Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

A LA UNE / Entretien

Mohamed Chérif AMOKRANE, spécialiste en communication

“Le phénomène devient déstabilisant”

©Liberté

Le spécialiste en communication de crise et auteur, Mohamed Chérif Amokrane, analyse, dans cet entretien à Liberté, l’impact des fake news sur les Algériens et revient sur l’affaire “Cambridge Analytica”.

Liberté : Selon vous, quelles sont les conséquences des fake news subies par les internautes algériens ?
Mohamed Chérif Amokrane :
La première conséquence, selon moi, est un énorme gaspillage de temps et d’efforts. Si nous nous occupons à propager et à consulter des fake news, nous nous détournons en même temps de ce qui est vrai et utile. Après, on peut trouver de tout et les effets différents selon les cas. Le mensonge peut amuser, stresser, attrister, révolter, conforter des croyances, nuire à des personnes ou à des institutions… Mais d’une manière générale, je crois qu’il y a de quoi s’inquiéter pour la société algérienne, car j’estime qu’il y a un seuil à partir duquel le phénomène des fake news devient déstabilisant.

Quelle est la meilleure riposte afin d’annihiler la propagation de fausses informations en Algérie ?
Il n’y aura jamais de solution efficace à cent pour cent. Mais la meilleure manière de contenir le phénomène est de rendre disponible une information crédible et utile pour le citoyen. Mais cela ne suffit pas. Savez-vous pourquoi les fake news ont du succès ? C’est parce que leurs auteurs ont compris une chose très importante : l’information est un produit marketing. Elle doit, de ce fait, satisfaire les besoins et les désirs du public, cela sur le fond et sur la forme. Aussi, l’éducation et la sensibilisation sont des aspects importants pour faire de nous des citoyens lucides et conscients des enjeux de l’information et de la désinformation.   

Il y a également l'affaire “Cambridge Analytica”, le scandale de l’appropriation des données personnelles de plusieurs dizaines de millions d’utilisateurs de Facebook, qui prend de plus en plus d'ampleur. Nombre de pays ont été touchés. Qu'en est-il de l'Algérie ?
Il faut savoir que cette “combine” a été montée dans un but bien précis : celui de détourner des données psychographiques sur les électeurs américains, en vue de les utiliser dans la campagne du président actuel des USA.
Les données ont été obtenues par un chercheur nommé Aleksandr Kogan de l’université de Cambridge, cela des années avant la présidentielle de 2016. Selon un bilan estimatif de Facebook, le nombre de personnes dont les données ont été “absorbées” s’élèverait à 87 millions dont environ 70 millions d’Américains. Maintenant, si nous considérons l’objectif du rachat de ces données, qui est de faire élire Donald Trump, je doute que Cambridge Analytica ait payé pour obtenir des données autres que celles du public visé.
Évidemment, s’il y a des Algériens qui ont utilisé l’application de Kogan “Thisisyourdigitallife”, les données sur leur profil psychologique, et même de leurs amis ont sûrement été stockées.
Mais cela ne veut pas forcément dire qu’elles ont été utilisées. Dans tous les cas, Facebook a publié un lien où il est possible de vérifier si un compte est concerné par cette affaire.      

Pensez-vous que Facebook et d'autres réseaux sociaux sont capables d'orienter les votes en Algérie ?
Théoriquement oui. Mais en réalité, qu’est-ce qui a fait que Trump ait bénéficié d’un avantage sur ses adversaires ? Concrètement, il avait des données qui ont été analysées, comprises et exploitées. Ensuite, son équipe avait les compétences pour profiter de cet avantage très décisif. Elle en a profité en définissant le bon message pour la bonne personne.
La question que je pose maintenant est : donne-t-on en Algérie de la valeur aux données ? Vous savez très bien que nous naviguons à vue, sans aucune vision et sans aucune considération pour l’information stratégique.
Il m’est arrivé de voir des décideurs, notamment dans le domaine économique, rejeter des études sur la base de leurs intuitions et de leurs idées reçues. Notre culture ne favorise pas encore la valorisation des données.

Qu’en est-il des données personnelles des internautes algériens sur les réseaux sociaux, surtout Facebook ? Sont-elles protégées ?
Pourquoi toute cette agitation médiatique autour de l’affaire Cambridge Analytica ? C’est parce  que, cette fois, les victimes sont les Américains.
Quant aux données des autres internautes, y compris les Algériens, elles n’ont jamais été vraiment respectées. C’est pour cette raison que des pays, qui tiennent à leur souveraineté numérique, se sont dotés de leurs propres médias sociaux, à l’image de la Chine et de la Russie.

Entretien réalisé par : Salim KOUDIL

Lire également : "Fake news : la fausse info qui bouscule la vraie"


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER