à Bruxelles, il y a des figures marquantes comme celle de cet instituteur Etienne ?
Je vois que vous êtes bien renseigné ! En fait, j’étais dans une petite école à Saint-Josse et après, je suis allée à l’école du Canal, l’Ecole 12-20.C’était une école avec 99% d’immigrés, essentiellement des Marocains-, et puis quelques Belges perdus dans cette jungle de l’immigration .Il y a là des professeurs qui m’ont marqué au début mais ces souvenirs sont plus estompés. Je me souviens de cette première enseignante qui m’a appris à écrire. Et puis celui avec qui j’ai fait mes deux dernières années, la cinquième et la sixième, Monsieur Etienne, qui était un grand voyageur. Il avait le mérite de nous faire partager ses photos. Il projetait des diapositives à chaque rentrée scolaire. Il avait parcouru des pays fabuleux : l’Inde, l’Ile de Pâques, et, pour nous qui restions en Belgique, ou qui allions au bled, c’était extraordinaire ! Peut-être est-ce lui, du reste, qui m’a donné un peu le goût du voyage, de la découverte et de l’ouverture au monde !


Après cela, vous entreprenez des études supérieures en entrant  à l’Université Libre de Bruxelles où vous allez achever, en 1992, une licence en journalisme. Un passage à RTL et vous entrez à la télévision publique belge, la RTBF…

Le hasard a voulu que je fasse un stage à RTL. J’ai été ensuite repérée par RTL qui m’a engagée et m’a donné des piges et, ensuite, des contrats. Mais pendant mon congé de maternité, j’ai appris qu’il y avait un examen de recrutement à la RTBF Liège. Comme j’étais dans les couches, cela me demandait une petite préparation et une mise à niveau. Vous savez que lorsqu’on a un premier bébé, on décroche du monde et j’ai passé cet examen. Après on m’a contactée en me disant que j’étais première lauréat. Je n’y croyais pas trop en répondant « envoyez-moi le diplôme et je l’afficherai ! » et je croyais que cela allait s’arrêter là. Mais, contre toute attente, on m’a téléphoné en me fixant rendez-vous et le rédacteur en chef de l’époque, qui était Michel Konen, a demandé à me voir et puis on a parlé plus sérieusement d’un éventuel transfert. Ca s’est fait.

Il est quand même rare- et les statistiques le montrent- que des enfants issus de l’immigration, ou des enfants issus d’un milieu ouvrier tout simplement, aient accès à l’Université. Vous avez conscience d’appartenir à une catégorie de « privilégiés » ?


Je ne sais pas si…

Mais vous avez quand même franchi pas mal d’obstacles. Et votre famille comment a-t-elle réagi en apprenant votre orientation ?
Très simplement. Je pense qu’avec beaucoup de réserve, sans doute propre à ma famille et à l’éducation qu’on m’a donnée, on  reste « nous ». J’ai vu une fois mon père.  Au tout début de ma carrière,  un reportage qui  avait été enregistré  passait sur antennes  alors que je me trouvais chez mes parents. On annonce un reportage d’Hadja Labib et j’ai vu mon père légèrement frissonner des narines et je me suis dit qu’il était fier. Mes parents doivent être fiers mais ils ne me l’ont jamais dit. Je crois qu’avant tout pour eux, je suis leur fille et cela me fait du bien parce que je sais que lorsque  je franchis la porte de la maison de mes parents, je ne suis pas Hadja Labib.Je suis Hadja, leur fille et c’est tout ! Après, ils sont contents si cela va bien pour moi et ils sont tristes si ça ne va pas et qu’ils me voient tracassée, angoissée…ou qu’ils apprennent que je vais loin, dans des pays où il y a la guerre. Ca les inquiète mais très peu de mots sont  exprimés. Ils auraient sans doute préféré que je sois médecin ou infirmière , ce qui aurait été davantage ce qu’ils avaient imaginé me concernant , ou simplement…mère de famille, bien mariée, tranquille chez elle, pourquoi pas. Je pense que ce qu’ils veulent avant tout c’est que je sois heureuse.

Quand on voit vos reportages, il n’y a pas mal de pays  parcourus : le Bengladesh, la Turquie, l’Afghanistan, la Tchéquie, la Slovaquie, le Tchad, le Pakistan, la Palestine, l’Inde, le Maroc, mais pas l’Algérie…

C’est le hasard ! En fait quand je suis arrivée à la rédaction internationale l’actualité n’était plus en Algérie. Sans doute que si j’y avais été pendant les « événements » comme on les a appelés, les élections confisquées du FIS, la violence qui a suivi et tout cela, sans doute que je serais partie. Mais ça s’est passé au début des années quatre-vingt-dix et je ne suis pas encore diplômée à l’époque .J’étais à peine arrivée à RTL où je m’occupais des faits divers et c’est un moment de l’Histoire que je n’ai pas pu « couvrir ».
Après j’étais tout le temps « envoyée spéciale » et il fallait être dans l’actualité « chaude » qui se trouvait dans les territoires, dans la deuxième intifada ou en Afghanistan par la suite. C’était dans les années 2000.

Vous savez que l’Algérie est en pleine métamorphose. Des projets audiovisuels sont en cours. Si l’Algérie faisait appel à vos compétences, comment réagiriez-vous ?
J’avoue que j’aime la nouveauté. J’aime la découverte. Je ne connais pas l’Algérie. Je connais juste le village de mes parents dans la région de Blida et de Sétif dont ils sont originaires. Je dirai « oui » sans aucun doute ! Peut-être avec un petit pincement au cœur en plus parce que c’est l’Algérie et que peut-être …Je n’ai toutefois pas l’impression d’être le porte-drapeau d’une nationalité. Je vais rester honnête .J’ai  toujours affirmé que je ne me sentais pas représentative de l’immigration plus qu’une autre. Je n’ai pas choisi d’être femme ou d’être issue de l’immigration. C’est le hasard. C’est comme ça et après, moi, je me sens bien partout où je rencontre des gens que j’aime. Où il y a un challenge à emporter. Où il y a de la découverte. Où je peux exercer mon métier et faire évoluer. Donc pourquoi pas ! Mais comme je pourrais répondre oui pour le Burkina Faso mais ce serait pour moi l’occasion de renouer avec un pays où je n’ai plus mis les pieds depuis mes 19 ans ; Ca remonte donc à une période lointaine déjà parce que j’ai d’autres choses à découvrir et que j’ai toujours voulu me rendre dans des contrées étrangères et lointaines. Mais pourquoi pas l’Algérie, bien sûr.

Boussu, c’est une région intéressante à plus d’un titre, mais c’est proche de la ville d’Hornu où s’est déroulé un Congrès important réunissant les leaders nationalistes algériens en juillet 1954, quelques mois avant le déclenchement de la lutte armée pour l’indépendance. Vous avez connaissance de cela ?
Vous me piégez là. Je vais paraître tout-à-fait bête…

Ce Congrès a été important …

Eh bien ! Vous me l’apprenez. J’ai appris quelque chose aujourd’hui. Merci ! Mais j’ai toujours soupçonné quelque chose. J’ai fait mon mémoire sur le « silence de la guerre d’Algérie » avec une historiographie de 1962 à 1992. Mon père ne m’a jamais parlé de cette guerre. Jamais ! Pas  un mot ! Et quand le mémoire a été publié en sortant tout chaud de la photocopieuse, j’en ai gardé un exemplaire et je l’ai montré à mon père. J’étais sidérée de constater qu’en commençant à tourner les pages et  qu’il a vu toute la documentation mentionnée à la fin de l’ouvrage et au vu des noms de tous les fondateurs du FLN, il les connaissait tous ! Je lui ai fait remarquer qu’il n’avait jamais parlé de cela et il m’a répondu « C’est le passé ! ». Voilà. C’était le silence de la guerre d’Algérie. C’est mon père et le premier fruit de ce silence c’est nous, les enfants qui ne savent pas ce qui s’est passé, ni en Belgique, ni à Hornu, ni même en France. Voilà. Moi, c’est une guerre que j’ai dû découvrir comme n’importe qui, comme si j’avais été Turque ou que sais-je. En puisant dans les livres mais certainement pas par un savoir transmis par mes parents. C’est comme ça…


Propos recueillis à Bruxelles par Arezki MOKRANE