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A la une / Entretien

Safinez Bousbia , la réalisatrice d’ « EL GUSTO » à Liberté :

« Ma prochaine fiction sera un thriller »

Safinez Bousbia, votre documentaire « El Gusto » vient d’être présenté à Bruxelles et il a rencontré un franc succès…
C’est exceptionnel car en arrivant ici j’ai demandé au « desk » si la salle était pleine et on m’a répondu : « à moitié » mais en entrant dans la salle , je me suis aperçue qu’elle était « full ». Les musiciens, qui n’avaient pas encore vu le film, était devant. On avait tenu à ce qu’ils puissent le voir dans de bonnes conditions et sur grand écran. Et c’était rigolo : certains pleuraient, d’autres rigolaient et faisaient plein de commentaires. Surtout Tahmi qui disait « Tu as découvert ma vraie vocation qui est d’être acteur ! » …Il était super mignon ! Et juste avant la projection, c’était déjà exceptionnel car on revenait de Paris …

Et à Paris, le succès était aussi important si on en juge par les articles de presse…

A Paris, je n’en reviens pas parce qu’au début personne ne voulait parler de nous et ça a pris d’un seul coup ! On a eu une « com » exceptionnelle, du jamais vu ! Et après les deux concerts se sont remplis en l’espace de trois jours. On a fait 5 600 places ! J’ai toujours l’image de la fin au « Rex » avec les trois balcons levés et remplis. Je n’oublierai jamais cette image et j’en avais les larmes aux yeux.

À travers ce film, c’est un formidable hymne à la Casbah…

Pour moi, il était important de présenter la Casbah et Alger comme un autre protagoniste du film car, pour beaucoup de ces musiciens, la Casbah, c’est la mère protectrice, la source d’inspiration. Et, pour moi, il était donc incontournable de donner ce rôle à la Casbah.

-Mais c’est la Casbah vue avec le prisme de l’architecte…

-Oui, plein de gens m’ont dit « mais ça se voit que t’étais architecte »…Oui, bien sûr, j’adore l’architecture de ce pays et le choix du « steadycam » et du voyage dans la ville, c’était beaucoup plus parce que c’était pour moi un voyage avant tout, dans une ville que je ne connaissais pas. Je suis née à Alger mais je n’y ai pas grandi et pour moi c’était donc un voyage de découverte. C’était aussi un peu cela que je voulais partager avec le public.

D’où ce choix d’une caméra constamment en mouvement avec de nombreux travellings ?
À la Casbah, les ruelles son tellement étroites et le passage de la lumière  tellement particulier qu’en filmant « en fixe », il est difficile de capturer cet aspect de labyrinthe de la Casbah. Dès que vous tournez un peu, vous découvrez quelque chose d’insoupçonné et c’est un peu cela le choix du « steadycam ».

Mais le choix de cette caméra à l’épaule induit aussi une certaine attitude du spectateur…
Je l’espère. Pour beaucoup c’est une découverte mais ce qui fait surtout la force de ce film ce sont les personnages qui ont des histoires extraordinaires à raconter. Ils ont une version de l’Histoire que notre génération ne connaît pas. C’est une version qui n’est pas racontée par les victimes ou des soldats mais par le peuple. Il n’y a pas que le cri, le malheur, la mort en Algérie. Il y a aussi des gens qui ont vécu, fêté, joué de la musique et qui se sont marrés ensemble. Pour moi, entendre ces versions-là, c’était très important. Et leurs personnages sont tellement captivants ! Ils m’ont livré un joli plateau pour travailler !

Depuis la découverte de ce miroir dans la Casbah, point de départ du film, vous avez rencontré pas mal de difficultés pour réaliser ce documentaire y compris jusqu’à vendre vos biens immobiliers…

-Tout à fait. Ce projet n’a pas été facile du tout. Quand je me suis proposée à Monsieur Firkioui de retrouver ses amis, je me suis dit « Allez, on va ouvrir l’annuaire, trouver les noms, découvrir les adresses et c’est tout »… Mais ce n’est pas du tout comme cela que ça s’est passé. Déjà, il  fallait trouver le nom complet et pas décomposé. En quelle année, il a été délogé…En 1968 ; Et où est-ce qu’il a été relogé ? Après il fallait aller dans le quartier et faire du porte à porte. Parler à l’épicier, qui vous envoie chez le boulanger qui pense qu’il le connaît…Et cela pendant deux ans et demi à trois ans. C’était compliqué. Après c’était la logistique parce que tourner à Alger…Tous les gens qui font pratiquement partie de ce métier savent qu’Alger c’est une forteresse et qu’il est très compliqué de tourner dans cette ville. Les autorisations ont été un enfer. Et puis, il y avait aussi le fait que je n’étais pas de ce métier, que j’étais architecte et que je me suis retrouvée à réaliser et produire, négocier des contrats de management, des contrats d’albums. C’était un métier complètement différent et j’ai fait plein d’erreurs que je ne commettrai plus aujourd’hui. Ca a été dur, très dur mais ce qui était touchant, c’est que les musiciens étaient toujours là. Quand j’avais des difficultés et que j’étais toute seule, ils me disaient : « Mais ça ne fait rien, on n’a pas besoin de manger, pas besoin d’être logé. On va chanter et ça c’était très touchant ». Si vous voyez le film, vous allez entendre l’histoire qu’ils ont à raconter. Ils ont quand même vécu des vies très dures et devant tous ces obstacles que j’ai rencontrés, ce n’était rien par rapport à ce qu’eux avaient vécu.

Et les autorités algériennes comment ont –elles réagi ? Elles ont soutenu votre projet ?

Non. Le problème avec les autorités algériennes c’est qu’on ne vous dit jamais quel est le problème. Ils ne vous disent rien. On a demandé, il y a des mois, le permis d’exploitation et on n’a répondu ni oui, ni non…Mais ça veut dire « non ».

Aucune distribution n’est donc envisagée en Algérie...
-J’ai beaucoup de distributeurs qui veulent distribuer le film mais il faut un permis d’exploitation et deuxièmement, on n’a pas tourné avec des autorisations de tournage du ministère de la Culture…

Mais la télévision algérienne y a contribué…

Parce que nous avons tourné avec des ordres de mission de la télévision algérienne car on n’a jamais obtenu les autorisations de tournage. Pourquoi ? Il faut leur demander parce que je n’ai jamais obtenu de réponse à cette question.

Et maintenant, je lis sur votre « facebook » que le film est en danger. Qu’est-ce que cela veut dire ?

En France, il est très difficile de sortir un documentaire en salle et on ne possède que dix copies  de ce documentaire. Si on fait du chiffre dans les jours qui suivent, on aura beaucoup plus de copies qui vont sortir et on aura la possibilité de partager cela avec plus de gens…Nombreux sont ceux qui sur facebook écrivent : « Pourquoi le film ne vient pas à Grenoble ? » Pourquoi il ne vient pas dans telle ou telle ville ? C’est tout simplement parce que les exploitants n’ont pas confiance dans un produit qui est un documentaire…Mais, si le film fait du chiffre la première semaine cela rassurera les exploitants. En démarrant le chiffre était un peu bas et c’est la raison pour laquelle on a encore mobilisé les gens qui nous soutiennent. Vous savez ce projet a été créé par les gens, monté par les gens, soutenu par des gens…C’est comme une grosse fourmilière …Chacun y a mis de son côté…Et puisqu’on évoquait le rôle des autorités dans une précédente question, je tiens juste à dire quelque chose en parlant de facebook : , j’étais un peu malade parce que je n’avais pas dormi et je suis entré dans facebook. Ce qui m’a fait chaud au cœur ça a été la réaction des Algériens. Déjà le 10 janvier, les musiciens m’ont fait monter sur scène et j’entendais tout un groupe d’Algériens devant qui s’écriaient « Vivent les Juifs d’Algérie ! » Honnêtement, moi ça m’a fait plaisir car qu’on puisse entendre des Algériens dire des mots comme ceux-là et trouver sur facebook des « Salam, Shalom , ça fait longtemps qu’on n’a pas été fiers d’être Algériens » ou « L’Algérie nous manque »… Je trouve que ce projet a commencé par un hasard et il finit par un hasard. En 2012, le 50ème anniversaire, ça n’a jamais été programme. Peut-être qu’il y a un signe symbolique pour dire que le peuple veut cette Algérie…

Le problème se résume à un conflit entre juifs et musulmans ?
Non, ce n’est pas cela. Il y a une nouvelle génération qui tient un discours très différent mais tout le reste de l’Algérie tient un discours de réconciliation. Quand vous parlez du « Gusto » à un passant, dans la rue, s’il a un certain âge, sa première réaction a été de dire « Mais ils ont toujours vécu avec nous ! » Et pour les jeunes, c’est : « Mais, pourquoi vous travaillez avec des Juifs ? » Je me pose la question de savoir pourquoi on est confronté à ces deux réactions. Et le problème de ce pays, ce sont les slogans qui sont imposés à ce peuple. Il est peut-être temps de remettre certaines choses en question. Je ne dis pas que quelqu’un a tort ou raison mais je trouve que des actes ont été entrepris, qui ont donné des résultats et dont le peuple n’est pas content aujourd’hui. Cinquante ans plus tard, on peut remettre en question certaines choses, certains fonctionnements du système. Je trouve que c’est le moment et on verra ce que cela donnera.

Votre film pose aussi toute la problématique du statut de l’artiste en Algérie…

Avec ce projet, j’espère de tout cœur qu’on pourra apporter une réponse à cette question. Tous les dix ans, un nouveau lobbying annonce qu’on va régler le problème du statut de l’artiste. Personnellement, je ne comprends pas pourquoi il est si compliqué de donner un statut aux artistes. L’ONDA, l’Office National des Droits d’Auteurs, existe en Algérie….même s’ils ont des manières de travailler un peu particulières en apposant des timbres sur des produits piratés…Pour eux, le fait de mettre des timbres justifient le piratage des trucs…Enfin , je ne comprends pas et peut-être que je ne suis pas assez renseignée mais ce que je sais c’est que je ne vois aucun obstacle à mettre ce statut en place. On espère qu’avec ce projet on met le « spotlight » sur le sujet pour qu’on puisse traiter cela le plus rapidement possible.

Maintenant, nous sommes en pleine « renaissance » de cet orchestre …
Pour moi, ces musiciens vont maintenant voler de leurs propres ailes. Ils vont continuer à tourner. On va espérer préparer leur troisième album. Maintenant, après toutes ces années,  j’ai trouvé une bonne structure, une bonne équipe technique et en terme d’orchestre, « El Gusto » va continuer à partager le plus possible cette musique avec le plus de publics dans le monde. Et je resterai, bien sûr , en contact car on a tellement vécu des choses ensemble qu’on est pratiquement une « famille » maintenant. Les musiciens ont réalisé leur rêve et, de mon  côté, ce métier du cinéma est réellement une découverte. Je souhaite donc vraiment continuer et je viens de finir d’écrire ma prochaine fiction qui sera un thriller.

AM