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A la une / Entretien

Le préhistorien, Djillali Hadjouis, à Liberté

“Les méthodes d’analyse architecturale nécessitent un financement et une aide logistique”

Djillali Hadjouis* est préhistorien spécialisé en paléontologie, en paléoanthropologie et en paléopathologie osseuse et dentaire. En termes décodés, il s’intéresse aux populations humaines et animales du passé ainsi qu’à leurs maladies dans un contexte évolutif et paléoenvironnemental. Rencontré sur les hauteurs de La Casbah éternelle, cet enfant de Bab El-Oued a bien voulu nous parler de son métier, de son goût de la recherche et de son projet de création en Algérie d’une véritable institution dédiée à un territoire africain et méditerranéen qui le passionne tant.


Liberté : Quelle part réservez-vous, dans le cadre de vos recherches, au continent africain ?

Djillali Hadjouis : Les rencontres internationales sur la recherche préhistorique et paléontologique mettent l’Afrique au cœur de leur débat et l’Algérie ne déroge pas à la règle. Ma contribution dans ce domaine intéresse les mammifères africains depuis 2 millions d’années dont les vestiges osseux ont été retrouvés sur les sites algériens. Ces dernières années, j’ai commencé un travail de synthèse sur certains groupes de mammifères qui éclaire mieux sur leur répartition géographique, leur phylogenèse, leur extinction ou leur isolement. Dans le domaine de l’homme, une collaboration avec certains pays africains comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal m’a permis d’avancer dans la recherche que j’effectue sur l’architecture crânio-faciale des peuplements fossiles et actuels vivants au nord et au sud du Sahel.

Vous avez fait plusieurs découvertes d’espèces fossiles, certaines au niveau continental. Quel est le sens à donner à ces découvertes et quelle est la nouveauté dans la recherche des sciences de la terre ?

Pour analyser une collection d’ossements fossiles, il faut être bon anatomiste, avoir déjà étudié plusieurs groupes d’espèces et posséder surtout une collection de référence. Dans le cas d’une découverte d’un taxon (espèce, genre, famille), il faut avoir la certitude que les taxons en question ne sont pas décrits et n’ont jamais été rencontrés, ce qui veut dire qu’il faut être non seulement avisé de tout ce qui se publie mais également au courant de toute la littérature ancienne en question.
Les découvertes d’espèces nouvelles faites par moi ou par mes collègues, bien qu’elles présentent de nouvelles interprétations, n’en sont qu’à leur début. Par ailleurs, il faut admettre que certaines espèces fossiles de buffles, de grandes et moyennes antilopes, de cervidés, de chevaux, d’ânes, de certaines espèces de carnivores découvertes ces dernières années en Algérie ont modifié le schéma classique des espèces africaines et méditerranéennes.

Vous m’avez confié, avant l’entretien, que les recherches sur l’homme ces dix dernières années ont modifié la vision anatomique crânio-faciale, dentaire et vertébrale du corps humain. Est-ce une nouvelle approche surtout que vous semblez prendre les causes et les effets dans un ensemble architectural, une globalité anatomique ? 

Effectivement, l’enseignement donné jusqu’à ces dernières années en France ou en Europe s’appuie sur des données classiques de la morphogenèse et de la biométrie crânienne, faciale et dentaire des hominidés. En outre, l’enseignement et la recherche sur le crâne et sur la denture se font séparément, ce qui est une aberration au niveau de l’articulation de ces ensembles.
Alors que dès qu’on aborde les complexes selon une vision articulaire et architecturale d’ensemble, les phénomènes de causalité apparaissent non seulement plus compréhensibles mais on peut également remonter à l’effet perturbateur. Mais pour comprendre ces phénomènes, il faut faire appel à la posturologie et à la biomécanique fonctionnelle (attitude posturale, adaptation posturale, locomotion, anomalies squelettiques, pathologies congénitales et héréditaires, changement de centre de gravité …).

J’ai l’impression d’écouter mon dentiste qui, un jour, a tenté de me faire comprendre qu’un déséquilibre dentaire n’est pas nécessairement causé par un facteur dentaire…

Les orthodontistes et les orthopédistes dento-faciaux (ODF) les plus avisés se posent la question sur l’origine du déséquilibre occlusal puisque plus de 60% de la population enfantine mondiale nécessitent des soins orthodontiques. Il ya quelques années, on pensait que la malocclusion était à rechercher au niveau buccal ou tout au plus l’environnement oro-facial.
En réalité, quand on étudie de plus près les pièces crâniennes et faciales avec leurs dentitions, on s’aperçoit que l’architecture biodynamique du puzzle crânio-facial se développe depuis le fœtus selon des trajectoires mises en place très tôt. Autrement dit si un déséquilibre d’une pièce osseuse se met en route, toute la périphérie de l’ensemble architectural sera altérée et comme les dents font leur irruption après la formation crânienne, elles ne font que suivre un parcours dont l’origine se définira comme étant normale, anormale ou pathologique.

Est-ce que toutes ces recherches sont valides ?

La validité de ces recherches est la démonstration de ce type d’analyses sur des centaines de squelettes archéologiques et contemporains de plusieurs peuplements. Sa validité s’appuie sur l’imagerie médicale (téléradiographie et scanner), la posturologie et la biodynamique.
Le modèle est aujourd’hui enseigné dans les universités françaises (Muséum national d’histoire naturelle, facultés de chirurgie dentaire, instituts de posturologie) et bientôt dans la nouvelle école doctorale du Centre national de recherches préhistoriques anthropologiques et historiques d’Alger (ministère algérien de la Culture).

Est-on obligé aujourd’hui de passer par tant de spécialités pour faire l’analyse morphologique d’un crâne ?

Plus aujourd’hui, puisque ce modèle est en train de se généraliser dans les institutions de recherche et d’enseignement concernées par ce type de problématiques.

Vous avez donc validé vos recherches sur des populations anciennes et actuelles. Que dire des populations algériennes ?

Dans un premier temps, j’ai étudié les populations anciennes d’Algérie (hommes de Mechta-Afalou, 20 000 à 25 000 ans avant notre ère) et j’ai adapté ce type d’analyses par le biais de l’imagerie médicale. Une nouvelle lecture architecturale est proposée à ces peuplements préhistoriques. Actuellement, une série de téléradiographies est menée sur les crânes de populations algériennes du Nord et du Sud. Ces dernières sont comparées aux populations du Sahel puis à celles du Sud de cette bande. Pour être plus efficace, cette recherche doit se faire avec les établissements hospitalo-universitaires de notre pays. Des contacts sont en cours avec certains d’entre eux.

Vous pratiquez également la reconstitution faciale, domaine cher à la médecine légale, que pouvez-vous nous dire sur ces techniques et que peuvent-elles nous révéler ?

La reconstitution faciale par informatique puis par la sculpture sont des outils qui permettent une meilleure définition architecturale. Cependant ce qui est réalisé sur les fossiles n’a pas les mêmes retombées ni les mêmes conclusions. La reconstitution faciale que j’ai faite avec mes collègues de la gendarmerie s’appliquant sur des hommes fossiles d’Algérie est dans un but purement diagnostique, à savoir la reconnaissance des anomalies faciales, mais bien sûr elle peut livrer d’incroyables résultats sur la morphologie générale du visage. Il y a quelques années, j’ai été invité par le Commandement général de la Gendarmerie algérienne pour lui présenter les dernières technologies dans ce domaine.

Quels sont les projets que vous développez en Algérie ou que vous voulez voir évoluer ?

Les paramètres d’analyse des méthodes architecturales que je viens de vous présenter, nécessitent un financement et une aide logistique de la part des décideurs nationaux pour la création d’une institution dans notre pays. Un dossier a été monté en ce sens avec une maquette scénographique décrivant les objectifs et l’intérêt de ce projet. Il a été soumis à certains ministères. D’autres projets sont en cours dans le domaine muséographique, de la formation et de la recherche.

A. M.

* Lauréat de l’Académie dentaire de Paris, chargé de cours à l’université René-Descartes (Paris V), professeur et directeur de recherche associé au CNRPAH d’Alger.