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A la une / Entretien

Dr François Sarano à propos de la COP21

« Les changements de comportement et de consommation doivent être massifs»

©D.R.

A l’heure où le monde connait l’événement mondial sur le climat COP21, la faune est menacée par les effets du réchauffement climatique causés essentiellement par l’homme. Le Dr. François Sarano, revient au cours de cet entretien sur les dangers que risquent notre planète, et plus particulièrement la chaîne alimentaire. Notre interlocuteur est docteur en océanographie, ancien conseiller scientifique du Commandant Cousteau, il a été à la tête de l'expédition des Grands requins du bassin algérien organisée du 14 au 20 juin 2015, à Skikda.

 

[Interview réalisée par Imène AMOKRANE]

 

Liberté : La conférence climat de Paris 2015 va-t-elle pouvoir sauver la planète ?

François SARANO : Il est vrai que les questions climatiques sont très complexes, les phénomènes climatiques ont une inertie formidable et quelques soient les décisions nous serons contraints d'affronter longtemps encore les conséquences de notre irresponsabilité passée. On est sûr d'une chose, c'est que les changements de comportement et de consommation doivent être massifs et profonds, et qu'il ne peut se faire autrement que solidairement... Nous ne pourrons faire face que ENSEMBLE !  S'il y a avait une chose positive qui puisse émerger de ce dérèglement c'est qu'il nous unisse pour l'affronter ! Mais je n'entends pas cela et je ne sens pas que les propositions de nos dirigeants soient à la mesure des problèmes.

Sinon, vous en tant qu’océanographe que pouvez-vous dire sur l’impact des changements climatiques sur le milieu naturel des requins ?

Le réchauffement est un fait, nous le mesurons : la température moyenne des océans et des mers a augmenté de 0.8° depuis un siècle ce qui est considérable. De même l’atmosphère s’est fortement réchauffée, ce qui est normale car l’océan et l’atmosphère, les deux fluides de la planète, sont indissociables. Ce réchauffement qui s’accélère dramatiquement depuis 15 ans, est inégal : très intense dans les régions polaires et un peu moins dans les régions tropicales. Sur l’ensemble de la planète, les glaciers des montagnes, du Groenland et de l’Antarctique, ainsi que les banquises polaires fondent, alimentant massivement en eau douce les océans et mers. Ces modifications de salinité et de température changent la densité de l’eau de mer qui conditionne la formation et la puissance des courants marins. Ces grands courants marins qui font le tour du monde régulent le climat et transportent les sels nutritifs responsables de la richesse planctonique. C’est cette richesse planctonique qui conditionne à son tour la richesse des écosystèmes et donc la vie des requins… mais également celle des pêcheurs et la nôtre.

Ce réchauffement a déjà et aura certainement un impact sur l’ensemble des écosystèmes marins dont dépendent les requins. Personne, aujourd’hui, ne peut mesurer cet impact, personne ne peut prévoir quelles seront les conséquences sur les écosystèmes et encore moins sur les requins. Car il y a beaucoup de trop de facteurs inconnus et parce que nous ne connaissons pas grand-chose à la vie et au déplacement des requins !

Il est dramatique de se rendre compte aujourd’hui, bien tard, que, comme des gamins capricieux et insouciants, nous avons exploité, consommé, bouleversé, détruit sans connaître le monde dont nous dépendons. Soudain, nous réalisons que nous sommes directement menacés par les catastrophes que nous avons engendrées. Et que nous sommes terriblement fragiles.

Et comment réduire, ou éviter, ces impacts ?

D’abord dans les pays où la consommation (d’énergie, de ressource, de gadgets…) est la plus forte, il nous faut réduire drastiquement cette consommation. Dans les pays où le gaspillage d’énergie fossile est le plus flagrant, il est urgent de penser économie, et ressources renouvelables ! Plus facile à dire qu’à faire !... Mais nous n’avons plus le choix !

Nous avions encore le choix de le faire, il y a 30 ans lorsque les signes de ce dérèglement climatique nous avaient alarmés ! Nous avions encore le choix de le faire lorsque nous avons alerté les dirigeants de la planète lors de la Conférence de Rio en 1992. Aujourd’hui la Planète ne nous laisse plus le choix ; l’océan ne nous laisse plus le droit de ne rien faire.

Le changement se fera ! Il est inéluctable, il est déjà en cours. A nous de l’accompagner, tous ensemble, pour qu’il se fasse en paix ! C’est notre défi commun à tous, nous les 7,5 milliards d’Humains. A nous de penser solidarité, à nous de comprendre l’obligation d’un partage équitable des ressources, non seulement entre nous les hommes – les 10 milliards d’Hommes qui habiteront demain sur Terre – mais également avec les autres êtres vivants, nos « colocaTerres sauvages ». Dans le cas contraire, je pense que le monde sera très très dur pour nos enfants. Et ce n’est vraiment pas ce que je souhaite !

En ce qui concerne les requins, ne reproduisons pas les mêmes erreurs que celles déjà commises : étudions avant d’exploiter ! Car aujourd’hui nous nous poursuivons tête baissée l’exploitation massive de poissons et de requins dont nous ne connaissons même pas le nombre et la capacité de renouvellement. Pour un bénéfice à ultra court terme, nous allons définitivement hypothéquer l’avenir et provoquer très rapidement drame et amertume chez ceux qui auront cru à l’eldorado ! C’est la mer qui décide ! Nous ne lui ferons pas rendre plus que ce qu’elle ne peut nous donner.  Et quand nous l’aurons définitivement épuisé, quand nous aurons pris les derniers requins reproducteurs, nous pleurerons ! Il n’y a qu’une seule Terre. Il n’y pas d’océan de rechange. Il n’y pas de planète de secours… 

Par @ImeneAmokrane


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