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A la une / Entretien

Ammour Naouel, sociologue, à propos du langage algérien

« Le dialecte a été marqué par la période socio-économique des années 80»

Dénommé communément darija, qui est une langue parlée, le dialecte algérien a, comme toute langue, un rapport très lié avec la société, l’histoire, ce qui donne une diversité linguistique à travers les différentes régions du pays. Hamadouche Nawel Docteur en sociologie à la faculté des sciences humaines et sociales, Sétif 2, et auteure du « comportement langagier et identitaire dans les sociétés maghrébines »  s’est inspirée de sa thèse de doctorat portant sur le comportement langagier et identitaire chez le formé algérien, pour aborder le sujet du dialecte algérien. Elle a accordé un entretien à Liberte-algerie.com dans lequel elle revient sur le sujet.

 

Entretien réalisé par Imène AMOKRANE

Certains noms de marques commerciales ont tellement dominé le marché algérien qu’ils sont devenus génériques et représentatifs du produit lui-même, c’est le cas d’une marque d’eau minérale ou d’une autre de lessive en poudre. Comment pouvez-vous l'expliquer?

Ce fait s’explique par deux processus essentiels dans l’approche sociologique, à savoir : la socialisation et la lourdeur de l’imaginaire social des algériens. Sans oublier le fait d’être marqué par la période socio-économique des années 80, où certaines entreprises vont monopoliser le marché et que les marques de leurs produits par conséquent, seront gravés dans les mémoires.

Du moment que la société  change, la langue suit. Et donc la réponse sur votre question prend cet exemple comme forme : 

Une maman qui appelle à partir d’une fenêtre, ou un balcon son fils qui jouait en bas de l’immeuble, pour aller au magasin du quartier afin de lui acheter :

Ø Saida – qui désigne toujours une  eau minérale, peut importe si l’eau est celle d’une autre marque

Ø omo – qui est une marque de détergeant qui peut dire aussi celle d’une autre marque.

Même chose, si on demande un jus d’orange, puis penser au gout préféré à savoir : fraise, citron, …ou autre 

Ce qui se passe réellement, c’est comme si que le locuteur fait une sorte de choix de priorité en parlant. Celui d’être compris de manière rapide, efficace et sans effort verbal, gestuel,…etc, au détriment de tout autre choix, exact en choisissant les mots qu’il faut,….  etc

Ils ont tendance aussi à féminiser les termes étrangers alors que dans la langue source ils sont au masculin...

C’est la faute à l’alternance codique, qui est fortement utilisée par toutes les couches et les tranches d’âge dans la société.

A force de penser avec deux ou trois langues à la fois, on se trouve face à des erreurs graves  en parlant ou en  écrivant :

Mes étudiants ont toujours parler de la mémoire de fin de cycle, car ils le conçoivent en langue arabe مذكرة التخرج ) ( ??

Et ainsi, on continue à déformer des termes, des expressions et des styles même. 

Donc, selon vous, l’algérien entreprend une relation très socio-économique avec sa langue ?

A vrai dire, le rapport est très complexe, et spécial si l’on peut dire, car l’algérien est très rationnel face au marché linguistique, mais son défaut est quand il choisi d’utiliser un code. Il tend à  négliger ses règles normatives : sa conjugaison, sa grammaire, sa syntaxe…

Il suffit d’observer sa manière de s’approprier la langue arabe, pour constater qu’il s’éloigne de plus en plus de tout aspect formel ou officiel donnant naissance à la fusha (l’arabe classique). Par exemple pour répondre à quelqu'un qui communique avec lui en arabe classique, il lui dit: tiens, on va parler notre arabe, et non celui des autres (??? (العربية نتاعنا ، ماشي تاعهم))

Pareil pour la langue française. D’ailleurs, je juge qu’il est temps de parler -sous angle sociolinguistique – d’un français algérien qui prend certes ses règles générales de la langue française mais qui subit une sorte d’algérianisation sur tout les niveaux : syntaxique, grammatical, phonétique,  d’orthographe,..

Je n’aurais pas besoin de faire des démonstrations qui ont été déjà faites par la grande Khaoula Taleb el Ibrahimi  dans son célèbre ouvrage intitulé « Les algériens et leurs langues », telles que :

Un algérien dit : hit-iste , traband-iste au même titre que dent-iste.

                           Taxi-eur , au même titre que fourniss-eur, vend-eur .

Et j’en rajoute : fichl- esse comme faibl- esse. 

Et là apparait encore une fois, ce « nous » et « eux », notre français et le leur. Ce qui aide à confirmer une spécificité identitaire : du fait que je suis algérien, je peux m’en servir du français mais à ma propre façon, et non pas à la façon d’un français, car je vais  communiquer avec un algérien, à propos d’un sujet algérien. En plus, ça ne sera pas la peine de suivre toutes les règles en utilisant le français. Cela prouve l’existence d’une intelligence sociale et linguistique  à prendre en considération le contexte de la situation linguistique qui est d’une originalité une fois en rapport avec la langue.  

L’algérien, aujourd’hui, a tendance à :

1-    tout utiliser comme code linguistique afin de transmettre son message, et la particularité à mon sens réside dans le fait que cette utilisation ne se soumet pas aux règles normatives et courantes.

2-    à ne fournir qu’un effort minimal (économie d’effort), pour produire linguistiquement, ce qui le rend au cœur de l’interaction symbolique. Cela s’explique par le fait d’être fasciné – psycho-sociologiquement parlant -  par la logique  des sages dictant « parler peu et comprendre beaucoup », « maitriser le langage gestuel »(للحديث قياس، اللبيب بالإشارة يفهم ،........)

C’est à dire inventer des formations linguistiques « singulières et des constructions distinctes de l’usage normatif »; on a tendance à préférer : la variation et l’hétérogénéité au lieu de l’uniforme et l’homogénéité : pour réaliser  la rapidité, l’efficacité et l’économie d’effort.

Les langues pratiquées en Algérie, (l’arabe, le français et l’amazigh), offrent une sorte de potentialités que nos jeunes vont exploiter à fond. Ainsi, ils puisent dans leur vécu les éléments socioculturels, s’accommodant avec tel ou tel système linguistique, mais qui leur est particulier et typique.

Sinon, est-ce que vous pensez que le dialecte contribue à la préservation de la culture algérienne ?

Loin de toute appartenance idéologique, laissez  moi  vous  dire que selon le patrimoine sociolinguistique  - je veux dire purement scientifique- :

Toute langue maternelle, et dans notre cas -arabe dialectale pour une partie d’algériens est unanimement  une lange qui résume la vie des individus. Elle les accompagne depuis leur naissance  jusqu'à leur mort. Cette même langue leur fait découvrir ses proches, qu’ils soient vivants ou décédés, même leurs amours, leurs haines, leur solidarité, et leur lâcheté. Bref,  c’est la langue qui décrit leur monde.

Comment alors, pourrons-nous  s’interroger si la langue dialectale contribue-t-elle à la préservation d’une culture, or que la culture n’est qu’une facette de la vie entière?

On ne peut donc que bannir  la logique  erronée menant à dire : l’arabe dialectale contribue à la préservation d’une sous-culture. Tandis que l’arabe classique / officielle contribue à la préservation d’une culture supérieure.

Si nous revisitons tous les travaux des anthropologues, nous ne trouverons jamais cette distinction hiérarchisée ! Aucune société ne peut être inculte … est cela mène à dire qu’elle a nécessairement une culture, peu importe si elle contient des éléments traditionnel, primitif, ou moderne.

Il me semble qu’avec une question pareille, vous me demandez  est ce que l’existence d’une maman dans la vie d’un enfant peut contribuer à son équilibre ? Chose qui est évidente. Ma réponse est donc : je crois qu’au lieu qu’on se pose des questions sur  les évidences, vaut mieux s’interroger sur les  incertitudes sociales.

Imène AMOKRANE

@ImeneAmokrane

 


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1 réactions
no passaran le 23/10/2015 à 23h23

une expression plu claire et un style plus fluide aurait aidé à mieux apprécier la pensée de cette sociologue. C'est le minimum qu'on puisse exiger d'une soco-linguiste.

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