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Thierry Libaert, expert en communication environnementale, à «Liberté»

"La communication n’a pas le pouvoir de faire diminuer la pollution"

©D.R.

Auteur de nombreux livres et articles sur la communication, Thierry Libaert est professeur en sciences de l’information et de la communication. Il est également membre du Comité économique et social européen.

Dans cet entretien accordé à la Rédaction Numérique de "Liberté", l’expert revient sur le concept de la communication environnementale, à l’heure que le monde célèbre en ce 5 juin, la Journée mondiale de l'environnement.

[Entretien réalisé par Imène AMOKRANE]

 

Liberté : Que peut apporter la communication environnementale à un monde de plus en plus pollué ?  

Thierry Libaert : La communication n’a pas le pouvoir de faire diminuer la pollution, mais elle a celui de mieux nous sensibiliser pour une réelle prise de conscience des limites environnementales de notre développement économique. Il faut pour cela que la communication ne soit pas conçue comme une simple transmission des messages, mais comme une possibilité de dialoguer avec toutes les parties concernées.

Vous avez écrit "La communication verte" en 1992 et dirigé l'ouvrage collectif "La communication environnementale" en 2016. En 24 ans, qu'est ce qui a changé dans la fonction communication environnementale et dans le monde ?

A son origine, la communication verte était surtout conçue sous un angle marketing qui consistait à « verdir » des produits dans l’objectif d’en vendre davantage. Aujourd’hui, la communication environnementale s’est fortement professionnalisée et elle est énormément utilisée au niveau de la communication institutionnelle, c’est-à-dire pour améliorer la réputation de l’entreprise.

N'est-il pas temps que cette communication soit promue par d'autres types d'organismes et pour servir des objectifs plus favorables à l'environnement et à l'humanité ?   

La communication environnementale a vocation à être utilisée par tous les acteurs, qu’ils soient privés, publics ou associatifs. Il ne faut pas trop attendre de la communication au risque d’être déçu, la communication est un outil, d’abord utilisé par les entreprises ou les organisations pour répondre à leurs intérêts. La communication peut accélérer des mutations, mais elle n’a pas le pouvoir de les créer.

Les réseaux sociaux ont-ils réussi à changer les rapports de force concernant les enjeux environnementaux, en ont-ils du moins le potentiel ?

Il n’y a pas de prise de conscience par la réception passive de messages. De ce point de vue, les réseaux sociaux peuvent faire évoluer la situation actuelle en renforçant la capacité d’échanges. Avec les réseaux sociaux, nous ne sommes plus dans la communication unilatérale, mais dans une conversation. Les réseaux sociaux peuvent faciliter les échanges, il faut juste que les personnes présentes sur les réseaux sociaux soient dans une position d’écoute et d’échange alors que trop souvent, elles sont là pour se mettre en valeur et simplement se glorifier.

Par Imène AMOKRANE

@ImèneAmokrane