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Entretien

“Les impacts de la guerre au Mali sont multiples”

Le professeur Mohamed Saïb Musette, directeur de recherche au Cread, et consultant auprès des institutions internationales et d’agences des Nations unies, a plus particulièrement travaillé sur les questions des migrations internationales. Il revient dans cet entretien sur la maîtrise des flux migratoires qui suppose au préalable que les frontières soient sécurisées entre les différents pays de la région.

Liberté : Quels ont été les différents impacts de la guerre du Nord-Mali et la fermeture des frontières avec l’Algérie sur la situation des migrants subsahariens ? Et quelles évolutions peut-on attendre de la probable réouverture de ces frontières ?
M. Saïb Musette : Les impacts de la guerre sont multiples. Les migrants, provenant des pays au sud du Sahara (qui étaient installés ou étaient en transition) au Mali, ont été piégés. Deux autres options sont présentes dans ce cas de figure : certains ont pu regagner leur pays d’origine, d’autres ont dû fuir avec les ressortissants maliens vers des pays limitrophes. Nous n’avons aucune évaluation chiffrée car ce sont là des formes de “migration de crise” qui sont difficilement quantifiables, à l’exception des éléments de prises des ONG rompues aux opérations de protection des droits humains. La fermeture des frontières au Sud a impacté aussi sur les flux des migrants subsahariens vers l’Algérie. D’ailleurs en 2012, les données de la Gendarmerie nationale font état d’une baisse des interceptions des migrants venant des pays au sud du Sahara. Les ressortissants du Maroc sont classés en pole position dans les statistiques sécuritaires.
La réouverture des frontières au Sud se ferait logiquement lorsque les conditions de sécurité du territoire national seront assurées. Il y aurait probablement une reprise de la circulation migratoire traditionnelle, notamment les migrations frontalières.
Les évolutions futures dépendraient de la stabilisation au Mali et des régulations des mouvements à ses frontières avec les autres pays africains. Il  ne faut pas oublier que le Mali fait partie du groupe de la Cédéao et la libre circulation est un des accords entre les pays du groupement.

Avec la situation explosive dans tout le Sahel, doit-on s’attendre à des restrictions encore plus graves ou une évolution plus positive sur la question du séjour et de la stabilisation des migrants dans notre pays ?
La situation dans le Sahel demeure inquiétante. Les pays du Sahel constituent une zone à très hauts risques car ils sont aussi les pays les plus pauvres de la planète.
Cette zone connaît aussi les pires conséquences des changements climatiques et les migrations semblent s’installer comme mode de vie, ou plutôt mode de survie pour les populations. L’Algérie a toujours maintenu des bons rapports avec les pays frontaliers au Sud (Mali et Niger). Les autorités algériennes ont contribué, à la demande des populations, à l’apaisement des conflits et parfois avec des donations de toute nature.

La question liée à l’existence ou non de centres de rétentions dans le Sud pour les migrants et de l’ouverture de bureau du HCR a toujours été problématique pour les autorités algériennes. Qu’en est-il en fait ? Et quelle lecture en faites-vous ?
La loi algérienne sur les conditions de séjour des étrangers fait état de la création des “centres d’attente”. Il est vrai qu’à ce jour nous n’avons aucune information diffusée sur la construction de ces “centres”.
Dans le contexte actuel, il me semble peu probable que l’Algérie s’engage dans ce processus. Nous vivons actuellement une situation de “migration de crise” où une certaine flexibilité est imposée devant la priorité au respect des droits humanitaires.

Face à l'instabilité du Sahel, quelles solutions peut-on préconiser en Algérie et dans les pays de la région pour une maîtrise des flux migratoires dans le respect des droits des migrants ?
Avant de se pencher sur les solutions possibles, il faut caractériser la nature de l’instabilité actuelle au Sahel.
Elle est multiforme et complexe. Elle résulte autant de facteurs internes que de facteurs exogènes. Les éléments internes favorisant l’instabilité sont relatifs à l’histoire du développement économique et social et aux conflits, sinon aux antagonismes politiques, fondés sur des organisations tribales. Les éléments externes sont relatifs aux enjeux géopolitiques de la région, aux différentes crises politiques violentes dans la région avec interventions étrangères. Il est aussi à noter que les pays du Sahel subissent les changements climatiques… Les solutions possibles découlent ainsi de ces facteurs.
Toute action visant au développement économique du Sahel ne peut que redonner l’espoir et la confiance aux populations et à des formes de mobilité organisée au niveau de la région. La maîtrise des flux migratoires, dans le respect des droits de l’Homme, suppose au préalable que les frontières soient sécurisées entre les différents pays de la région.

Avez-vous noté une augmentation des actes de racisme et de xénophobie à l'encontre des migrants subsahariens ?
Les actes de “racisme et de xénophobie” ont toujours été présents dans les pays d’Afrique du Nord à l’égard des populations vivant au sud du Sahara. L’opposition blanc/noir est historique, tout comme “l’esclavage” connu dans cette région. Ces oppositions sont doublées depuis le 20e siècle par des inégalités sociales et des inégalités de revenus, ce qui renforce le système de valeurs fondé sur une hiérarchisation sociétale entre les populations des deux rives du Sahara.
Ces formes de classement de “race” sont aussi traversées par une certaine hostilité vis-à-vis de tout “étranger”. La notion d’étranger est diversement appréciée dans la culture “arabe” des pays de la rive nord du Sahara. Les observations de terrains (cf. étude Cisp/Sarp), notamment en Algérie, démontrent que ces formes de racisme et de xénophobie sont devenues inquiétantes.

D. Loukil