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A la une / Entretien

L’universitaire Rachid Tlemçani :

“Israël recherche la dislocation du lien social des Palestiniens”

Rachid Tlemçani est enseignant chercheur au département des sciences politiques de l’Université d’Alger. Il a dirigé des groupes de recherches, notamment sur la question palestinienne. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Élections et Élites, et a publié des ouvrages collectifs, ainsi que des articles dans la presse nationale  et dans des revues inter nationales.

Liberté :   Après trois semaines d'agression militaire à Gaza, pensez-vous que l'opération “Plomb durci” s'intègre vraiment dans un cadre défensif, comme le prétendent Israël et des commentateurs occidentaux, ou répond-elle à des objectifs
précis ?
Rachid Tlemçani : Il  y a un fait sur lequel tout le monde est d’accord : Israël n’a pas “digéré” sa défaite militaire au  Liban, en 2006, d’autant plus que cette défaite fut l’œuvre d’un parti islamiste. Depuis ce moment, l’armée israélienne s’est préparée minutieusement à frapper les autres groupes islamistes dans la  région. Comme la cible privilégiée était le mouvement Hamas, il ne restait donc plus qu’à le provoquer et, éventuellement, le piéger, comme ce fut le cas d’une certaine manière pour Saddam Hussein en 1991. Israël a même annoncé cette agression avec son lancement, et cela a été fait en plus à partir du Caire.
Selon Tzipi Livni, la ministre israélienne des Affaires étrangères, l’objectif de cette offensive est la liquidation du Hamas, en tant que parti-État. Mais Hamas n’est pas seulement un État embryonnaire, il représente beaucoup plus que cela : c’est un  parti-État-société. Hamas a aussi des adhérents en Cisjordanie, en Jordanie et en Israël. Les Israéliens connaissent évidemment le poids des islamistes au sein de la population palestinienne. L’objectif réel de ce massacre pouvait être celui de semer la terreur pour faire fuir la population vers d’autres cieux.
L’utilisation des bombes au phosphore blanc, interdites par les conventions de Genève, n’avait pas pour but la destruction de “l’infrastructure militaire de l’État islamiste”. Cette infrastructure fut oblitérée dès les premiers raids… L’objectif ultime est la dislocation du lien social ayant permis aux Palestiniens de résister à l’occupation israélienne, durant plus de 60 ans.
 
Comment voyez-vous l’émergence de Hamas ? Dans quelles conditions historiques et politiques Hamas est apparu dans la bande de Gaza et quel est votre avis sur ce ménage à trois,  c’est-à-dire Hamas, Israël et Fatah ?
Pour rappel, Israël avait commencé à soutenir les islamistes palestiniens, au lendemain de la guerre de 1967, puis lors de la  signature des accords d’Oslo.
Le but ultime de ce soutien tactique était en fait d’affaiblir l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), particulièrement les groupes laïco-communistes, prônant la lutte armée pour libérer la Palestine historique. Yasser Arafat, une fois devenu le chef charismatique de la résistance nationale palestinienne, était devenu “trop encombrant” pour les Israéliens et des dirigeants arabes… Il fallait donc l’éliminer.
La fin justifiait les moyens : tentatives d’assassinat, humiliations, non-respect des accords de paix, bombardement de son quartier général à Ramallah, etc. La thèse de son assassinat mérite aujourd’hui d’être reconsidérée, à la lumière des derniers événements.
Le retrait unilatéral de Gaza, en 2005, ne s’était pas fait au profit de l’Autorité palestinienne sous la direction de Mahmoud  Abbas, comme le stipule le droit international. Ariel Sharon a préféré livrer la Bande de Gaza au Hamas, “un cadeau  empoisonné”, pour décrédibiliser aussi bien Mahmoud Abbas que la tendance modérée de l’OLP. La tenue des élections législatives de 2006, comme celles de 1991 en  Algérie, aux résultats prévisibles, étaient soutenues par la communauté internationale. Sans surprise, Hamas remporte ces législatives avec 57% des voix, au nom de la lutte contre la corruption.
Ce qui est extraordinaire, c’est que les Palestiniens, à l’avant-garde des luttes démocratiques et sociales dans le monde arabe, avant l’islamisme, étaient sur le point d’établir un État islamique, sur une enclave du territoire national.
Contrairement aux islamistes égyptiens, les Palestiniens se sont précipités, en mobilisant tous les moyens dont ils disposaient pour sa réalisation. L’islamisation de la question palestinienne a atteint une étape critique. À partir de ce moment bien  précis, les choses prennent une toute autre tournure, se précipitent et deviennent incontrôlables. Gaza est ainsi devenue une bombe qu’il faut rapidement désamorcer.
L’administration Bush a mené, à cet effet, une opération clandestine pour permettre au mouvement Fatah de reprendre, par les armes, le pouvoir que Hamas a conquis par les urnes. Un mécanisme qui s’inspire en partie de l’“Irangate” des années 1980, lorsque l’administration Reagan avait tenté de mener un schéma triangulaire, avec l’Iran et les “Contras” du Nicaragua.
Le plan secret, financé par quatre États arabes, fut un échec et plongea la crise palestino-palestinienne dans une situation inextricable. Elle culmine en juin  2007, avec des combats de rue entre les deux fractions palestiniennes. Le bilan est très lourd : 120 morts et plus de 500 blessés. Hamas est devenu totalement maître de Gaza. Il ne restait donc qu’à donner le feu vert pour l’opération “Plomb durci”, qui coïncide en Israël avec la campagne électorale pour les législatives que le Likoud, sous la direction de Benjamin Netanyahu, était perçu comme favori.
 
M. Tlemçani, que vous inspire cette idée sur une soi-disant recherche d'une solution “à trois États” ?
Notons tout d’abord que le processus de paix, entamé depuis plus de 40 ans, a échoué lamentablement. En effet, les accords de paix n’ont pas donné les résultats escomptés. Le plan du prince saoudien Abdallah, accepté par les États arabes, y compris par l’OLP, pour ne  citer que cette initiative, fut refusé par Israël, après maintes palabres et tergiversations. Comble de l’ironie, Yasser Arafat, prix  Nobel de la Paix, est rapidement devenu aux yeux des Israéliens et des Américains, un “terroriste” qu’il faut disqualifier auprès des Palestiniens et de la communauté internationale.
Les tentatives de paix n’ont pas empêché toutefois Israël de poursuivre l’expansion  territoriale, en violation du droit international. La multiplication des colonies, la construction du “mur de la honte” et de routes destinées exclusivement aux Israéliens, ont pour objectif de rendre toute Autorité palestinienne inopérante. Israël a mené une entreprise délibérée et systématique d’expulsion et de destruction.
Tous les spécialistes honnêtes sont d’ailleurs parvenus à cette conclusion… que l’État hébreu et le  lobby pro-israélien ont tout fait pour phagocyter la solution de deux États. Tout compte fait, cette option est devenue aujourd’hui irréalisable et obsolète. John Bolton, l’ex-ambassadeur des États-Unis aux Nations unies, a déclaré récemment qu’il faut envisager désormais le dépeçage de la Palestine en trois États (Égypte,  Israël et Jordanie). Ainsi, le problème démographique qui hante les adeptes du “Grand Israël” sera réglé définitivement. Il est à craindre que le successeur de Bush, qui n’a pas été très éloquent, au regard du crime humanitaire de Gaza, sera mis devant le fait accompli.    

L'État d'Israël, en tant qu'entité fortement portée par l'idéologie sioniste, justifie la création de colonies et l'émiettement des territoires palestiniens, ainsi que l'installation de personnes de confession juive, par la promotion des dimensions religieuse et ethnique, au détriment de la citoyenneté israélienne. Dans cette logique, n'est-il pas dans l'intérêt d'Israël d'encourager l'émergence de mouvements islamistes et du fondamentalisme religieux en général, pour détourner l'attention de l'opinion et de la communauté internationales du droit international et donc du droit du peuple palestinien à l'autodétermination ?
Une des particularités essentielles de l’idéologie sioniste réside dans le fait qu’elle est la seule dans l’histoire qui cherche à produire des opposants, plutôt que des adhérents. Contrairement au colonialisme de type classique, le sionisme n’est pas animé par “une mission civilisatrice”. Cette idéologie laisse aux opposants le rôle de lui fournir les adhérents.
Elle s’applique à produire des opposants, en les poussant au fanatisme, de façon à alimenter des particularismes et des intégrismes. Il est à craindre que des survivants de Gaza ne deviennent des kamikazes et alimentent les cellules dormantes du terrorisme international. La question palestinienne redevient entre-temps, comme ce fut le cas lors des années 1960 et 70, un  fonds de commence juteux, permettant à “l’islamisme modéré” de poursuivre sa longue marche pour la prise de la citadelle. 

H. A.